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mercredi 23 septembre 2015

«Qu'on aide d'abord les Suisses»


Logement, emploi, pression migratoire… «Le Matin» a rencontré le couple Dubois, dans le canton de Neuchâtel, pour connaître ses soucis avant les élections.

Pour la troisième et dernière fois, «Le Matin» s’invite à la table d’une famille (ici Marc et Danielle Dubois) pour entendre ses préoccupations avant les élections fédérales du 18 octobre. 
Image: Yvain Genevay


La porte s’ouvre au troisième et dernier étage d’un immeuble à la façade plus toute fraîche, planté à Bôle, petite localité du canton de Neuchâtel. Une odeur de poulet grillé et de gratin de pommes de terre a envahi le cinq-pièces du couple Dubois qui vit là depuis plus de 20 ans, au milieu d’un fatras de bibelots et de vaisselle. «Cela devient de plus en plus difficile de monter les marches», se plaint Danielle, 55 ans, se référant à l’absence d’ascenseur. Au chômage depuis 6 mois


Suite à une opération du dos «il y a 8 ou 9 ans», la Neuchâteloise ne travaille plus. Elle ne touche pas l’AI. Jusqu’à il y a six mois, le couple vivait uniquement des revenus de Marc, 54 ans, chauffeur poids lourd. Aujourd’hui, seulement de son chômage, suite à une restructuration de l’entreprise qui l’employait. «Ici, il est très difficile de trouver du travail. On est trop près de la frontière. Il y a trop de monde et le monde est très bon marché. Moi, je suis trop cher. Et on est deux à vivre, c’est pas évident», explique Marc. «Quand on voit que le salaire médian est de 6800 francs par mois… il faut croire qu’il y en a qui ont de sacrés gros revenus!»

Tantôt combatif, tantôt déprimé par le marché du travail, Marc se montre extrêmement remonté contre l’Office régional de placement (ORP). Il ne comprend pas pourquoi ce dernier lui a refusé une formation de magasinier, alors qu’il connaît bien le métier et aurait juste eu besoin d’«une remise à jour pour l’informatique».

Mais, surtout, c’est la venue d’étrangers en Suisse qui préoccupe le couple. Le sujet est très rapidement mis sur la table. Tous deux ont en effet voté pour l’initiative contre l’immigration de masse le 9 février 2014. «Et plutôt deux fois qu’une», dit Danielle. Celle-ci enchaîne: «Il y a le centre de Perreux juste à côté, avec des requérants d’asile. Ça me fait peur. J’ai une amie qui a son magasin là-bas, elle a la peur au ventre. Elle me dit qu’ils descendent en groupe, à pied…» Marc reprend la parole: «Moi, c’est plutôt la main-d’œuvre bon marché qui m’inquiète. A un moment, ils vont s’intégrer et chercher du travail. Ce sera le même problème qu’avec les frontaliers.» Les Dubois ne perçoivent pour l’instant aucun effet de leur oui au texte de l’UDC. «Si on demande au peuple quelque chose, l’application doit intervenir dans l’année! Sinon Berne travaille avec le temps, contre le peuple qui oublie.» Déçus? Non. Du moins, pas encore. Ils espèrent toujours une vraie réponse.

Pas assez de logements

En se rasseyant après avoir servi des assiettes copieuses, Danielle aborde la question du logement. Elle reste choquée par une attribution récente d’un appartement dans son immeuble, convoité par une voisine, avec trois enfants, qui habite là depuis plus de 10 ans. «Les nouveaux locataires sont des Portugais qui vivent à 8 ou 9 dans un 4,5 pièces. La voisine a donc dû rester dans son 3 pièces, alors que son loyer était assuré puisqu’elle est aux sociaux. Franchement, je ne suis pas raciste, mais je le deviens de plus en plus.»

Après une digression sur des femmes en burka rencontrées en ville de Neuchâtel dont la vue l’a effrayée, elle raconte qu’ils sont à la recherche d’un appartement. Mais trouver moins cher que leur 5 pièces – 1400 francs par mois – est quasi mission impossible. Les Dubois ont par ailleurs demandé à deux reprises une baisse de loyer ces dernières années, profitant des diminutions du taux hypothécaire. Cependant, ils ne l’ont pas obtenue et n’ont pas insisté de peur de représailles de la part de leur gérance. «Ça aussi, ça ne va pas! Nous sommes trop précaires pour prendre ce risque. Nous n’avons pas beaucoup d’argent», précise Marc. Le Neuchâtelois voudrait parfois que l’Etat instaure des loyers en fonction des niveaux de salaires. Il trouve aussi scandaleux que certains patrons aient baissé le salaire de leurs employés en cause du franc fort. «Le salarié n’y est pour rien. L’Etat devrait lui donner une carte à présenter dans les magasins pour qu’il ait 20% de rabais.» Sa femme acquiesce: «Ou 20% sur son loyer.»

Comment expliquer les positions hétéroclites du couple? «Je n’ai pas de parti de prédilection. Je fais ma petite salade en fonction des sujets. Je ne veux pas me mettre des œillères sous prétexte que tel parti dit telle chose», répond-il. Même chose pour son épouse, avec qui il partage la plupart des idées. Celle-ci résume: «Il faut d’abord aider les Suisses. Et avec ce qu’il reste, on verra.»

Peut-être faire pencher la balance

En fait, s’ils ont invité «Le Matin» à dîner, c’est pour participer à la vie collective et dire ce qu’ils pensent. Sait-on jamais, des fois qu’ils seraient entendus. «On n’apprécie pas les entourloupes des politiques. Comme pour le 9 février ou la vignette à 100 francs. Pour cette dernière, on a dit non et la taxe sur les huiles minérales augmente, donc, Doris, elle l’a eu quand même en quelque sorte sa vignette à 100 francs.» Le couple a envisagé de ne plus aller voter, partant du principe que «de toute façon, ils font comme ils veulent». Mais ils se déplacent encore chaque fois. «Peut-être que cela fera pencher la balance», veulent-ils croire.

 Cléa Favre