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vendredi 23 octobre 2015

Carton plein pour Madame Le Pen




Le 20 octobre, c’était la sainte Marine!




L’ancien président de la République Jacques Chirac, aujourd’hui réduit au silence par la maladie, prétendait que les emmerdements volaient toujours en escadrille. Cet adage de la vie politique, souvent vérifié, doit être pourtant complété par la constatation que, parfois, les bonnes nouvelles peuvent arriver en rafale.

Marine Le Pen, au soir du mardi 20 octobre 2015, en faisant le bilan de sa journée, peut marquer d’une pierre blanche une date qui se présentait, pourtant, sous de sombres auspices. Elle devait en effet répondre, devant le tribunal de grande instance de Lyon, de propos tenus le 10 décembre 2010 dans cette ville, considérés par des plaignants comme relevant de la « provocation à la discrimination, à la violence ou à la haine envers un groupe de personnes, en raison de leur appartenance à une religion ». Or, non seulement elle a pu sortir tout sourire de ce procès, attendant sereinement le jugement du tribunal, annoncé pour le 15 décembre, mais elle a pu se délecter en regardant, le soir, les journaux télévisés la montrant en héroïne de la défense de la liberté d’expression. De plus, l’actualité du jour venait « faire le jeu » de Marine Le Pen.

À Moirans, dans l’Isère, des gitans sédentarisés provoquaient une émeute, au prétexte qu’un des leurs emprisonné n’avait pas été autorisé à assister aux obsèques de son frère, mort dans un accident de voiture (volée) à la suite d’un cambriolage. Ledit frère organisait, de son côté, une mutinerie dans la prison d’Aiton, en Savoie, où il était incarcéré. Le même jour, devant les caméras de toutes les chaines de France et de Navarre, François Hollande était chahuté, à La Courneuve, dans le 9-3 par une bande de jeunes issus de la diversité et contraint de sortir par une porte dérobée du siège du local de l’agence France Entrepreneurs, créée par le gouvernement pour lutter contre le chômage de ces jeunes de banlieue…

N’étant, hélas, pas doué d’un don d’ubiquité me permettant de me faire une opinion, de visu, de ces divers événements, c’est du seul procès en provocation (j’allais écrire en sorcellerie) de Marine Le Pen, que je me fais, ici, le chroniqueur. Cinq ans après les faits, à l’issue de péripéties procédurales interminables, et d’une levée de son immunité par le Parlement européen ayant mis neuf mois à faire le voyage de Bruxelles à Lyon, la présidente du Front national était renvoyée devant la justice pour avoir déclaré, à propos de prières dans les rues organisées par des islamistes dans diverses localités françaises : « C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers, dans laquelle la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes, il n’y a pas de blindés, pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants (…) Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’Occupation, on pourrait en parler, car il s’agit d’une occupation du territoire ». Des associations antiracistes, dont le MRAP, La LICRA et le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), avaient cru pouvoir coincer Marine Le Pen sur ces propos, et lui faire appliquer la marque infamante d’incitatrice à la haine raciale et religieuse qui avait naguère été infligée à son père.

Le raisonnement des plaignants est simple, voire simpliste,  et peut se résumer ainsi : Marine Le Pen compare les musulmans qui prient dans les rues à l’occupant nazi en France entre 1940 et 1944, donc les traite de nazis, donc les insulte et doit être, en conséquence, condamnée.

Marine Le Pen, dans une salle d’audience archicomble, et un parterre de journalistes planétaires (toutes les grandes chaines d’info mondiales étaient là !) a eu beau jeu d’expliquer au tribunal que, dans le contexte où ils avaient été tenus, ces propos n’avaient aucunement le sens que ses accusateurs lui prêtaient : «  Je me suis exprimée ainsi dans le cadre de la campagne interne qui m’opposait, pour la présidence du FN, à mon concurrent Bruno Gollnisch » explique-t-elle, devant ce même tribunal qui avait eu à traiter, et à condamner, naguère, les multiples sorties favorables au négationnisme de la Shoah proférées par Gollnisch, à l’époque leader du FN dans la région lyonnaise. La pirouette rhétorique visant à déplacer l’obsession de l’Occupation (avec un grand O) de son concurrent, vers une action contre l’occupation de l’espace collectif par des musulmans irrespectueux de la loi française était, selon Marine Le Pen, une première étape de son entreprise de réforme du vieux FN, dont on constate les résultats aujourd’hui. « Je discrimine comme vous,  mesdames et messieurs les juges, discriminez entre les citoyens respectueux de la loi, et ceux qui la transgressent ! » lance-t-elle au tribunal. Elle  assume totalement une défense de connivence avec le pouvoir judiciaire, alors que ses prédécesseurs frontistes, Jean-Marie Le Pen en tête, pratiquaient crânement la « défense de rupture » théorisée par Me Jacques Vergès, faisant du prétoire une tribune de propagande politique. Cet aggiornamento se traduisait également par la première apparition au banc de la défense du nouvel avocat du Front national, David Dassa-Le Deist, un fin juriste, qui plus est juif pratiquant, qui remplace le « vieux frontiste » Wallerand de Saint-Just.

L’avocat général ne put trouver dans les arguments des parties civiles, tous essayant  laborieusement de tirer les propos incriminés vers le délit d’incitation à la haine, matière à requérir contre Marine Le Pen. Il demanda sa relaxe au nom de la liberté d’expression, et c’était bien le moins. Qui fait le jeu de Marine ?