JE SUIS D'ICI !

vendredi 16 octobre 2015

« Le 16 octobre 1793 était décapitée Marie-Antoinette… »



Marie-Antoinette est morte en héroïne, d’ailleurs c’est ça qui frappe l’imagination populaire. C’est pour ça qu’après deux siècles et demi, elle est aussi célèbre que si on l’avait guillotinée avant-hier.
Il est, nous renseigne Castelot, près de onze heures, lorsque les grilles de la prison s’ouvrent pour laisser passer la victime.

Marie Antoinette est entraînée dans les couloirs.

Elle est saisie d’une faiblesse à la vue de la charrette.

Craint-elle, ce qui serait bien compréhensible, de ne pas arriver à l’échafaud entière ?

Le temps s’est un peu réchauffé. 10 ° à 11H.

il fait beau, une légère brume, cet indéfinissable brouillard parisien, estompe les lointains.

Dans la cour de Mai, des gendarmes à pied et à cheval, mêlés à des « hommes à piques », entourent la charrette boueuse.

30 000 hommes son sur pied pour accompagner au supplice l’ancienne Reine de France.

Ici même, à l’époque de la douceur de vivre, la basoche plantait chaque printemps un mai enrubanné, un beau chêne que les clercs allaient choisir « en grand appareil de bataille » dans la forêt de Bondy…

Rue de la Barillerie, derrière la belle grille dorée, la foule se presse en silence.

 Contrairement à Louis XVI qui avait été emmené dignement à la guillotine, Marie-Antoinette est placée à l’arrière d’une carriole à la vue de tous.

La silhouette blanche, qui semble tenue en laisse par le bourreau apparaît sous l’arcade, fait quelques pas et s’arrête devant la charrette.

On y a placé une petite échelle de quatre ou cinq échelons.

L’exécuteur indique à la Reine où il faut mettre le pied; de la main il la soutient tandis que, tenant la tête bien droite, elle atteint le marchepied.

On remarque qu’elle porte un jupon noir sous sa robe blanche.

Une planche étroite et boiteuse, assujettie tant bien que mal aux montants, coupe en deux la charrette; elle veut l’enjamber, et s’asseoir face aux chevaux de labour attelés en flèche aux limons.

Mais le bourreau et son aide l’en empêchent; elle doit tourner le dos à la marche.

Pour les révolutionnaires, ce trajet long de plus d’une heure doit être l’occasion d’une dernière humiliation.

Mais la réaction du peuple de Paris est inattendue.

Dès l’aube, on a battu le rappel: la force armée est sur pied, des canons garnissent les places et les carrefours; des patrouilles parcourent les rues.

L’abbé Girard gravit l’échelle à son tour et se place à côté de la condamnée.

Derrière eux, debout, appuyé aux ridelles, se tient le bourreau, une main tenant les cordes, l’autre son chapeau à trois cornes.

Son aide, également tête nue, est au fond.

Il est 11H 15
La charrette s’ébranle, portant la reine,

A ces côtés un prêtre constitutionnel a pris place assis à son flanc, le bourreau et son aide, debout derrière eux.

Cet abbé lui prodigue des exhortations auxquelles la condamnée s’abstient de répondre

pour elle, un prêtre constitutionnel n’est qu’un traitre.

Selon une légende assez vraisemblable, la Reine avait reçu les secours d’un prêtre réfractaire pendant sa détention à la Conciergerie.

Au milieu de la foule très dense qui attend son passage depuis le petit matin, la voiture s’ébranle lentement

Le silence était total.

Le peuple ne l’a pas insulté et l’émotion était profonde.

Robespierre en avait peur de ça.

Il a demandé à un ancien acteur, qui s’appelait Grammont, de s’habiller en garde national, de monter sur un cheval et avec un sabre à la main, d’insulter continuellement Marie-Antoinette sur le trajet de l’échafaud, en disant « elle est foutue, la voilà, la garce, la salope, etc. ».

Et quand elle est montée sur le Pont au Change*, les barques sur la Seine se sont arrêtées, les hommes se sont signés ou se sont découverts quand la carriole est passée.

Ces marques de respect que craigne tant Robespierre se multiplient pourtant tout au long du trajet.

Au coin de la rue Saint-Honoré, d’un crayon cruel, le peintre David fixe pour l’éternité la dernière image de la Reine de France.

Très droite, le visage pâle où brillent des pommettes rouges de fièvre, les yeux injectés de sang, les cheveux blancs grossièrement coupés sortant du bonnet, Marie-Antoinette ne voit rien ni personne.

Elle ne semble même pas entendre les cris de « Vive la République ! A bas la tyrannie ! »

12H

A midi la reine finit par arriver Place Louis XV, devenue Place de la Révolution et connu aujourd’hui sous le nom de Place de la Concorde. Sur cette même Place où Marie-Antoinette arrive triomphante en carrosse après son mariage,

l’attendent désormais la guillotine et le bourreau Sanson.



Lorsqu’elle est sortie de la charrette, elle s’est précipitée, elle est descendue toute seule comme elle est montée et elle a couru vers l’échafaud. Et quand elle s’est précipitée sur le plateau, elle est retombée sur le pied de Sanson. Et là elle s’est excusée et lui a dit « Monsieur je m’excuse, je ne l’ai pas fait exprès ». Ça été ses dernières paroles, et à midi et quart le couteau est tombé.

Elle est morte en héroïne, d’ailleurs c’est ça qui frappe l’imagination populaire. C’est pour ça qu’elle est encore après deux siècles et demi, elle est aussi célèbre que si on l’avait guillotinée avant-hier.

C’est un destin de tragédie. C’est un destin de tragédie antique. Marie-Antoinette a toujours eu des fans. Il y a un culte pour Marie-Antoinette qui se perpétue encore aujourd’hui et ce culte je peux le comparer à celui qu’ont eu les fans de Diana après sa mort sous le tunnel de l’Alma. On a l’impression que les fans de Marie-Antoinette veulent, comme les fans de Diana, veulent lui redonner l’amour qu’elle n’a pas eu durant sa vie.

C’est peut-être une manière aussi de se racheter par rapport à une figure qu’on a ignorée, méprisée, qu’on a finalement cataloguée avec des étiquettes : Madame déficit, elle était dépensière, elle trompait le roi etc. on veut gommer toutes ses images et dire mais après-tout c’était une reine qui était peut-être une femme comme une autre et qui n’a pas eu la vie qu’elle méritait et qu’aurions-nous fait à sa place ?

Notre raison aussi qui explique la fascination qu’exerce Marie-Antoinette sur nous, c’est que le souvenir de Marie-Antoinette est attaché pour nous à un lieu. On voit le petit Trianon, on voit la laiterie*, on voit le petit lac qu’elle avait fait creuser, enfin elle est là. Et je pense que cette présence contribue énormément à attacher nos contemporains à elle.

Marie-Antoinette n’en finit pas de fasciner, c’est la seule reine de France universellement connue. Son nom évoque à lui seul les fastes de Versailles, les vertiges de la jeunesse et de la beauté. Sa volonté farouche de liberté et sa dignité dans les épreuves ont fait d’elle une héroïne qui deux siècles après sa mort hante toujours les couloirs de Versailles et de sa résidence privée, le petit Trianon.

*Le pont au Change est un pont parisien sur la Seine. Il relie l'île de la Cité depuis le palais de Justice et la Conciergerie, à la rive droite au niveau du théâtre du Châtelet. Il se situe sur la limite entre les Ier et IVe arrondissements de Paris.

Le Pont au Change en 1639
Le Pont au Change aujourd'hui




Egger Ph.