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vendredi 23 octobre 2015

Pour garder Fri-Son au centre de Fribourg




La salle de concerts Fri-Son est inquiète pour son avenir, en raison d’un projet immobilier en face de son entrée. Après avoir alerté la presse, à la fin septembre, le comité organise samedi une journée festive de mobilisation sur le thème «Bürozeitkultur - le futur de la culture?»

Sur le talus en face de Fri-Son, de l’autre côté de la route de la Fonderie, les feuillus flamboient. Ils pourraient être bientôt remplacés par une barre de cinq immeubles locatifs. Lionel Walter, membre du comité de Fri-Son, partage ses inquiétudes.

Pourquoi le comité de Fri-Son est-il aussi préoccupé par ce projet immobilier?

Lors d’une séance à la fin 2011, le Conseil communal avait affirmé que nous n’avions pas de souci à nous faire: du côté de la Butte, le terrain était en zone artisanale. Plus tard, le propriétaire du terrain nous a informés qu’un changement du Plan d’aménagement de détail (PAD) allait être mis à l’en­quê­te.

Dans un premier temps, le promoteur avait annoncé une utilisation mixte, avec des bureaux et des logements. Maintenant, il parle de 100% de logements, à 15 mètres de l’entrée de la salle.

Il dit que les locataires seront des étudiants et qu’il n’y aura donc aucun problème. Les 10000 étudiants de Fribourg ne fréquentent pas Fri-Son. Même ceux qui apprécient la salle ont des examens et besoin de calme. De plus, du moment que ce sont des logements, leur affectation peut changer, des familles peuvent s’y installer.

Concrètement, quelles sont vos craintes?

Si le projet se fait tel que prévu, cela signifie, à terme, la fermeture de Fri-Son ou une réduction drastique de ses horaires. Huit emplois sont concer­nés, représentant cinq équivalents plein-temps. Nous donnons également du travail à une centaine de collaborateurs réguliers.

Nous avons donc fait opposition au Plan d’aménagement de détail (PAD), avant l’été. Il y a incompatibilité entre nos activités et des logements. En conséquence, nous demandons un changement d’affectation de la zone, que le PAD prévoit là des bureaux ou de l’artisanat.

Mais les logements côtoient déjà Fri-Son, notamment à l’impasse de la Butte, juste derrière la salle.
Depuis que la salle a été agrandie et la scène déplacée, dans les années 2000, les principales nuisances sonores se produisent côté route de la Fonderie. Le problème ne vient pas du bruit des concerts, mais des spectateurs qui sortent pour fumer ou qui rentrent chez eux à 2 h. Du coup, c’est difficile à gérer pour les organisateurs.

Les logements dont vous parlez, dans le secteur des Arsenaux, datent de 2005. Fri-Son et la ville avaient alors travaillé main dans la main. La commune avait participé à l’isolation phonique de la salle et au projet artistique Rock’n Wall, pour embellir l’extérieur en 2011. Je n’étais pas là, mais les membres plus anciens disent ressentir un net changement dans la collaboration avec la ville.

Madeleine Genoud-Page, conseillère communale en charge de la culture, dit qu’elle ne peut pas se prononcer sur ce dossier, car une procédure est en cours. Ne mettez-vous pas la charrue avant les bœufs?

La ville a une position ambiguë. C’est ce qui nous pousse à agir, avant même que notre opposition ne soit jugée. Les signaux ne sont pas rassurants, même si la ville prétend toujours nous soutenir. Notre mobilisation de samedi est une façon d’informer l’opinion, de montrer à la commune la réalité de notre situation.

Cette journée de mobilisation coïncide avec la fin des négociations avec les promoteurs. Dès lundi, tout sera dans les mains de la ville. Nous lui demandons d’affirmer clairement sa position. Veut-elle privilégier les intérêts de l’immobilier ou de la culture?

Heureusement, vous n’avez pas de souci avec votre propriétaire…

Aucun risque de nous faire jeter dehors, puisque le bâtiment appartient à la coopérative Fonderie 13. Des anciens de Fri-Son, des gens du début, ont eu la brillante idée de monter une coopérative pour acheter le bâtiment, dans les années 2000. Fonderie 13 ne gère que ça. Le loyer que lui verse Fri-Son sert à payer les intérêts et à rembourser le prêt bancaire.

Est-ce qu’il existe pour vous un plan B, si les logements sont malgré tout réalisés?

Nous sommes convaincus que Fri-Son doit rester au centre-ville. Plus de 3000 personnes se sont inscrites sur une liste de soutien et défendent cette idée. La seule autre option serait un déménagement à BlueFactory.

Le dossier est sur la table depuis 2012. Mais depuis le printemps et le changement de direction à BlueFactory, tout est arrêté. Le dossier Fri-Son ne semble plus être une priorité. La ville de Fribourg, propriétaire à 50% de BlueFactory et représentée au conseil d’administration, pourrait faire bouger les choses.

Vous avez intitulé la journée de mobilisation «Bürozeitkultur - le futur de la culture?» Comment va-t-elle se dérouler?

De 9 h à 14 h, plein de grou­pes vont se produire: les Fribourgeois de Kassette, Monoski et Gustav, mais aussi Yellow Teeth, Anna Aaron, Abu et Patrick Bishop. Ils viennent tous gratuitement pour nous soutenir. Ce sera festif et gratuit, en respectant les horaires de bureau, avec des DJ après 14 h et, à 17 h, tous au lit.

Il y aura aussi un espace de discussion. Les spectateurs pourront sans doute rencontrer quelques politiciens et députés. C’est un problème suisse qui mérite réflexion. La situation que vit actuellement Fri-Son se retrouve dans de nombreuses villes.

XAVIER SCHALLER