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mardi 6 octobre 2015

Volkswagen, le diesel et la désinformation


Cinq domaines concentrent la pression publicitaire : le luxe, la banque et l’assurance, l’agroalimentaire, la pharmacie et surtout l’automobile.

La pression publicitaire a deux effets : l’intoxication du consommateur dont les choix sont orientés par des messages émotionnels puissants et des arguments rationnels biaisés ; l’intimidation du journaliste qui doit se garder de tout esprit critique vis-à-vis des apporteurs publicitaires.

L’agence de publicité de Volkswagen a rappelé cette règle sans ménagement à certains journaux : si vous voulez bénéficier de notre argent, gardez-vous de trop évoquer le scandale qui nous touche. Le Canard enchaîné a dénoncé ce qui n’est qu’un secret de polichinelle !

Nicolas de Tavernost, patron de M6, l’avait élégamment avoué sur Canal+ : pas question de dire du mal de nos clients ! Ou tout simplement de révéler des faits susceptibles de les gêner.

Pas étonnant, dans ces conditions, que les méfaits du diesel aient été cachés.

Le système économique repose sur la pression publicitaire, c’est-à-dire sur l’industrialisation du mensonge et de la tromperie.

La « liberté » des journalistes est, elle, doublement encadrée : par les intérêts économiques des médias (les apporteurs de pub) et les intérêts idéologiques et politiques des apporteurs de capitaux (comme le raconte Villiers dans son dernier livre à propos de TF1 et des sondages).

Bienvenue dans le monde de la désinformation publicitaire ! Bienvenue dans le monde de la tyrannie médiatique !

Dans l’affaire VW qui fait grand bruit dans les médias, le consommateur est actuellement submergé d’informations confuses qui mélangent deux choses très différentes : la pollution et la consommation.

Or, dans cette affaire, il n’est question que de pollution par NOx (oxyde d’azote), et pas de consommation de carburant, ni d’émission de CO2 qui est proportionnelle à la consommation. Notons à ce propos que le CO2 n’est pas un gaz polluant : il est même vital pour la croissance des végétaux par photosynthèse ; mais un excès de CO2 contribue(rait) au réchauffement climatique, parce que c’est un gaz à effet de serre, tout comme la vapeur d’eau, un autre rejet des voitures thermiques.

Pour mesurer les émissions de façon à produire des résultats comparables entre les différentes voitures, il faut des procédures de tests qui soient normalisées. Actuellement, en Europe, c’est la norme NEDC qui est toujours en vigueur depuis 1973.

Que cette norme soit dépassée est un autre débat, mais il n’est clairement pas pertinent de comparer les résultats de tests normalisés en laboratoire avec ceux de tests sur route, vu que ces derniers, dépendant de la façon de conduire, peuvent difficilement être normalisés.

Et sur la route, on ne conduit JAMAIS comme dans la norme NEDC. Celle-ci comprend en effet quatre accélérations de 0 à 50 km/h en 26 secondes et une accélération de 0 à 70 km/h en 41 secondes : à une époque où toutes les voitures peuvent accélérer de 0 à 50 km/h en 4 ou 5 secondes, PERSONNE ne conduit comme cela !

Il est évident qu’au-delà de 50 à 70 km/h, plus on roule vite, plus on consomme. De même, plus on accélère fort, plus on consomme : il suffit d’écouter le bruit de son moteur ! C’est pourquoi les consommations sur route sont toujours nettement supérieures aux résultats des tests de laboratoire.

Selon d’Ieteren, « Le groupe Volkswagen a récemment déclaré avoir installé sur certains de ses moteurs diesel (…) un software permettant de diminuer le niveau réel d’émissions d’oxyde d’azote (NOx) lorsque ces véhicules sont testés ».

Ce software, aussitôt qualifié de logiciel espion, aurait pour effet de détecter si un véhicule est conduit dans les conditions d’un test de laboratoire ; dans ce cas, les paramètres qui contrôlent la combustion du carburant seraient modifiés pour diminuer les émissions de NOx, au détriment de la consommation et de l’agrément de conduite.

On peut déplorer que le groupe VW n’ait pas publié un tableau comparant les émissions avec et sans les corrections du logiciel dit « espion » (CO2, NOx et autres polluants), aussi bien en conditions de test qu’en conditions de route.

Les journalistes et les consommateurs pourraient ainsi apprécier l’importance de la supposée tricherie. Peut-être celle-ci est-elle insignifiante. Et si elle ne l’est pas, peut-être le consommateur vraiment concerné regrettera-t-il de n’avoir acheté une voiture électrique, laquelle ne consomme pas de carburant et dès lors ne pollue pas du tout !

Éteignez les téléviseurs, laissez les journaux en pile, privilégiez la réinfosphère !


Jean-Yves Le Gallou