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mercredi 27 janvier 2016

Le pape soutient les producteurs de lait


Plus d’une centaine de producteurs laitiers de toute l’Europe ont participé à l’audience générale du pape François, mercredi 27 janvier au Vatican. © KEYSTONE


Une délégation de producteurs de lait européens a apporté mercredi des lettres au pape François pour protester contre la «surproduction catastrophique» et la chute des prix du lait qui mettent en danger le secteur. Les producteurs souhaitent que le pape intervienne en leur faveur auprès des gouvernements et de la Commission européenne.

Plus d’une centaine de producteurs laitiers de toute l’Europe ont participé à l’audience générale du pape François, mercredi 27 janvier au Vatican. Venus attirer l’attention sur un secteur en crise sur fond de surproduction, ils ont obtenu les encouragements du pape qui a assuré les soutenir dans leur combat, a confié par la suite l’un d’entre eux à l'agence I.MEDIA. Le chef de l’Eglise catholique s’est aussi engagé à rencontrer plus longuement les producteurs laitiers européens, «dans les six mois à venir».

Quelque 140 éleveurs et producteurs laitiers d’une quinzaine de pays européens, sous la bannière de l’European Milk Board (EMB), étaient ainsi venus participer à l’audience générale, place Saint-Pierre. Parmi eux figuraient des paysans venus de France, de Suisse, de Belgique ou encore d’Allemagne.

Cinq d’entre eux ont pu rencontrer le pape en marge de l’audience générale. Durant cette brève rencontre, ils ont obtenu une audience de travail avec le pape François, «dans les six mois à venir», leur a-t-il confié. Après lui avoir offert un panier garni de produits équitables, ils l’ont également invité à visiter une étable en Italie.

Une surproduction catastrophique

Le Belge Erwin Schöpges, membre du conseil d’administration de l’European Milk Board, a lu et remis au pape une lettre dans laquelle les exploitants agricoles dénoncent la libéralisation des marchés qui a conduit à «une surproduction catastrophique de lait”, une politique «favorable uniquement aux multinationales qui s’enrichissent sur le dos des paysans et des consommateurs».

«La pauvreté se crée aussi bien en Europe qu’en Afrique» et «les producteurs disparaissent», victimes d’une «énorme pression psychologique», déplore encore le courrier remis au pape. «Les producteurs disparaissent car les marchés sont inondés et les prix tellement bas qu’ils ne parviennent plus à nourrir leur famille», regrette encore l'association.

Le pape: «Je vous soutiens dans votre combat»

«A plusieurs reprises, le pape nous a encouragés, a raconté par la suite Erwin Schöpges à l'agence I.MEDIA. Il nous a dit: «Je vous soutiens dans votre combat, surtout n’arrêtez pas, continuez!». «On va voir tous les responsables politiques depuis 2009, on est peu écoutés et il semble que le pape, lui, nous écoute, a également confié Boris Gondouin, président en France de l’Association des producteurs de lait indépendants (API). On va pouvoir faire passer le message». Les producteurs de lait sont aujourd’hui dans une détresse totale, s’est-il désolé. «Cette surproduction arrive en masse dans les pays émergeants, à bas prix, et fait mourir les petits paysans aussi là-bas».

Ces derniers mois, les producteurs de lait multiplient les manifestations et actions coup de poing, pénalisés en raison d’un prix du lait trop bas qui met de nombreuses exploitations en danger. Depuis la fin des quotas laitiers, en 2010, l’Europe produit du lait sans limite. Le prix du litre est passé de 40 centimes d’euros, il y a un an, contre 28 centimes d’euros aujourd’hui.


Des paysans fribourgeois présentent leurs revendications au pape

Max Fragnière et Cécile Mettraux luttent 'pour un lait équitable' (Photo: Jacques Berset)


“On refuse le bradage du lait imposé par l’industrie agroalimentaire… on se sent lâchés par les organisations faîtières agricoles et l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG)”, martèlent de concert Cécile Mettraux, de Gillarens, et Max Fragnière, de Romont. Ils s’apprêtent à partir pour Rome apporter leurs revendications au pape François, au Vatican.

Mercredi 27 janvier 2016, ces deux militants fribourgeois, rejoints par Fabienne Tâche, de Tatroz, tous membres de l’Action Chrétienne Agricole Romande (ACAR) et du syndicat paysan Uniterre, participeront à l’audience générale du mercredi au sein d’une délégation de quelque 140 paysans européens. Ils seront également accompagnés de Werner Locher, de l’association alémanique BIG-M, qui lutte en Suisse pour un lait payé au juste prix.

La délégation du syndicat des producteurs de lait, l’European Milk Board (EMB), qui va rencontrer le pape François le mercredi 27 janvier, va lui porter le message des paysans européens qui subissent de plein fouet la libéralisation du marché du lait et la fin des quotas laitiers depuis avril dernier au sein de l’Union européenne.

Pour maintenir des prix du lait décents

Les producteurs européens subissent de lourdes pertes financières, car dans certaines régions le prix du lait ne couvre que le 65 % des coûts de production. Pour maintenir des prix décents, ils réclament une limitation des volumes de lait produits.

A l’issue de l’audience générale, le pape François recevra une délégation de cinq membres du comité de l’EMB, emmenés par son président, l’Allemand Romuald Schaber. Qui affirme que le marché du lait est saturé, provoquant la diminution de son prix, parlant même d’effondrement. Les délégués cherchent par ce moyen à sensibiliser davantage le public et les consommateurs à la grave crise que traverse le monde agricole. Ils tenteront de convaincre le souverain pontife de plaider leur cause auprès des gouvernements.

“Du lait pour Juncker”

Pour faire entendre la voix des producteurs, l’EMB, qui a déjà organisé des “grèves du lait”, a démarré en décembre dernier la campagne de protestation intitule “Du lait pour Juncker”. Les producteurs de lait de toute l’Europe envoient des colis remplis de briques de lait au président de la Commission européenne en guise de protestation “contre la politique laitière destructive” de l’Union européenne.

Le risque est grand, pour l’EMB, devant “l’affaiblissement dangereux d’un pilier important de l’agriculture européenne”, de voir même son effondrement total en raison des excédents chroniques, cause du bas niveau continu des prix du lait.

Les prix payés ne couvrent plus les frais de production

Dans leur message, les paysans de Suisse romande membres de l’ACAR et d’Uniterre vont porter ce message au pape François, souligne Cécile Mettraux.

“Nous sommes inquiets parce que beaucoup de paysans, en Suisse aussi, vivent de grandes difficultés. Les prix payés pour nos produits ne couvrent plus les frais de production, en particulier du lait, qui est le revenu essentiel pour 70% des familles paysannes suisses”, assène la paysanne de Gillarens.

Des paysans tentés par le suicide

Elle rappelle que pour cette raison, “certains arrêtent la production laitière et s’orientent vers d’autres productions, avec de gros investissements financiers, d’autres assument un travail supplémentaire au risque de perdre leur santé, d’autres encore abandonnent l’exploitation agricole et vendent leur force de travail ailleurs…”

La situation est parfois si désespérée que des paysans sont tentés par le suicide. En France voisine, en 25 ans, le pays a perdu 300’000 exploitations agricoles, soit 800’000 actifs. Le suicide – on parle d’un tous les deux jours – est la troisième cause de mortalité dans la profession. Le phénomène touche aussi la Suisse.

Max Fragnière a été fermier du domaine de l’Abbaye de la Fille-Dieu, à Romont, de 1979 à 2005 – deux de ses fils ont repris l’exploitation – mais il poursuit son militantisme pour le maintien d’une agriculture familiale.

Pour une agriculture familiale de proximité

Dans leur adresse au pape, les paysans fribourgeois affirment que la lutte pour une agriculture familiale de proximité – en opposition avec l’industrie agro-alimentaire et à une production mondialisée – comprend le respect de l’environnement, le refus des OGM et de la disparition de la biodiversité, l’opposition au “brevetage” du vivant, ainsi que l’accès à la terre et à l’eau. Ils considèrent le droit à l’alimentation comme un droit humain, qui passe par le droit à la souveraineté alimentaire.

“La délégation remettra au pape François un exemplaire de notre initiative populaire fédérale ‘Pour la souveraineté alimentaire – L’agriculture nous concerne toutes et tous’, pour laquelle nous récoltons encore des signatures”, précisent les deux Fribourgeois. Max Fragnière, tout comme l’ancien conseiller d’Etat Pascal Corminboeuf, font partie du comité d’initiative.

Jacques Berset
cath.ch