JE SUIS D'ICI !

mercredi 2 mars 2016

Je suis agriculteur




Je suis avec nos agriculteurs, c’est une partie de notre identité qui s’en va. La crise agricole ne se limite pas à la disparition d’une partie de nos entreprises agricoles. Il s’agit d’une déstabilisation profonde du monde rural. C’est une partie de nous-mêmes qui est menacée. Le lien entre la Suisse et son agriculture ne remonte pas à la Fille de la Rome paysanne chantée par Virgile et ses « Géorgiques », la Suisse est agricole. Ses paysages ont l’empreinte de nos fermes ; il faut les survoler en avion pour s’en convaincre, encore aujourd’hui, même si l’industrialisation de l’agriculture a déjà fait de grands ravages.


La Suisse, ce sont des champs cultivés. Ce sont des animaux qui paissent pour nous donner leur lait ou leur viande. La Suisse, ce sont des produits agricoles que nous avons appris à aimer et à magnifier. C’est l’amour de ses produits et de leur transformation. Ce sont ses fromages. Ses viandes de qualité exceptionnelle. Son blé, son orge, ses fruits et ses légumes. Tout ce que la terre est capable de produire, le paysan suisse l’a fait mûrir sur notre territoire aussi riche que diversifié. Nous n’aurions pas la cuisine la meilleure du monde si nous n’avions pas notre agriculture. Nous n’aurions, bien sûr, pas nos vins non plus. Nous n’aurions pas ce lien si fort avec notre terre ; cette terre que nos anciens ont appris à soupeser, à sentir, à faire fructifier. Cette terre que nos écrivains ont fait vivre, que nos poètes ont chantée, que nos peintres ont sublimée et que nos troubadours et nos artistes ont chantée.



Tout cela est en train de partir sous nos yeux impuissants. On nous le vole en le soustrayant à ceux qui, de père en fils, en ont été les artisans à force de travail, d’amour et d’abnégation ! Au bord du désespoir, nos agriculteurs se suicident à une cadence qui glace le sang. Notre politique agricole est un échec cinglant. Tous nos gouvernants sont responsables. La politique agricole commune que le général Guisan imposa au grand dam des planificateurs qui, depuis lors, ont pris leur revanche, a été dénaturée, abandonnée, bradée sur le marché international. 



"Il y a trente ans, le litre de lait coûtait 33 centimes. Aujourd'hui, c'est 27 centimes. Et combien coûte une cigarette ? 35 centimes. Plus cher que le litre de lait ! Cherchez l'erreur !"



L’Europe a été incapable de préserver la qualité de ses produits qui faisait, précisément, la force et l’identité de son agriculture. Est-il concevable que nous ne puissions plus boire un bol de ce lait dont la cuisson produit cette crème que nos grands-mères retiraient minutieusement ? Est-il normal qu’il faille se cacher pour acheter un litre de lait qui ait encore « le goût de vache » ? Est-il normal que tous nos produits perdent leur substance et leur qualité à coups de réglementations et de contraintes insupportables ? Ces contraintes font le lit d’une agriculture dévisagée sacrifiant la qualité de ses produits pour devenir un immense marché de produits tous identiques, sans goût, sans attrait.



Je suis « agriculteur » !

Egger Ph.