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vendredi 9 septembre 2016

Une multinationale organise des cours de culture suisse destinés à leurs employés étrangers


Roger Blair, Brenda Evequoz (à g.) et Magalie Llorens font partie de la «cultural team» chargée d’initier les expatriés de l’entreprise aux subtilités de notre pays.


L’ambiance est au calme, ce mardi matin dans les locaux genevois de PGT Healthcare (filiale de Procter and Gamble). A 11 h tapantes, Roger Blair, vêtu d’une chemise à edelweiss traditionnelle et secouant une énorme cloche de vache, rompt le silence. «Come! Venez tous!» lance-t-il à la ronde dans un français teinté d’accent américain. Roger Blair traverse l’open space, suivi par l’élégante guyanaise Brenda Evequoz, drapée d’un drapeau suisse. Deux autres membres du «cultural team», vêtus de casquettes et de maillots rouges à croix blanche, ferment l’insolite procession. Bienvenue au cours de «Swissification»!

Le petit groupe s’arrête devant une table richement fournie en tartes aux pruneaux. Ce matin, le cours portera sur le Jeûne genevois et le Jeûne fédéral. Depuis un an, Roger Blair organise tous les deux mois environ des séances visant à présenter les spécificités de la culture suisse. Et pour cause: parmi les 95 employés de ce département du géant de la pharma, les Helvètes se comptent sur les doigts de la main. Et encore, plusieurs, installés depuis des années, ont été naturalisés.

Ainsi, après l’Escalade de Genève, le Carnaval de Bâle ou encore les combats de reines, l’assemblée apprend ce matin-là la raison pour laquelle ils auront congé le jeudi suivant (jour du Jeûne genevois). «J’ai eu cette idée en constatant que les expatriés avaient une grande méconnaissance du pays dans lequel ils vivent – même si j’ai aussi fait cette observation chez certains Suisses», raconte Roger Blair, qui a initié la «Swissification». «Ces cours ont immédiatement eu beaucoup de succès, ce qui prouve leur utilité!»

Petit test, gros clichés

Avant la dégustation de la tarte, les employés ont d’ailleurs droit à un petit questionnaire. «Quel est le domaine d’exportation le plus important en Suisse?» Les réponses n’échappent pas aux clichés. «Le fromage! Les montres! Le chocolat!» répond l’assemblée. «L’argent!» plaisante quelqu’un. La réponse est un clin d’œil à l’entreprise: les médicaments, qui représentent 44,8 millions de francs.

Pour Roger Blair, ce cours de «Swissification» est une petite passerelle pour aider ses collèges étrangers à s’intégrer en Suisse. Ce qui ne va pas de soi, surtout à Genève. Les expatriés se fréquentent souvent exclusivement entre eux, se retrouvent dans les mêmes bars, mettent leurs enfants dans des écoles spéciales.

Selon la dernière étude d’Expat Insider, publiée fin août, la Suisse occupe la 64e place sur 67 dans l’indice évaluant la facilité pour les expatriés à s’intégrer. Les deux principales raisons évoquées sont le coût de la vie et la froideur des Suisses.

La langue, couplée avec des séjours à durée limitée, représente un obstacle important. Chez Procter and Gable, Peter Farkas, Hongrois arrivé il y a trois ans, maîtrise peu le français. «Si je me suis fait des amis? En quelque sorte», répond-il timidement. Tout autre tableau pour Maria Do Ceu Gracias, Portugaise installée à Genève depuis cinq ans. «Je suis extrêmement bien intégrée! La première communauté ici est Portugaise! Je peux faire mes courses, aller chez le docteur, regarder la TV dans ma langue maternelle. Je n’essaie même plus de parler anglais.»

Des passerelles existent

Les tentatives pour mêler les deux mondes ne sont pourtant pas rares. De nombreuses associations, à l’instar de Glocals ou du Centre d’Accueil-Genève Internationale (CAGI), organisent régulièrement des événements mêlant expatriés et population locale. Plus récemment, la conseillère municipale genevoise socialiste d’origine russe Olga Baranova a lancé début septembre la plate-forme adoptanexpat.ch, elle aussi destinée aux échanges.

L’effort doit se faire dans les deux sens, estime Roger Blair. «Je n’ai jamais trouvé une chaussette en attendant qu’elle vienne à moi», image-t-il. Mais la technique la plus efficace reste de tomber amoureux d’un local. C’est par amour que lui-même s’est installé en Suisse en 2000 et arbore avec fierté aujourd’hui son passeport à croix blanche, tout comme Brenda Evequoz, arrivée en 1997. Là, pas question de rester en cercle fermé. «Selon mes recherches, il n’y a que douze personnes venant de Guyane britannique ici. Vous imaginez si je me limite à cette communauté!» conclut-elle en riant.