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dimanche 9 octobre 2016

Le « nouveau débat » : un roi pour la France ?




Si la campagne électorale française rabaisse encore le niveau de la réflexion politique actuelle, quelques signes d’espoir nous sont pourtant donnés. Des pépites, malheureusement trop vite submergées dans le flot des banalités, sont apparues ces derniers temps.

Le premier, Emmanuel Macron avait osé écrire que la France ne se remettait pas d’avoir perdu sa tête avec la mort du roi Louis XVI.

Ces dernières semaines, un véritable mouvement d’idées novatrices a émergé. Pour la première fois depuis des décennies et venant de personnalités jusqu’alors étrangères à ce discours, une réflexion sur la monarchie a percé dans les médias.

Ainsi, fin septembre ont été publiés une chronique de François Sureau dans La Croix, un portrait de l’héritier des rois de France par Yann Moix dans Paris Match et un dossier dans La Revue des deux mondes sur « La nostalgie du roi », qui pose la question de fond : qu’apporterait la monarchie à la France du XXIe siècle ?

La République a pu faire illusion durant un temps, notamment au début de la IIIe République, lorsqu’elle a créé le récit national mêlant les monuments historiques, « nos ancêtres les Gaulois », symboles avec Vercingétorix de la naissance de la France sortant du monde romain et les grands personnages (Jeanne d’Arc, Henri IV et Louis XIV) ayant contribué à former l’État souverain. Mais peu à peu, tout cet édifice s’est fissuré avant de s’écrouler, comme le prouvent les réactions du ministre de l’Éducation nationale.

Après le constat de la fin d’un temps, place à la reconstruction. Et si elle passait par un retour du roi ?

Renouvelant complètement le discours en la matière, on s’interroge sur la légitimité du pouvoir et son partage, que la démocratie désormais ne garantit plus puisqu’elle est aux mains de puissances diverses – financières, médiatiques – qui n’ont rien à voir avec le bien commun. Mais aussi sur l’unité, l’identité et la représentation des peuples dont l’Ancien Régime a été un modèle, puisque tous pouvaient se reconnaître dans le roi de France, père de tous.

On voit bien l’intérêt de cette reconnaissance unanime, que plusieurs auteurs comparent au rôle de la reine d’Angleterre vis-à-vis du Commonwealth. Ce qui manque le plus est une autorité incontestée et incontestable qui fasse l’unité et assure la pérennité du pays. Dès lors, la personnalité du roi importe moins que le symbole qu’il représente.

Quant au pouvoir du roi, il n’est pas et ne doit pas être de même nature que celui des gouvernants du quotidien. Peu importe le taux de l’impôt ou celui de la TVA ; en revanche, il importe que l’impôt soit juste et la charge répartie équitablement.

Le Président n’est plus qu’un chef de gouvernement. Ce n’est pas son rôle.

La royauté française reposait sur un principe énoncé dès l’Antiquité : le partage du pouvoir entre majesté, autorité et pouvoir. Les trois ne doivent pas être interchangeables. Sous la monarchie absolue, ils étaient réunis plus ou moins dans la main du souverain, qui agissait de manière différente selon ses activités. Mais les historiens du droit savent bien que si majestas et auctoritas étaient sans conteste les attributs du roi, la potestas était, elle, largement partagée, et cela d’autant plus que les institutions se renforçaient. L’important est de maintenir la distinction et de retrouver la tripartition. Actuellement, majesté et autorité manquent cruellement et le corps social se délite, le sens commun s’étiole, les repères s’évanouissent et la société n’ose plus regarder vers l’avenir, prête à toutes les soumissions ou abandons.

La France a pourtant les moyens de réagir. Sa famille royale est toujours incarnée. Il suffirait de rappeler le roi et de dire, avec Yann Moix : « Le roi est vivant. Vive le roi !

Philippe Montillet