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lundi 17 octobre 2016

L’Europe est une prison dont on ne sort pas sans en payer le prix




« Si je commence à faire des concessions sur la liberté de circulation, alors un autre État membre, demain, viendra dire « Moi aussi, je ne veux pas autant de travailleurs bulgares et roumains », et puis un deuxième, et puis un troisième, cette fois un pilier de la construction européenne, et nous fermerons tous nos frontières et il n’y aura plus d’Europe. »

Cette phrase prononcée le week-end dernier par Angela Merkel à l’adresse de Theresa May mérite notre attention.

L’emploi du « Je » indique clairement que c’est la chancelière allemande qui, désormais, est à la baguette, c’est clair et net. Était-ce prévu dans les traités ? Avons-nous voté pour ça ? Bien évidemment non. Comme il est loin, le temps où Mitterrand et Helmut Kohl marchaient main dans la main. Premier enseignement, donc : aujourd’hui, le couple franco-allemand n’existe plus, c’est pour la France un échec terrible.

« … moi aussi je ne veux pas autant de travailleurs bulgares et roumains. » À l’évidence, pour les Anglais, le sujet, ce ne sont pas les migrants de Calais. Ceux-là, il en est tellement peu question que l’on n’en parle même pas. Le sujet, ce sont des migrants venus de l’Union européenne. Mais alors, quel est l’intérêt de faire l’Europe ? Si les Bulgares et les Roumains sont un boulet pour le Royaume-Uni, pourquoi ne le seraient-ils pas pour nous aussi ? N’avons-nous pas, ici, la preuve que le discours officiel – la libre circulation des travailleurs est une chance pour l’Europe – n’est qu’une mascarade et qu’en coulisse, c’est une tout autre musique qui se joue.

Appelons un chat un chat : ces négociations autour du Brexit, de quoi s’agit-il, au juste ? Tout simplement de punir les Anglais suffisamment fort pour dissuader un autre État de prendre exemple sur eux.

D’ailleurs, à Bruxelles, personne ne s’en cache, à commencer par le jocrisse qui occupe l’Élysée. N’a-t-il pas déclaré récemment : « Il faut qu’il y ait une menace, il faut qu’il y ait un risque, il faut qu’il y ait un prix, sinon nous serons dans une négociation […] qui ne pourra pas bien se terminer, […] Nous devons avoir cette fermeté. Si nous ne l’avons pas, nous mettrons en cause les principes mêmes de l’Union européenne, c’est-à-dire qu’il viendra à l’esprit d’autres pays ou d’autres partis de vouloir sortir de l’Union européenne. »

De quel endroit ne peut-on sortir sans en payer le prix ? Demandez à un Tchèque ou à un Polonais, il vous répondra tout de suite, ils ont déjà vécu ça. Le paradoxe, c’est qu’Angela Merkel, dans sa jeunesse, aussi. La vérité c’est que l’Europe, on y reste que parce que l’on craint les représailles qui s’ensuivraient si on tentait d’en échapper. Craintes malheureusement fondées, et davantage encore pour un État membre de l’eurozone : Aléxis Tsípras nous en a, d’ailleurs, donné un avant-goût.

Ambrose Evans-Pritchard, le très écouté éditorialiste du Daily Telegraph, a mis les points sur les i. Voici ce qu’il écrivait la semaine dernière : « Un Brexit dur n’a jamais eu ma préférence, […] mais ce qui m’a conduit ces derniers temps à durcir ma position, ce sont les tentatives d’intimidation de certains leaders européens. » Il citait, notamment, François Hollande. Gageons qu’outre-Manche, il ne doit pas être le seul.

Christophe Servan