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vendredi 3 février 2017

«Les binationaux doivent laisser l'autre passeport»


Le conseiller national Erich Hess (UDC/BE) a une idée bien précise de ce qu'il attend des naturalisés. 
(Photo: Keystone/Peter Schneider)


Le 12 février, les Suisses voteront sur la naturalisation facilitée des étrangers de 3e génération. L'UDC et ses alliés de la droite dure se battent, seuls contre tous, contre cette réforme. Et soulève d'autres «effets pervers» du système, comme la binationalité.

Erich Hess, conseiller national bernois, est gêné par le fait de permettre d'avoir deux passeports: «On ne sait jamais si celui qui conserve son ancienne nationalité s'engage totalement pour la Suisse ou non. Chacun devrait choisir le pays pour lequel son coeur bat.» En d'autres termes, celui qui devient suisse devrait la choisir. Et grâce à ce «devoir de positionnement», seules les personnes intégrées seraient naturalisées.

Plus de droits que les Suisses de souche

L'élu critique par ailleurs le fait que, selon lui, la double nationalité permet d'obtenir des faveurs que les autres n'ont pas, comme pouvoir s'installer dans plusieurs pays librement, obtenir des autorisations de travail ou toucher des aides sociales. «Les naturalisés ont donc plus de droits que les Suisses de naissance», conclut-il.

Son collègue Cédric Wermuth (PLR/BE), balaie cet argument. «Un Suisse a aussi la possibilité d'émigrer, de se faire naturaliser et, dans certains pays, de devenir binational». Le Suisse de souche n'est donc aucunement pénalisé. Concernant l'obligation de choisir, le conseiller national trouve l'idée «absurde». «Il existe des gens qui se sentent liés à plusieurs pays. Ça n'en fait pas des mauvais Suisses», s'émeut-il.

Enfin, la double nationalité est, selon lui, un «bon ambassadeur pour la Suisse». «Dans les pays d'ex-Yougoslavie, on voit que beaucoup s'investissent pour donner une bonne image du pays dans leur patrie d'origine», conclut le politicien.

Pour l'expert de la migration à l'Université de Neuchâtel Gianni D'Amato, obliger à choisir serait «un frein à l'intégration». «Les candidats à la naturalisation devraient mettre une partie de leur identité et de leur histoire au placard. Ce qui serait embarrassant pour beaucoup», souligne le chercheur. Par ailleurs, il rappelle que des études prouvent que le processus de naturalisation contribue à l'intégration. Il serait dommage de pousser les gens à y renoncer.

Selon les chiffres officiels, environ 870'000 Suisses ont deux passeports. Il faut ajouter à cela 560'000 Suisses de l'étranger qui ont une autre nationalité. Certains pays, comme l'Italie ou l'Allemagne, permettent la double nationalité. D'autres, comme l'Espagne* ou la Slovaquie, l'autorisent seulement pour les enfants dont un parents est citoyen du pays. L'Autriche ou la Norvège l'interdisent totalement.

*A noter que l'Espagne l'autorise sans renonciation pour les ressortissants des pays d'Amérique du Sud parlant espagnol ou portugais, d'Andorre, des Philippines, des Guinée équatoriale ou du Portugal.