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jeudi 9 février 2017

Les nouvelles stratégies des médias face à la réalité




Dépassés par un monde qui, non seulement ne répond plus à leur vision idéalisée, mais qui, de surcroît, échappe à leur mainmise, les médias traditionnels ont entrepris d’adapter leurs méthodes. À la reductio ad hitlerum, au déni de réalité et à l’ostracisation de ceux qui « pensent mal » autant de stratégies éculées sont venues s’ajouter de nouvelles techniques parfois de très anciennes remises au goût du jour, certes plus subtiles, mais qui ne trompent pas grand monde. Elles sont au moins au nombre de neuf.

1. Pensant être les garants de la vérité, les médias ont mis en place des outils de « vérification » de l’information qui présentent tous les atours de la méthode scientifique. Le fact checking a laissé place au « décodage » au nom d’impératifs idéologiques. Les « décodeurs » des différents journaux ont, pourtant, beaucoup de mal à avancer des chiffres ou des faits étayant leurs thèses et ciblent donc le plus souvent les médias qui les véhiculent. Sans surprise, dans le Décodex que vient de lancer Le Monde, un quotidien comme L’Humanité est qualifié de fiable et un journal en ligne comme Boulevard Voltaire est rangé dans la catégorie des médias peu crédibles.

2. Depuis le début des attentats terroristes en série en Europe, les journalistes nous ont invités à ne pas commettre d’amalgames. Pourtant, quand il s’agit d’un responsable politique de la « droite décomplexée » ou d’un éditorialiste commentant « hors les murs », le mantra est vite oublié.

À cette aune, toute personne qui pense mal ou de manière farfelue est amalgamée sous le concept faîtier de « fachosphère ». On ne saurait pourtant, quand on est de bonne foi, ranger Alain Finkielkraut et Dieudonné – des personnalités de la droite identitaire et des complotistes – sous une même coupole. Pis : les mêmes qui affirment que l’islamisme n’est pas l’islam ne s’embarrassent d’aucune précaution lorsqu’ils prétendent que « Le Pen et Daech, c’est la même chose ».

3. Les médias usent désormais de psychologisation quand ils dressent le portrait des responsables politiques et intellectuels « en rupture » avec le politiquement correct. Après l’élection de Donald Trump, certains journaux se sont demandé si le nouveau président des États-Unis était… fou. Quand Éric Zemmour s’est trouvé au cœur de la tempête, certains ont sous-entendu qu’il devait être « frustré sexuellement ». Quant à Marine Le Pen, ses relations difficiles avec le père ont été abondamment commentées.

4. Lorsqu’ils constatent que leur message ne passe plus, les médias relaient les opinions des sportifs, des acteurs, chanteurs et autres personnages du show-biz avec qui ils partagent une même aversion pour les frontières, un même amour du cosmopolitisme et une haine des populistes. Les Noah, Madonna, Scarlett Johansson et 99 % de leurs collègues, agissant par psittacisme, sont érigés en intellectuels capables, depuis les hôtels de luxe, jets privés et villas hyper protégées, d’établir ce qui est bon, ou non, pour le peuple.

5. En rupture avec le peuple qui observe une réalité en décalage avec celle qu’ils lui imposent, les médias, officiellement parce qu’ils ne peuvent supporter les « insultes » et « commentaires racistes », commencent à fermer l’accès aux commentaires sur leurs sites. C’est le cas, en Belgique, de Roularta qui, en raison du « caractère trop souvent virulent et irrespectueux des échanges », ne souhaite plus que les internautes puissent commenter les articles.



6. Parce que l’obsession à relayer leur vision du monde bute sur la réalité des faits, les médias remettent aujourd’hui à l’honneur une stratégie vieille comme l’histoire de la propagande : illustrer leur perception du réel par des figures archétypales qui sont issues du monde qu’ils fantasment. La Russie soviétique avait élevé Alekseï Stakhanov au rang de modèle de vertu. L’Europe bien-pensante fait de même avec les personnes issues de l’immigration ayant réussi, qu’ils soient humoristes, footballeurs ou simples citoyens. Parmi les nouvelles figures médiatiques figurent également les « mauvais exemples » – à l’image du policier blanc coupable d’acte raciste aux Etats-Unis -, permettant de « culpabiliser » l’Occidental.

7. Pour attendrir leur lectorat, les médias vont plus loin encore en jouant sur le registre de l’émotion. C’est ainsi que les victimes « musulmanes » des attentats sont systématiquement mises en exergue afin de faire oublier que les terroristes sévissant sur nos territoires agissent précisément au nom de l’islam, ou que le corps du petit Aylan a tourné en boucle, jusqu’à la nausée, sur les chaînes du monde entier, afin de rendre impossible toute objection à l’accueil des migrants.

8. S’arc-boutant à leur pouvoir de façonner l’opinion, les journalistes émargeant à la bien-pensance affirment désormais sans gêne, qu’ils sont devenus minoritaires. C’est ainsi qu’un hebdomadaire belge s’est posé, très sérieusement, la question de savoir s’il fallait « avoir honte d’être de gauche » aujourd’hui, sous-entendant que celle-ci, au sens gramscien du terme, aurait perdu la bataille des idées. Si la droite populaire a bel bien triomphé auprès du « peuple », elle n’a, en aucun cas, investi le sérail médiatique : si tel avait été le cas, on passerait du rock identitaire plutôt que du rap antipatriotique sur les antennes, il y aurait plus de Ménard et moins de Cohn-Bendit sur les plateaux télévisés et Laurent Obertone serait davantage invité à commenter ses ouvrages que Mazarine Pingeot.

9. Certains termes étant devenus trop « sensibles », les médias se refusent d’encore les utiliser. Un quotidien belge de langue néerlandaise a ainsi décidé de ne plus employer le mot « allochtone ». De la même manière, et Nadine Morano en a fait les frais, alors qu’elle reprenait un aphorisme du général de Gaulle, le mot « race » est désormais pratiquement banni du vocabulaire.

Gregory Vanden Bruel