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samedi 17 juin 2017

La Suisse veut ménager l’Europe et les tireurs




Le Conseil fédéral entend appliquer de nouvelles normes européennes. Le lobby des armes à feu se met déjà en position de tir.

La lutte contre le terrorisme entre en conflit avec une vieille tradition tout helvétique: le tir en campagne et le maintien des armes à domicile. Vendredi, le Conseil fédéral a tranché. Il mettra en œuvre la nouvelle directive de l’Union européenne sur le contrôle de l’acquisition et de la détention d’armes, mais ménagera autant qu’il le peut les amateurs de tir. C’est-à-dire qu’en Suisse, les armes pourront être conservées à domicile après le service militaire mais seulement si la personne devient membre d’une société de tir et tire régulièrement. Une solution qualifiée de «pragmatique», qui permet surtout de respecter l’Accord de Schengen, dont la Suisse est membre.

Le lobby des armes à feu est depuis longtemps sur le qui-vive à ce propos. Au parlement, plusieurs interventions liées à l’application de la nouvelle législation européenne ont été déposées. Le Conseil fédéral a ainsi déjà eu l’occasion d’annoncer que Bruxelles tolérerait une marge de manœuvre propre aux spécificités des pays membres.



«De l’enfumage»

Insuffisant. L’association Pro Tell, qui défend un droit libéral sur les armes, parle déjà d’une «reddition à l’UE». Pour son vice-président, le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS), l’annonce du jour est de «l’enfumage». Car il voit surtout dans la directive européenne une accumulation de nouvelles conditions qui conduiront immanquablement à un durcissement pour tous les détenteurs d’armes. Exemples? L’interdiction sauf exceptions de détenir toute une série d’armes à feu, l’instauration de contrôles dont des examens médicaux et psychologiques, l’échange d’informations entre pays, etc. «On cherche à décourager la détention d’armes. Mais partant de là, on porte atteinte aux traditions de notre pays», estime Jean-Luc Addor.

Le Fribourgeois Ruedi Vonlanthen, qui brigue par ailleurs la présidence de Pro Tell, annonce que les sociétés cantonales de tir ont déjà parlé de lancer un référendum. Pour lui, obliger un détenteur d’arme à feu à intégrer une société de tir et à s’exercer régulièrement revient à «tuer le tir en campagne», cette tradition populaire vivante, inscrite dans le catalogue officiel au même titre que le pèlerinage à Mariastein et la commémoration de la bataille du col de Stoss.

Au parlement

Les opposants ont le temps d’y penser. Vendredi, le Conseil fédéral n’a fait qu’annoncer une intention. Il doit maintenant élaborer un projet de loi, lequel sera soumis au parlement. Et un argument de poids viendra refroidir les ardeurs: la directive européenne est un développement de l’acquis de Schengen, dont la Suisse est membre. Si elle ne reprend pas les nouvelles dispositions, l’accord d’association peut être dénoncé, ainsi que celui de Dublin.

Jean-Luc Addor n’y croit pas une seconde. «On nous agite cet épouvantail. Mais il n’y a pas d’automatisme. Il y a tout un mécanisme préalable qui permettra de se rendre compte que la législation suisse est déjà loin d’être laxiste en la matière», explique-t-il, annonçant que près de 60 parlementaires ont intégré un nouveau groupe parlementaire intitulé «Pour un droit libéral sur les armes».

Magalie Goumaz