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dimanche 18 juin 2017

Le Belluard part en balade à travers Fribourg


Cette année, le Belluard a choisi de dédier tout son site historique – soit la forteresse dont le festival tire son nom - au projet Bastion 2492, un jeu vidéo grandeur nature et immersif. Mais le cœur du festival reste dans les environs et, du côté de l’Arsenal, le public trouvera bars, stands de nourriture et, qui sait, quelques surprises artistiques aussi.
Image: DR


Le Belluard, c’est 23 projets performatifs ou scéniques à découvrir dès jeudi prochain à Fribourg et, une fois n’est pas coutume, à travers le canton. Une occasion parfaite pour mêler, durant 10 jours, immersions artistiques et visites touristiques. Du côté des quartiers historiques ou industriels de la capitale fribourgeoise mais aussi vers le lac Noir, les grottes de la Madeleine ou encore les bois de Monterban à Hauterive.

Pour la première fois depuis son édition initiale en 1983, le festival dédié à la création contemporaine a, en effet, choisi de réserver son enceinte habituelle à un seul projet, d’envergure. «Du coup, l’occasion était idéale pour imaginer une édition itinérante, pour partir en voyage à travers le territoire et son quotidien en proposant des dérives artistiques, visuelles ou fantastiques.» Anja Dirks, Allemande installée à Bâle, est à la tête de la manifestation depuis 2015. Elle a dirigé durant six ans le Theaterformen à Braunschweig et Hanovre.

A Fribourg, elle poussera donc cette année à l’escapade. Ou, plutôt, à se lancer sur les pas des artistes suisses ou internationaux qui composent le programme de cette 34e édition du Belluard. Un festival que les germanophones connaissent sous le nom de Bollwerk. Qui tire, surtout, ses appellations du lieu-dit où se dresse l’ancienne forteresse investie habituellement par la manifestation et dans laquelle les spectateurs pourront participer, cette fois-ci, à un jeu vidéo ou d’aventure grandeur nature. Pour Bastion 2492, le collectif allemand de «game-théâtre» Machina eX, venu des médias et de la scène, a imaginé un sombre scénario qui immerge le visiteur dans un monde hostile et totalement interactif.

La fiction comme écho du monde extérieur? Pour le savoir, il faudra se plonger dans la vingtaine de propositions, dont 15 créations originales, qui vont de la performance à la pièce de théâtre, des concerts de musique expérimentale ou électronique à des installations. Sept projets ont d’ailleurs été spécialement imaginés avec l’idée de faire bouger le visiteur. Massimo Furlan lancera, par exemple, ses spectateurs dans un long Travelling en bus, une virée nocturne qui durant deux heures fantasmera un Fribourg étrange et habité de créatures surprenantes. Le Lausannois a déjà expérimenté avec succès – à Nyon il y a quelques années ou en ouverture de saison de l’Arsenic en septembre dernier – cette performance autant poétique qu’humoristique.

Eveiller les consciences Dans un tout autre style et moyennant de bonnes chaussures de marche, le public pourra se laisser embarquer par le Fribourgeois Martin Schick à travers son Exposition universelle, près du lac Noir. En résidence dans la région depuis plusieurs semaines, le performeur détourne le format de l’exposition. Flâneur, celui qui cherche toujours à questionner l’art, ses fonctions et ses moyens, propose d’«arpenter la nature organisée» et d’aller à la rencontre des habitants durant près de 3 heures. Un engagement en temps et en effort qui devrait éveiller les consciences tout en renouvelant le regard porté sur ce coin du canton.

En ville comme en campagne, d’autres artistes chercheront eux aussi à éclairer la réalité sous un angle surprenant. Qui en jouant sur le son tel, par exemple, Rishin Singh et ses écouteurs vibrants fabriqués à partir de branches d’arbres. Qui en éveillant le toucher – à l’instar de Tania El Khoury et son récit d’émigration tracé à même la peau. Qui en cherchant à créer un état de transe, comme celui dans lequel la Marocaine Bouchra Ouizguen plongera une vingtaine de femmes par le rythme, les voix chantées et la danse.

Plus pointu que le Festival lausannois de la Cité mais moins expérimental que son confrère nyonnais le far°, le Belluard/Bollwerk promet donc 10 jours d’escapades insolites. Parfois exigeantes, souvent abordables, toujours artistiques ou festives.

Gérald Cordonier