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jeudi 27 juillet 2017

Et si la Suisse labélisait ses innovations?


Le géographe et sociologue Hugues Jeannerat, chercheur et enseignant à l'Université de Neuchâtel, est favorable à une politique d'innovation qui englobe davantage tous les acteurs de la société. 
(swissinfo.ch)



Des scientifiques neuchâtelois et bernois plaident pour une nouvelle politique nationale visant à mieux mettre en avant les innovations suisses. Parmi leurs propositions, la création d’un label «swiss innovated», qui renforcerait la réputation d’une Suisse championne du monde de l’innovation.

Le très apprécié «swiss made» pourrait à l’avenir être concurrencé par un autre label destiné à mettre en avant le savoir-faire et la créativité helvétique. Son nom: «swiss innovated». C’est en tout cas l’une des idées marquantes qui ressort d’un papier de réflexion consacré au futur des politiques d’innovation en Suisse, publié récemment par les Universités de Neuchâtel et de Berne.

«Tout le monde s’accorde à dire que la capacité d’innovation est plus importante que la capacité de production pour un petit pays industrialisé comme le nôtre. Puisqu’on a un avantage dans ce domaine, pourquoi ne pas en faire une marque?», s’interroge Hugues Jeannerat, sociologue et géographe spécialiste de l’innovation à l’Université de Neuchâtel.

Alors que le label «swiss made» porte surtout sur des produits destinés à l’exportation, «swiss innovated» permettrait de valoriser et de mettre en vitrine une image innovante de la Suisse dans une multitude de domaines: aménagement urbain et du territoire, consommation et développement durable, gestion des déchets, économie collaborative, protection de la nature et du paysage, nouvelles filières agricoles, etc.

La solution plus que le produit

Ce label ne serait pas uniquement destiné aux entreprises, mais à tous les acteurs sociaux ou étatiques qui œuvrent pour un développement économique, social et environnemental durable en proposant des solutions novatrices. «’Swiss innovated’ ne s’appliquerait pas à des produits mais à la manière dont des solutions complexes sont réalisées et valorisées collectivement», souligne Hugues Jeannerat.
Le chercheur cite l’exemple des panneaux photovoltaïques de couleur qui s’intègrent dans le paysage urbain ou se fondent dans un environnement naturel. Cette invention développée par le Centre suisse d’électronique et de micro-technique (CSEM) de Neuchâtel a reçu le Prix suisse de l’environnement 2016.

«Il se peut que dans deux ans, d’autres pays, par exemple la Chine, s’approprient cette technologie, avance Hugues Jeannerat. La Suisse peinerait alors à être concurrentielle dans une production à large échelle de ces panneaux photovoltaïques. En revanche, la façon dont les différents acteurs – urbanistes, architectes, spécialistes de la protection du patrimoine – travaillent pour intégrer ces panneaux dans le paysage urbain est unique. Il s’agit ici d’une solution ‘swiss innovated’ issue de savoir-faire multiples pouvant ensuite être valorisés dans d’autres domaines ou d’autres régions du monde».

Labellisés par Innosuisse

La nouvelle Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation (Innosuisse) - qui verra le jour le 1er janvier 2018 -  serait chargée de labéliser les projets «swiss innovated». Les auteurs du papier de réflexion – Hugues Jeannerat, Tina Haisch, Olivier Crevoisier et Heike Meyer – nourrissent l’espoir que ce label stimulera et apportera une reconnaissance à tous les acteurs qui agissent pour l’innovation en Suisse, et pas seulement dans le domaine des nouvelles technologies.
Le label «swiss innovated» permettra également de faire la promotion, en Suisse et à l’étranger, d’un pays innovant et attractif à la fois pour les entreprises et pour les habitants. «Une municipalité qui met en place une politique originale destinée à accroître la qualité de vie de sa population pourra être labélisée et ainsi espérer gagner de nouveaux habitants tout en dynamisant son économie résidentielle», illustre Hugues Jeannerat.

Autre avantage: il sera possible de garder une trace des solutions suisses, même si elles sont implémentées ou exploitées ailleurs. «Imaginons que doodle – un site de planification très prisé en Suisse – soit racheté par Facebook. Avec le label, on retiendra qu’il s’agit d’une invention helvétique, alors qu’aujourd’hui beaucoup de technologies développées en Suisse sont simplement captées ailleurs, via le rachat de start-up par de grandes multinationales», relève le chercheur neuchâtelois.

Un premier master en innovation

Dès la rentrée de septembre, un master en innovation verra le jour à l’Université de Neuchâtel. Il s’agit d’une première en Suisse. Le master sera ouvert aux détenteurs d’un bachelor en droit, en sciences sociales ou en sciences économiques, chacune de ces disciplines donnant lieu à une orientation spécifique. A l’issue de cette formation interdisciplinaire, les étudiants seront capables de comprendre les contextes socio-économiques, politiques, juridiques et technologiques dans lesquels les innovations émergent, se développent et transforment à leur tour l’économie et la société.

Le label "swiss innovated" tel qu'imaginé par un groupe de scientifiques bernois et neuchâtelois.



La Suisse reste leader mondial

Pour la 7e année consécutive, la Suisse figure en tête du classement des pays les plus innovants du monde, selon l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Elle devance la Suède, les Pays-Bas, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pour établir son classement, l’organisation onusienne passe des dizaines d’indicateurs au crible, des demandes de brevet aux dépenses dans l’éducation.  

Samuel Jaberg