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samedi 28 avril 2018

Expressions françaises que l’on n’utilise plus aujourd’hui





FAIRE DES PATAQUÈS

En français, la maitrise des liaisons s’apprend. Les passionnés pardonnent rarement l’ajout d’une consonne à l’oral. Malheureusement, cette pratique demeurait courante dans le phrasé populaire. Appelée pataquès, elle symbolisait également une accumulation de gaffes. En voici un exemple : « moi-z-aussi ».

DÉMÉNAGER A LA CLOCHE EN BOIS

Difficile de fuir son logement en catimini quand on voulait quitter celui-ci sans honorer son loyer. L’astuce consistait à empaqueter ses affaires et à les descendre par la fenêtre à l’aide d’une ficelle. Le mauvais payeur pouvait passer ainsi devant la concierge les mains vides sans attirer l’attention. Cette fuite fugace ressemblait au son discret émis par une cloche en bois.

SE CASSER LA MARGOULETTE

En normand, margane voulait dire mâchoire tandis que gole signifiait gueule. Comme le montre l’image ci-dessus, les poilus donnaient des surnoms à chaque partie de leur corps. La margoulette s’apparentait à la bouche.

« Prenez garde de vous casser la margoulette dans les montagnes. Rapportez-nous vos personnes en bon état. »

En 1864, Gustave Flaubert utilisait pour la première fois l’expression. Lors d’un séjour en montagne, il recommandait la prudence à son ami.

TAILLER DES CROUPIÈRES

Avant l’arrivée des automobiles, seuls les chevaux circulaient dans les rues. Relié à la selle, un lien en cuir se trouvait sous le harnais. Afin de l’empêcher de remonter, le cocher le passait sur la croupe puis sous la queue de son fidèle destrier. En temps de guerre, des astuces se répandaient pour battre en retraite. Coupée par une épée ou une lance, la croupière semait le trouble : le cavalier du camp adverse basculait.

COURIR LE GUILLEDOU

En ancien français, guiller sous-entendait l’utilisation de la ruse à des fins libidineuses. Tout en restant mystérieux, le coureur de jupons repérait ses proies dans des lieux de débauche.

Dans Le cousin Pons, Honoré de Balzac imaginait les moeurs dissolues d’un personnage. L’expression imagée résumait ce portrait peu flatteur :

« Moi, je vous croyais des maîtresses à la douzaine, des danseuses, des actrices, des duchesses, rapport à vos absences (…) Qu’en vous voyant sortir, je disais toujours à Cibot : Tiens, voilà monsieur Pons qui va courir le guilledou ! »

LAISSER PISSER LE MÉRINOS (OU LE MOUTON)

Le mérinos appartient à la famille des ovidés. Ce mouton reste apprécié pour la douceur de sa laine. Dirigé par le berger, le cheptel s’arrêtait régulièrement pour satisfaire des petits besoins naturels. Or, l’avancée lente des animaux et les haltes nécessaires provoquaient la grogne des voyageurs. En province, les locaux utilisaient allègrement cette expression pour détendre l’atmosphère et rassurer les plus pressés.

À TIRE-LARIGOT

En 1282, le célèbre archevêque de Rouen Eudes Rigaud offrit une cloche de dix tonnes à sa cathédrale. Vu l’ampleur de la tâche, il décida d’investir dans une vigne afin de récompenser les ouvriers chargés de l’installation. Tenaillés par la soif, les plus émérites se réconfortaient dans le doux breuvage. L’expression devint donc un synonyme d’excès dans les projets entrepris.

AVOIR UN CŒUR D’AMADOU

Présente sur les champignons, cette substance flasque a des propriétés inflammables. Les mèches des anciens modèles de briquets se fabriquaient grâce à cette matière visqueuse. Si on désire les faveurs de quelqu’un, on tente de l’amadouer. En amoureux transi des mots, Georges Brassens a utilisé l’expression dans l’une de ses chansons. Jugez plutôt.

MENER UNE VIE DE BÂTON DE CHAISE

Aujourd’hui, la chaise repose sur le sol grâce à quatre supports. Or, le siège n’a pas toujours été statique. Des hommes levaient et mettaient à terre deux grands bâtons au centre desquels était suspendue une cabine qui abritait les nobles ainsi transportés. Fatiguant, ce travail laissait peu de place à la fantaisie. Peu à peu, la conscience commune n’arrivait plus à dissocier la vie de ces porteurs aux mouvements incessants qu’ils faisaient pour leur travail. L’expression illustrait donc une existence dissolue, sans la moindre stabilité.

BOUCHE A L’ÉMERI

Parfait pour décaper, son usage améliore l’étanchéité des récipients. Autrefois, avant de fermer les bouteilles, on l’utilisait pour polir les goulots et les bouchons afin que le contact entre les deux éléments devienne parfait. Quand on doutait des capacités intellectuelles d’un individu, on le définissait comme une personne « bouchée ». Associée aux qualités abrasives de l’émeri, l’expression insistait sur leur côté hermétique à toutes les conversations.

RECEVOIR UNE AVOINÉE

Cette céréale est l’aliment de base des chevaux. A l’époque des fiacres, plusieurs méthodes existaient pour stimuler les équidés. La première consistait à les nourrir juste après une course. La deuxième recommandait les coups de fouet. Malheureusement, l’expression se focalise sur les mauvais traitements infligés à l’animal.

PAYER EN MONNAIE DE SINGE

Au 12e siècle, le pont reliant l’île de la Cité à la rue Saint-Jacques suscitait des polémiques. Instaurée par Saint-Louis, une taxe était imposée à quiconque désirait l’emprunter. Pour fourvoyer le contrôleur, les forains exécutaient leur prestation avant d’y accéder. Ce moyen de paiement peu commun a donné naissance à cette expression.

EN BAVER DES RONDS DE CHAPEAU

Fabriquée majoritairement dans un contexte de jalousie, de calomnie et de souffrance, cette substance pâteuse dégouline autant qu’elle dégoûte. En effet, on reste souvent coi face à la prédominance de nos émotions. Quant aux ronds de chapeau, ils personnifiaient l’ouverture large de la bouche.

PRENDRE LA CLÉ DES CHAMPS

Pour saisir les subtilités de ce proverbe, vous devez comprendre le sens de « champs ». A l’époque, il évoquait une liberté physique totale puisque l’usage des enclos restrictifs se raréfiait. Acquérir son indépendance, c’était obtenir par tous les moyens la clé de la délivrance.

CRIER HARO SUR LE BAUDET

Au Moyen Âge, le mot « haro » mettait fin aux agressions. Sauvée des griffes de son bourreau grâce à l’intervention des témoins aux alentours, la victime reprenait le cours de sa vie. Quant au coupable, il devait assumer ses responsabilités face à ses détracteurs. Cette fable de Jean de la Fontaine relatait la mise en pâture d’un baudet par ses congénères. Ces derniers l’accusaient de véhiculer une épidémie.

MÉNAGER LA CHÈVRE ET LE CHOU

Commençons par une énigme célèbre. Face à une rivière, un paysan était dans l’embarras. En effet, il devait impérativement traverser ce cours d’eau avec deux animaux et de la nourriture. Muni d’une petite barque, le voyage s’avérait compliqué. Le loup voulait dévorer la chèvre et cette dernière lorgnait sur le chou. Comment faire pour que cette balade ne vire pas au cauchemar ? Peu importe la solution, elle démontrait le caractère complexe de l’expérience. Pour ne froisser personne, quelqu’un d’intéressé rebondissait toujours. Sans jamais donner son intime conviction, il se frayait un chemin au milieu des susceptibilités et des ressentiments de chacun.

SE COGNER LE PETIT JUIF

Situé sur le bras, le nerf ulnaire longe tout le membre supérieur. Au moindre choc, un fourmillement ou un coup de jus électrique se répand. Cette partie du corps humain servait de repère pour estimer la longueur d’une bande de tissu. Cette méthode exigeait des allers-retours de bas en haut. Dans la société du Moyen Âge, le clergé interdisait aux juifs de cultiver la terre ou de manier les armes. Spontanément, ils se regroupaient dans les commerces, principalement dans les merceries et métiers du tissu. Lors des fréquentes mesures, leur coude se cognait souvent contre le comptoir.

LE BOUILLON DE ONZE HEURES

Conçue à partir des fleurs, les préparations des apothicaires variaient selon les pathologies. L’ornithogale se diluait dans un bouillon impérativement consommé à heure fixe. Or, le remède engendrait des dégâts. Une heure après son absorption, quelques patients ne se réveillaient pas. Surnommée « Dame de onze heures » par ses détracteurs, la mauvaise réputation de la plante médicinale a survécu à la légende. Simple mythe, coïncidence ou fatalité, la piste de l’empoisonnement perdure.

Egger Ph.