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mercredi 8 août 2018

La Cryptie : le rite de passage extrêmement violent des guerriers spartiates


Les Thermopyles

480 av J.C. :

Xerxès, roi de Perse, à la tête de 30 000 hommes : - "Rends tes armes !" 
Léonidas, roi de Sparte, à la tête de 7 000 Grecs : - "Viens les prendre !"


De l'autre côté de la route, la colline du Kolonos, théâtre de l'ultime résistance spartiate :




"Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois."


Avant qu’un jeune spartiate puisse être considéré comme un homme, il devait accomplir la Cryptie, une épreuve qui consistait notamment à rester caché le jour, et à assassiner impitoyablement des esclaves une fois la nuit venue. Un entraînement particulièrement sanglant qui faisait partie intégrante de la culture de Sparte.

Réputée pour sa redoutable et impitoyable armée, la cité-état de Sparte était particulièrement crainte au quatrième et cinquième siècle avant Jésus-Christ. Mais cette excellence avait un prix : connus sous le nom d’Hilotes, les esclaves spartiates étaient humiliés, brutalisés et assassinés.

Connu sous le nom de « Cryptie » (du verbe grec kruptô signifiant « se cacher, dissimuler »), ce rite de passage sanglant permettait notamment aux adolescents spartiates de devenir des hommes, qui seraient alors à même de défendre dignement la cité.


Les hilotes étaient souvent contraints de boire et de se ridiculiser afin d’enseigner aux jeunes spartiates les dangers de l’ivresse


L’esclavage faisait partie intégrante de la société spartiate et les guerriers qui défendaient la cité ne représentaient finalement qu’une infime partie de la population. Sept fois plus nombreux que les citoyens de Sparte, les esclaves étaient traités d’une manière inimaginable, même selon les critères de l’époque, et leur vie était remplie d’humiliations.

Ceux-ci étaient notamment battus lorsqu’ils entonnaient des chants spartiates, car cela suggérait qu’ils se pensaient au même niveau que les citoyens de la cité grecque, et on les forçait à se saouler et à se couvrir de ridicule afin d’enseigner aux jeunes spartiates les dangers de l’ivresse.

Même les voisins de Sparte avaient pitié de ses esclaves. À Athènes, un dicton célèbre voulait notamment que : « L’homme libre soit encore plus libre à Sparte que partout ailleurs dans le monde, et l’esclave encore plus esclave ».

Parmi les tortures subies par les esclaves spartiates, la pire restait sans aucun doute la Cryptie, un programme d’État dans le cadre duquel les futurs guerriers spartiates s’en prenaient sauvagement aux esclaves et les poignardaient à mort.

Triés sur le volet, les jeunes spartiates participant à la Cryptie se voyaient offrir des poignards et quelques vivres et devaient ensuite vivre cachés et tuer un maximum d’esclaves. Se faufilant dans les champs et le long des routes une fois la nuit tombée, ils s’attaquaient aux Hilotes sans défense, les pourchassaient et les égorgeaient.









Le philosophe grec Platon insistait notamment sur l’aspect formateur de cette épreuve solitaire : « On envoyait chaque jeune homme nu, en lui enjoignant d’errer toute une année à l’extérieur, et de se nourrir à l’aide de rapines et d’expédients semblables, cela de manière à n’être visible pour personne. C’est pourquoi on l’appelait Cryptie : car on châtiait ceux qui avaient été vus quelque part ».

Si l’auteur athénien Plutarque qualifiait ce rite de passage d’injuste et condamnait fermement cette pratique barbare popularisée par le général spartiate Lycurgue, beaucoup de Spartiates estimaient qu’il s’agissait d’une tradition particulièrement noble.

Platon citait également les propos du spartiate Mégillos à propos de la Cryptie : « Il y a aussi ce qu’on appelle la Cryptie, exercice prodigieusement pénible et propre à donner de l’endurance, et l’habitude d’aller nu-pieds et de coucher sans couverture en hiver, celle de se servir soi-même sans recourir à des esclaves, d’errer la nuit comme le jour à travers tout le pays ».

Pour Mégillos et ses pairs, le massacre des esclaves n’était qu’un moyen parmi tant d’autres de faire des jeunes spartiates des hommes, et d’être certain que ces derniers n’hésiteraient pas à prendre la vie de leurs adversaires lorsqu’ils se retrouveraient sur les champs de bataille.

Cette pratique avait également pour but d’instaurer la peur chez les esclaves de Sparte. En 491 avant Jésus-Christ, les Spartiates avaient massacré près de 2 000 Hilotes dans un temple, et la révolte qui s’en était suivie avait failli renverser le gouvernement en place, ce qui avait appris aux citoyens de la ville-état à craindre cette catégorie de la population qui englobait la majorité des habitants de la cité.

Selon toute vraisemblance, c’est pour cette raison que la Cryptie fut mise en place. Chaque année, les Spartiates s’en prenaient à leurs propres esclaves, et il ne s’agissait pas pour eux d’un quelconque acte de cruauté, mais d’une façon efficace de s’assurer, en instaurant un climat de terreur, que les Hilotes n’oseraient plus jamais se soulever face à leurs maîtres.

Egger Ph.