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dimanche 5 août 2018

Si nous fêtions le 1er Août le 1er août ?


Bienne, le 31 juillet 2018: feu d’artifice pour fêter la veille de la fête nationale. © Keystone


Nous sommes le 31 juillet. Dans le ciel quelques fusées anémiques font pschit et dans l’air, quelques pétards font un boum morose. Sur nos monts, un feu, comme une tomate trop tôt cueillie, brille d’une lueur orangée. Déjà. Nous sommes le 31 juillet et les Suisses anticipent leur fête nationale. Les Suisses ont la fête prématurée.

Je demande à des amis d’origine allemande: «C’est quel jour, la fête nationale allemande?» «Le 3 octobre», répondent-ils. «Et chez vous, il y a des Allemands qui fêtent le 2 octobre déjà?» «Jamais!» lâchent-ils, catégoriques. En France, je ne connais pas de Français qui fêtent le 14 Juillet le 13 juillet. Je n’ai jamais entendu parler d’Etats-Uniens qui fêtassent le 4 Juillet le 3 juillet. Dans le monde, il n’y a que les Suisses pour fêter le 1er Août un 31 juillet.

Cette bizarrerie tient à notre religion: la religion du travail. Imaginons un instant que tous les Helvètes fêtent le 1er août le 1er août. Imaginons, comme ce fut le cas cette année, que le 2 août soit un jour ouvrable, que se passerait-il? Eh! bien, c’est simple: les Suisses ne seraient pas en forme pour travailler. Les Suisses arriveraient peut-être en retard au boulot, ou bien, s’ils arrivaient à l’heure, ils auraient la tête enfumée d’un peu de fendant et ils se feraient morigéner par leur chef qui n’aurait rien bu la veille. Les chefs ne boivent pas à la veille d’un jour ouvrable, c’est pour ça qu’ils ont été nommés chefs. Si les Suisses fêtaient le 1er Août le 1er août, la productivité en souffrirait, l’Union suisse des arts et métiers ne serait pas contente, Economiesuisse nous sermonnerait et il ne faudrait pas s’étonner de voir les grandes industries délocaliser dans des pays où l’on ne fête pas le 1er Août. Si nous fêtions le 1er Août le 1er août, nous l’aurions bien mérité!

Licenciements, délocalisation, paupérisation… Les Suisses savent que la descente aux enfers commence toujours par une gueule de bois. Les Suisses savent que la paresse est la mère de tous les vices et que la mère patrie n’aime pas les branleurs.

Les Suisses sont épatants. Les Suisses sont le seul peuple du monde à avoir refusé une semaine de vacances supplémentaire: 66,5% de non en 2012. Les Suisses n’ont pas voulu d’une semaine de 40 heures (65,7% de non en 1988). Les Suisses, par sept fois, ont refusé qu’on abaisse l’âge de leur retraite. Travailler moins? Mon Dieu! Pour quoi faire? Les Suisses chantent Bécaud: «Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps que sera ma vie?»

Les Suisses sont travailleurs. C’est leur seul génie.

Jean Ammann