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jeudi 20 décembre 2018

Les apprentissages sont-ils trop exigeants ?



Vous avez été nombreux à réagir à notre article suite à l'interpellation de la conseillère nationale Géraldine Marchand-Balet au sujet du taux élevé d'abandons en cours d'apprentissage. La PDC valaisanne se demandait si les exigences des formations n'étaient pas devenues trop élevées pour les jeunes et trop contraignantes pour les patrons.

Dans l'ensemble, les témoignages reçus vont dans le sens de la parlementaire. Ainsi un jeune homme, David, a entamé il y a 7 ans une formation d'employé de commerce et a très vite renoncé devant la difficulté des cours de comptabilité ou d'allemand. «Même d'anciens camarades de classe qui avaient étudié au gymnase m'ont expliqué que cet apprentissage était tout aussi complexe que le gymnase.»

Aujourd'hui électricien de montage diplômé et responsable d'équipe, il constate aussi un fort taux d'échec dans sa profession, quasiment 70% la première année, en raison des notions compliquées à avoir en téléphonie, internet ou télévision. Mais surtout, il critique l'inadéquation de la formation par rapport à la réalité du terrain. «60 à 70% des notions théoriques acquises aux cours ne s'appliquent pas du tout dans la vraie vie active».

Profs critiqués

Marine, apprentie gestionnaire de commerce de détail en Valais, estime aussi que les exigences sont trop élevées, mais elle critique surtout elle les professeurs. «Ils n'en ont rien à faire qu'on ne comprenne pas le cours ou quoi que ce soit», dit-elle. «Ils oublient aussi que non seulement on a des cours mais aussi un boulot à côté. Donc, quand ils donnent 4 examens pour la semaine suivante, ils oublient qu'on a pas que ça à faire d'étudier.» Un jeune mécanicien valaisan en formation se plaint lui aussi: «trop d'apprentis sont en difficulté aux cours et ne reçoivent pas d'aide concrète ou les explications nécessaires».

Une maman, Véronique, employée de commerce, estime de son côté que c'est le niveau des jeunes à la sortie du secondaire qui pose souvent problème pour entrer dans une école professionnelle. «Il y a un fossé entre les deux», affirme-t-elle. «Je vois une très nette différence de niveau entre mon apprentissage de commerce, il y a 30 ans, et celui de ma fille aujourd'hui», ajoute-t-elle. Elle pointe aussi le fait que les employeurs ne veulent engager que les meilleurs élèves, laissant les autres sur le carreau.

C'est aussi l'avis de Jean-Gilbert. «Souvent les jeunes sortant de leur scolarité obligatoire, atterrissent dans le marché du travail avec un niveau insuffisant», constate-t-il. Mais il critique surtout le système, qu'il juge «défaillant, avec des entreprises qui engagent des jeunes avant tout pour se procurer de la main d'oeuvre bon marché, et ce sans contrôler le travail effectué et la formation donnée».

Rigueur indispensable

Paul, qui indique avoir formé plus de 100 apprentis, estime lui que si un minimum théorique doit être donné, dans certains métiers, la formation va beaucoup trop loin. «60% de la théorie enseignée n'est pas employée», affirme-t-il. Ces connaissances ne seront utiles qu'à ceux qui feront une maîtrise ou des études d'ingénieurs, selon lui. «Il est clair que pour accéder à une haute école, le niveau des cours professionnels ne suffit pas. Mais à l'époque, il y avait des cours en dehors des heures de travail pour accéder à une maturité scientifique», se souvient-il.

Serge, patron à Genève, défend en revanche les entreprises. Pour donner du crédit à un métier, il faut lui donner une certaine rigueur, estime-t-il. «Sans compétence professionnelle élevée, une profession n'attire pas les jeunes et n'est pas valorisée par la population», dit-il. Mais il est clair que les employeurs doivent s'investir sur le terrain dans la formation, reconnaît-il. D'autant qu'«un employé mal formé n'est pas intéressant pour un patron».

Il est rejoint par Philippe qui s'exclame: «Les jeunes sortent de l'école secondaire et ne savent ni écrire, ni calculer. Comment peuvent-ils suivre une formation simple de CFC?» Et il conclut: «On doit garder un certain niveau pour que le CFC soit et reste un gage de formation de qualité suisse. »