mardi 1 avril 2025

Des produits chimiques issus des pneus dans les légumes


Emissions de gaz à effet de serre, particules fines et bruit sont souvent au centre des préoccupations environnementales liées aux véhicules. Toutefois, un autre problème qui touche aussi bien les véhicules à combustion que les véhicules électriques fait frémir les scientifiques, les parlementaires et la Confédération: l’usure des pneus. Comme le montrent les études du Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche (EMPA), cette usure est à l’origine de près de 90% du microplastique présent dans l’environnement.

Légumes fortement touchés

Les effets des microplastiques sur le corps humain sont encore largement inconnus. Le caoutchouc contient un grand danger: les nombreux produits chimiques dangereux, qui sont mélangés pour sa fabrication. Ces derniers finissent rapidement dans nos assiettes, comme le montrent de nouvelles études.

Des chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ont récemment démontré que les produits chimiques s’accumulent dans de nombreuses variétés de légumes. Pour leur étude, ils ont acheté des variétés fréquemment consommées en Suisse, en Italie, en Espagne et en France. Résultat: environ un tiers des produits étaient contaminés. L’étude a été réalisée pour le compte de l’Office fédéral des denrées alimentaires et de la médecine vétérinaire (OSAV) et confirme les résultats obtenus dans d’autres pays comme l’Autriche.

La Confédération attend l’UE

La Confédération connaît depuis longtemps le problème de l’usure des pneus. Pour protéger l'environnement, elle a mis en place des systèmes de drainage sur les routes. En 2023, le Conseil fédéral a adopté les mesures d’un rapport visant à mettre fin aux microplastiques issus de la circulation routière, sur proposition de l’ancienne conseillère nationale du Parti socialiste (PS) Ursula Schneider Schüttel.

Dans le contexte des nouvelles études, ces mesures sont insuffisantes, selon la conseillère nationale PS Gabriela Suter. «Les additifs toxiques dans les pneus sont un problème supplémentaire que la Confédération n’avait pas suffisamment à l’esprit au moment de la rédaction du rapport», déclare la parlementaire argovienne. Toutefois, la Confédération prévoit quelques mesures qui devraient réduire l’exposition aux produits chimiques. Ainsi, les étiquettes des pneus devront indiquer la quantité d’abrasion, tandis que les fabricants devraient être tenus de produire des pneus plus robustes. Par ailleurs, le Conseil fédéral espère que la norme Euro 7 de l’Union européenne (UE), qui vise à réduire les émissions polluantes des véhicules, entrera en vigueur en 2026. Il espère ainsi une clarification des valeurs limites en ce qui concerne l’abrasion des pneus.

Vers une interdiction de certains pneus?

Le Conseil fédéral a reporté l’adoption de certaines mesures que Gabriela Suter juge pourtant nécessaires. Le Conseil fédéral ne souhaite pas intervenir pour nettoyer les routes communales et cantonales à cause, entre autres, du «budget fédéral serré». La Confédération ne prévoit pas non plus de réglementation pour les pneus déjà produits.

La conseillère nationale souhaite donc savoir comment le Conseil fédéral entend intensifier ses efforts au vu des nouvelles études sur le sujet. «Pour les pneus contenant des substances toxiques et cancérigènes, il faut rapidement une interdiction ou au moins des valeurs limites», demande Gabriela Suter. «La Suisse n’a pas à attendre l’UE. A la différence des microplastiques, la science peut clairement évaluer la nocivité des substances toxiques, dans la plupart des cas, on connaît leurs effets sur la population.»

 Joschka Schaffner

blick.ch