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jeudi 27 avril 2017

Les centres commerciaux suisses affrontent le commerce en ligne


Les centres commerciaux affichent une fréquentation toujours plus à la baisse


Les achats sur Internet réduisent la fréquentation des temples de la consommation dite «stationnaire». Pour ramener le chaland, les exploitants ajoutent piscines, restaurants, cinémas ou crèches.

Zalando, Amazon et Alibaba. Ce sont eux, aujourd’hui, les principaux adversaires du groupe Migros. Son grand patron, Herbert Bolliger, le dit ouvertement. Et de toute façon, plus personne ne peut l’ignorer. Ces nouveaux géants du commerce de détail grignotent chaque jour des parts de marché aux enseignes traditionnelles.

On connaissait les difficultés des petits commerces des centres-villes, concurrencés par le tourisme d’achat, par Internet et par les centres commerciaux installés en périphérie. Mais les habitudes de consommation ont changé et la donne a évolué. Les grands parkings gratuits et la concentration de boutiques ne suffisent plus, face au confort et au choix des plateformes d’e-commerce. Les centres commerciaux aussi, sont à la peine.

Jusqu’à 4 francs sur 10 dépensés en ligne

En 2015, les Suisses ont dépensé 7,5 milliards de francs sur Internet. Les magasins Bata, Switcher, Blackout ou, tout récemment, Yendi – autant de marques en péril ou en faillite – sont les victimes les plus visibles de ce phénomène. Et ce n’est sans doute pas terminé. Selon les prévisions de Credit Suisse, la part des achats en ligne pourrait doubler de 5 à 10% du total des ventes d’ici à 2022. Les segments les plus touchés sont et resteront l’habillement (27%) et l’électronique (38%).

Un dixième, un quart, peut-être bientôt un tiers des achats qui s’effectuent en ligne? Il y a de quoi vider les centres commerciaux d’une partie de leurs visiteurs. La situation suisse est loin d’être aussi grave que dans d’autres pays, comme en Europe de l’Est ou aux Etats-Unis, où l’on décompte des «malls» fantômes par dizaines. Pourtant, ici aussi, l’offre est pléthorique. En une dizaine d’années, le nombre de centres commerciaux a doublé. Il y en a aujourd’hui plus de 180 dans le pays.

Au centre Balexert, à Genève, les ventes ont reculé de presque 6% entre 2014 et 2015
«Ce qui est sûr, c’est que personne ne souffre d’une trop grande distance entre chez lui et un centre commercial, tranche Jan Tanner, le président du Conseil suisse des centres commerciaux (SCSC). Il faut être réaliste, même si la population augmente, il y a une certaine saturation.»

Selon la dernière étude de l’institut Gfk, les chiffres d’affaires au mètre carré sont en recul presque partout. En 2015, seuls trois des dix plus grands centres de Suisse sont parvenus à conserver un chiffre d’affaires stable. Balexert, à Genève, n’en fait pas partie: les ventes y ont reculé de presque 6% entre 2014 et 2015.

«Il serait stérile de chercher à lutter contre ce phénomène inéluctable, il faut agir en conséquence», expose Damien Piller. Le président de la coopérative Migros Neuchâtel-Fribourg cite Le Shop et Digitec, des filiales qui permettent de «compléter l’offre traditionnelle». Il évoque aussi les 2500 «points de contact» de Migros en Suisse. «Ses magasins, ses fitness ou ses écoles-clubs sont un atout exceptionnel pour organiser un réseau de livraison.»

Coop n’est pas en reste avec Coop@home, mondovino.ch ou encore Microspot. D’ici à mai prochain, l’autre géant orange comptera 1100 points de relais dans le pays.

Dans le milieu, on appelle la fusion entre commerce physique et en ligne l’omnicanal. Et on ne jure plus que par lui, afin de conserver la clientèle, qu’elle soit en ligne ou en personne. Mais cette stratégie ne ramène pas les consommateurs dans les centres. Du coup, une autre tendance de fond est inéluctable, explique Jan Tanner: «Les espaces vacants laissent la place à d’autres sortes de commerces, comme la gastronomie. Pas les take away, des vrais restaurants». En moyenne suisse, chiffre-t-il, ces «vrais restaurants» occupent 5% de la surface des centres. Cette proportion pourrait finir par atteindre jusqu’à 30%, selon lui.

Une vague de surf artificielle

Et ce n’est qu’un exemple. De plus en plus, les centres commerciaux se transforment en centres de services. L’éventail s’étend du basique – une connexion wi-fi – à des initiatives plus inédites. Une vague de surf artificielle ou des conseillers en relooking seront disponibles dès l’ouverture, en novembre prochain, du Mall of Switzerland à Ebikon, près de Lucerne.

Le Mall of Switzerland en construction à Ebikon, le 29 mars.  URS FLUEELER


Entre les deux, la palette est très large. Si Westside, à Berne, résiste mieux que d’autres, c’est parce qu’il est accolé à un parc aquatique et à des bains thermaux. A Avry, dans le canton de Fribourg, on ira encore plus loin. A quelques mètres du centre commercial érigé en 1973, un nouveau projet à 200 millions de francs sera inauguré en 2020. Une véritable zone de loisirs qui abritera des restaurants, une piscine, une école-club Migros, un fitness, des cabinets médicaux et des salles de cinéma. «Et différentes autres activités qui feront vivre cet endroit au-delà des heures d’ouverture», ajoute Damien Piller.

Quelle que soit la variante, l’objectif ne change pas: faire revenir les chalands et les convaincre de rester aussi longtemps que possible, eux et leur porte-monnaie.

Ikea s’entoure de concurrents

Peu importe si les concurrents sont là aussi. C’est même mieux. «Cela permet de créer une sorte de pôle local pour tout ce qui concerne les fournitures de la maison», explique Alessandro Lamon, responsable d’Ikea Centers pour l’Italie et la Suisse. Il n’est donc pas rare de trouver dans les Ikea Centers des marques comme le français Maisons du monde.

Les Ikea Centers? Rien à voir avec les magasins d’ameublement du groupe suédois, Ikea Retail. C’est une autre entité du même groupe qui gère des centres commerciaux, principalement en Europe, mais aussi en Russie et en Chine.

Un meilleur environnement

Les deux sociétés sont distinctes – le siège suisse d’Ikea Retail est à Spreitenbach (AG), celui d’Ikea Centers à Aubonne –, mais «nous partageons les mêmes valeurs, les services marketing et ressources humaines sont partagées», explique Alessandro Lamon. Et l’un travaille au bénéfice de l’autre: «Notre mission est de créer un meilleur environnement commercial pour Ikea Retail en augmentant le nombre de visiteurs.»

En Suisse, Outlet d’Aubonne et le centre commercial de Lugano en font partie. Le troisième centre, à Rothenburg, a été mis en vente. «Le groupe se défait des centres commerciaux trop petits ou pas directement intégrés à Ikea Retail.»

Ikea Centers emploie 17 personnes en Suisse. En ajoutant le personnel des commerces, les services liés (nettoyage, sécurité) et les employés d’Ikea Retail, «l’écosystème compte environ 1400 employés», calcule Alessandro Lamon. Le centre de Lugano a généré un chiffre d’affaires de 85 millions de francs et celui d’Aubonne de 65 millions en 2016, année où près de 5 millions de personnes ont visité l’un de ces sites.

L’exemple d’Amazon

Le défi d’Internet se pose aussi. «Nos centres doivent être des espaces de rencontres où les gens se rendent quotidiennement», poursuit le responsable. La stratégie consiste à intégrer des cliniques dentaires ou médicales, des postes, des banques, des écoles de langues, des restaurants, des fitness. «Et plus seulement des cinémas ou des bowlings», explique-t-il. Enfin, le groupe parle d’un «concept à 360 degrés», où le client peut acheter sur le Web ou dans un magasin, se faire livrer ou aller chercher sur place. «Le fait qu’Amazon, champion de la vente en ligne, ait décidé d’ouvrir des magasins physiques montre bien que les deux peuvent coexister», conclut-il.

Le triste exemple américain

A l'image des États-Unis où un tiers des «malls» sont à l'agonie et où ils sont toujours plus nombreux à être désormais laissés à l'abandon. Même les plus grandes chaînes souffrent, comme le très populaire Macy's qui va fermer 100 de ses 750 magasins à travers le pays. Ou encore Kmart, qui a annoncé la fermeture de 300 succursales. Là-bas, c'est surtout le succès d'Amazon qui pèse sur les grandes enseignes, explique le journal. Celui-ci cite une enquête de la société Cushman & Wakerfield qui montre que la fréquentation des grands centres a baissé de 50% rien qu'entre 2000 et 2013.

En Suisse, on n'en est pas encore là. Mais tant Migros que Coop tentent de prendre les devants face à la concurrence du net. Le premier avec Le Shop et Digitec. Le second avec Coop@home, mondovino.ch ou encore Microspot.

Réinventer les grands centres

Quant aux centres commerciaux, ils tentent tous de se réinventer pour attirer le chaland et l'inciter à dépenser son argent ailleurs que sur Internet. De plus en plus, ils se transforment en centres de services, avec banques, médecins, poste, etc. et de loisirs (cinéma, bowlings, fitness, etc). Autre option: la création de pôles thématiques, explique le journal qui cite l'exemple d'Ikea à Aubonne qui a attiré dans la région nombre d'enseignes dédiées à l'ameublement.

Autre phénomène observé: les commerces vides sont toujours plus récupérés par des restaurants, selon le président du Conseil suisse des centres commerciaux. Les espaces dédiés à la restauration ou à la gastronomie occupent déjà 3% des surfaces actuelles des centres. Ce chiffre pourrait décupler à l'avenir.

Mathilde Farine

Françaises, français n'ayez pas peur du front national si vous aimez votre pays


Essayez une fois de penser à vous et à votre pays 




Egger Ph.

Les asperges du Vully à la pointe



Les asperges Suisses : c'est maintenant !


Les consommateurs qui aiment que les saisons soient rythmées par la succession de produits du terroir mis sur le marché en période de maturité sont en parfaite adéquation avec la démarche de Rudy et Anita Ruegsegger. Leur marché à la ferme des Chandines propose fruits et légumes de leur propre production, ainsi que diverses préparations maison telles que fruits et légumes séchés, eaux-de-vie, sirops et confitures, huiles de colza et de noix. Conscients d'une forte demande du marché au niveau des asperges du pays, les Ruegsegger ont décidé de se lancer dans la production d'asperges vertes.

A Salavaux, profitant d'une terre sablonneuse propice à cette culture particulière, ils se sont associés à un collègue pour cultiver 4 hectares de ce légume printanier si apprécié. Au décès brutal de leur partenaire, ils ont poursuivi l'entreprise et produisent annuellement 3,7 tonnes à l'hectare, en rotation, hectare par hectare. L'asperge est une culture pérenne produite par des plants, appelés griffes, qui s'obtiennent en Hollande et en Espagne. Leur coût est élevé et il faut compter 12 000 francs d'investissement pour un hectare. La plantation se fait à la main vers la fin avril, avec une griffe tous les 30 centimètres environ, en lignes séparées, distantes de 1,8 mètre.

La première récolte ne se fait qu'au bout de trois ans et la production dure ensuite entre 5 à 9 ans, laps de temps au bout duquel il faut replanter. Récoltées à la main La récolte se fait aussi entièrement à la main et nécessite quotidiennement une douzaine de personnes, entre mi-avril et mi-juin. La progression de la pousse des asperges est conditionnée par la météo, car il lui faut une certaine humidité, mais aussi une température qui ne soit pas inférieure à 18-20 degrés. Ces contraintes demandent une grande souplesse dans la gestion du personnel attaché à la récolte. Acheminées à la ferme, les asperges sont triées en trois catégories, selon leur épaisseur, coupées à la bonne longueur puis mises en bottes, entourées du papier indiquant leur provenance et attestant bien qu'il s'agit d'un produit suisse.

La démarche est aussi écologique si l'on sait que, bien avant que la production suisse arrive sur le marché, les asperges provenant d'Amérique du Sud notamment parcourent des milliers de kilomètres en avion.

A la ferme, une chambre froide permet de faire le tampon entre la cueillette et la vente. Stockées debout, en caissettes, les pieds quelques centimètres dans l'eau, elles se conservent très bien. «Mais il faut être très attentifs à ne pas mouiller les pointes, qui sont assez sensibles à l'humidité», précise Anita Ruegsegger. La récolte nécessite 540 heures de travail à l'hectare et le triage 612 heures à l'hectare, soit une centaine d'heures à l'hectare de plus que pour la culture du tabac. Une culture intéressante Pour les Ruegsegger, cette culture est intéressante puisque la production indigène ne couvre pas la demande. Outre l'écoulement en vente directe au marché à la ferme, ils livrent une grande partie de leur production à des grossistes, mais aussi à des détaillants, commerces et maraîchers et à quelques restaurants de la région qui apprécient, tout comme les privés, ce premier légume printanier qui pousse en pleine terre et qui s'accommode de nombreuses façons, seul ou combiné.


Egger Ph.

Les attractions touristiques du canton de Fribourg ont cartonné en 2016



Les dix lieux les plus fréquentés du canton ont été visités par 1,385 million de visiteurs l'an dernier. «C'est un signal positif, qui montre que ces lieux se réinventent», explique Pierre-Alain Morard, nouveau chef du tourisme cantonal.

Près de 6000 nuitées hôtelières de moins: la clientèle chinoise a nettement moins séjourné dans le canton l’an dernier. Dans le détail, la baisse s’élève à 37%, passant de 15 780 à 9940 nuitées, présente le rapport d’activité de l’Union fribourgeoise du tourisme (UFT), qui tenait ses assises annuelles hier à Morat. «C’est un contexte général. La crainte d’attentats terroristes diminue les voyages de groupes asiatiques en Europe et donc en Suisse. Deux régions du canton ont ressenti cet effet», commente Pierre-Alain Morard, nouveau directeur de l’UFT.

Le phénomène est la principale explication du recul du nombre total des nuitées hôtelières dans le canton en 2016, passé de 405 500 en 2015 à un peu plus de 400 000 l’an dernier. La baisse, la troisième consécutive après 2014 et 2015, s’élève à ­ – 1,3%. Elle est supérieure à la tendance nationale (–0,3%). «L’hôtellerie fribourgeoise se défend plutôt bien, juge Pierre-Alain Morard. Les villes de Fribourg, Morat et Bulle ont toutes augmenté leurs nuitées.» La clientèle suisse prédomine avec 63,4% de parts de marché, suivie des hôtes français (7,5%), allemands (7,2%) et italiens (3%).

La taxe de séjour augmente

Le recul est plus fort du côté de la parahôtellerie, avec 60 000 nuitées de moins qu’en 2015 (–4,5%, à 1,3 milllion). En cause: des résidences secondaires davantage utilisées par leurs propriétaires, l’absence de grands camps – organisés en 2015 – et des établissements collectifs parfois fermés ou transformés. Le manque de camps d’hiver et multisports organisés dans les Préalpes fribourgeoises péjore aussi les résultats des nuitées, relève le rapport de l’UFT.

Enfin, 2016 a été marquée par l’augmentation de la taxe cantonale de séjour. Elle a ainsi rapporté 2,1 millions, contre 1,3 million en 2015. Cette nouvelle manne reste destinée à couvrir les prestations offertes aux hôtes. «Nous pouvons désormais non seulement améliorer le financement des tâches destinées aux hôtes, mais également injecter de nouveaux moyens dans la promotion de notre région», note Pierre-Alain Morard. L’UFT est financée à parts presque égales par le canton et la taxe cantonale de séjour, l’Etat lui octroyant un montant annuel de 1,95 million.

Top 17 des attractions du canton de Fribourg 2016 du 1er au dernier


















Les dix lieux les plus fréquentés du canton ont été visités par 1,385 million de visiteurs en 2016. «C'est un signal positif, qui montre que ces lieux se réinventent», explique Pierre-Alain Morard, nouveau chef du tourisme cantonal.

Un artisan de Rossens roi des bouchers-charcutiers suisses


Gérard Yerly exploite la boucherie Yerly à Rossens. © DR


Gérard Yerly a été désigné boucher-charcutier de l’année 2017, hier à Spiez, lors de l’assemblée des délégués de l’Union professionnelle suisse de la viande. L’artisan de Rossens est récompensé pour son engagement pour la profession.

A la tête de la boucherie Yerly à Rossens, Gérard Yerly est honoré pour son engagement pour la formation et l'image de la profession, indique un communiqué de l'Association des maîtres bouchers-charcutiers du canton de Fribourg, présidée par le Giblousien.

Malgré l’arrogance et le chantage, la désintégration européenne est… en marche





Le premier tour des présidentielles a à nouveau ébranlé l’Union européenne. Les dirigeants de celle-ci entendent expliquer aux Français quel est désormais le « bon choix », relève Pierre Lévy, rédacteur en chef du site www.ruptures-presse.fr

L’image était terrible. Lors de la soirée électorale du 23 avril, les caméras de France 2 (notamment) ont diffusé pendant d’interminables minutes la traversée de Paris du cortège d’Emmanuel Macron : une flopée de motards, une dizaine de véhicules toutes sirènes hurlantes et gyrophares en bataille. Même le commentateur en direct s’est étonné de ce convoi brûlant tous les feux rouges. Comme une hallucinante caricature de la continuité, et d’arrogance digne de l’Ancien Régime.

Et comme un symbole subliminal d’une évidence : le «système» a déjà installé son candidat au pouvoir. Le système, c’est-à-dire l’appareil économico-politico-médiatique qui entend assurer la domination de l’oligarchie mondialisée via ses représentants nationaux. L’ancien énarque et banquier de chez Rothschild incarne celle-ci jusqu’à l’outrance. Sur la forme d’abord, au vu de son lancement marketing et médiatique littéralement sans précédent. Et sur le fond, bien sûr, tant ses thèmes de prédilection collent étroitement aux priorités des «élites mondialisées».

A commencer par l’Europe, bien sûr. Concluant l’un des débats de la soirée de France 2, Laurence Parisot – l’ancienne présidente du patronat a fait de l’anti-lepénisme l’affaire de sa vie – a jugé que le plus grand mérite de M. Macron était de vouloir «refonder le plus beau projet qui soit, le projet européen». Au même moment, les messages affluaient pour saluer la victoire annoncée du jeune banquier : du président de la Commission européenne, du porte-parole de la chancelière allemande et du ministre fédéral des Affaires étrangères, de la chef de la diplomatie européenne, de Michel Barnier (responsable pour Bruxelles des négociations sur le Brexit), et de tant d’autres… Tous ont indiqué au peuple français quel serait le «bon choix» pour le second tour.

La carte des votes cumulés Le Pen-Mélenchon recoupe de manière flagrante celle des Non du référendum de 2005

Un bon choix, ou à tout le moins un choix par défaut en faveur duquel s’est prononcée la quasi totalité de la classe politique française. Emmanuel Macron a engrangé des appels allant de Benoît Hamon à François Fillon, de Pierre Laurent à Christian Estrosi. Tous se sont retrouvés pour «faire barrage à Marine Le Pen», qui représenterait «la haine, le racisme, la xénophobie et le danger mettant en péril la République», laissant entrevoir les hordes de chemises brunes en passe de déferler sur le pays... Surtout – car ce cauchemar a tout de même perdu en crédibilité – ils ont brandi la menace de la catastrophe économique qui ne manquerait pas de ruiner le pays si un référendum sur la sortie de l’euro devait être organisé.

LeMonde, quotidien de référence des forces dominantes, n’avait pas publié une seule édition, depuis février, où ne soient parus au moins deux ou trois analyses, points de vue, tribunes ou éditoriaux avertissant contre la «folie» du vote pour la candidate frontiste (les déclarations en ce sens d’Angela Merkel, de Mariano Rajoy, de Mario Draghi ou de Jean-Claude Juncker ont en outre été mises en exergue). La veille du premier tour, le directeur du journal concluait ainsi : «une candidature est incompatible, en tous points, avec nos valeurs et nos engagements : celle de Marine Le Pen». L’Europe est indispensable, précisait Jérôme Fenoglio, car «plus rien n’est désormais possible dans un seul pays». Tout est dit.

Après le 29 mai 2005 puis le 23 juin 2016, la désintégration de l’UE est quoi qu’il arrive enclenchée
Certes, la montée de Jean-Luc Mélenchon dans la dernière ligne droite lui a également valu quelques missiles dénonçant le «populisme anti-européen» ; mais les tirs se sont calmés quand, dans la dernière semaine, l’«Insoumis» a rassuré en précisant qu’il n’entendait pas «sortir de l’Europe».

Reste que le fait est là : la carte des votes cumulés Le Pen-Mélenchon recoupe de manière flagrante celle des Non du référendum de 2005. C’est une nouvelle fois un fossé de classe, social et idéologique qui apparaît : d’un côté une caste qui a intérêt à la mondialisation, et qui réussit à rallier les couches moyennes supérieures, «urbaines et éduquées» ; de l’autre, une France populaire, ouvrière ou rurale, qui constitue la chair à canon de la liberté de circulation des capitaux.

Comme hier au Royaume-Uni. Et c’est bien cette révolte populaire croissante qui inquiète les puissants. Ils essayent de l’endiguer en réanimant régulièrement le spectre de l’horreur et du cataclysme. Du plus ou moins grand succès que ce énième chantage à la peur aura le 7 mai dépendra le plus ou moins long répit que l’intégration européenne pourra gagner. C’est tout l’enjeu du second tour.

Mais, après le 29 mai 2005 puis le 23 juin 2016, la désintégration de l’UE est quoi qu’il arrive enclenchée. Elle est en marche.

Macron, un « patriote » qui n’aime pas vraiment la France…


Même avec le jeune Macron, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. La preuve par son allocution de ce dimanche dernier, à l’occasion de laquelle il salue ses neuf compétiteurs, à l’exception de la dixième – une certaine Marine Le Pen. Soit, et ce, malgré une parité homme/femme gravée dans le marbre de la Loi et le mode d’emploi du lave-linge, une goujaterie avérée voulant qu’on oublie toujours de faire un compliment aux filles.

Avant pince-fesses à La Rotonde (sorte de Fouquet’s de gauche), le gendre idéal déclarait devant ses partisans : « Je souhaite, dans quinze ours, devenir le Président de tout le peuple de France, le Président des patriotes face à la menace des nationalistes… » Vieux pots, disions-nous, soit la même soupe faisandée servie par François Mitterrand au siècle dernier au Parlement européen, voulant que le patriotisme serait l’amour des siens, tandis que le nationalisme ferait figure de la haine des autres. Le père caché de Mazarine n’en pensait évidemment pas un traître mot, s’en vantant même, au sein d’une conversation privée avec Robert Hersant et Jean-Marie Le Pen, ayant depuis fait le bonheur des réseaux sociaux et des savantes encyclopédies de la chose politique.

Tel serait donc le viatique futur de ce Nicolas Sarkozy 4.0, candidat seul capable de faire bouger lignes et clivages, postulat généralement avancé par les politologues en panne d’inspiration ?

Ainsi, Emmanuel Macron serait « patriote »… « Patriote » assurant que « la culture française n’existe pas » et que l’ensemble des Français nés en Algérie seraient des criminels contre l’humanité, les Bretons des illettrés et les Guyanais des îliens.

Assez logique, pour le candidat d’une France ubérisée, dans laquelle les chômeurs n’auraient vocation à n’être que prestataires de services, taillables et corvéables à merci. Ne jamais hésiter devant rien, éternelle devise d’un margoulin n’hésitant pas, pour se donner bonne contenance, à citer ce cher et inusable Charles Péguy…

Emmanuel Macron, soutenu par la majeure partie du personnel allemand qui lui déroule le tapis rouge entre les deux tours – toujours ce vieux tropisme consistant à vouloir coucher avec l’Allemagne, même si cela ne nous a pas toujours réussi –, ne dédaigne pas non plus le renfort de la quasi-totalité de la presse internationale, se trouve de plus défendu par l’ensemble de l’appareil politico-médiatique de France. Inutile de refaire l’historique de ses sponsors, entre Niel et Drahi, Pigasse et Arnault, Minc et Attali, BHL et Bergé, Hue et Madelin, tous connus, à défaut d’être nationalistes sourcilleux, pour être de vaillants patriotes.

Emmanuel Macron, sorte de candidat hors-sol… pour lequel la France, pas exactement patrie charnelle, n’est jamais rien d’autre qu’une boîte postale dissimulée dans un paradis fiscal. Bref, une seule adresse de circonstance.

Pas forcément de quoi faire un Président digne de ce nom. Mais, comme on dit, les Français jugeront.

Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain