Estavayer2016 : c'est parti !

vendredi 26 août 2016

Estavayer 2016





Egger Ph.

La lutte suisse, une tradition bien vivante



Les racines de la discipline s’ancrent loin dans le passé, mais elle n’a pris sa forme actuelle qu’au cours du XIXe siècle. La Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres d’Estavayer-le-Lac commence ce vendredi

La Fête fédérale de lutte suisse et des jeux alpestres d’Estavayer-le-Lac débute ce vendredi avec la compétition de hornuss, la partie officielle et des concerts. Les véritables stars du week-end – lutteurs à chemises blanches ou bleues à edelweiss et culottes de toile enfilées par-dessus le pantalon – entreront en scène samedi matin sur les sept ronds de sciure disposés au milieu de la plus grande arène sportive temporaire du pays (plus de 50 000 spectateurs). Deux jours de «passes» (affrontements) plus tard, le grand vainqueur nettoiera le dos de son ultime adversaire et sera couronné roi. A lui le prestige (et un taureau de 900 kilos).

A l’opposé du sport-business

La mécanique de l’événement est bien rodée. La lutte à la culotte donne d’elle-même l’image qu’elle a toujours été là et que sa Fête fédérale reconnecte la Suisse d’aujourd’hui à celle des origines. En pleine ère du sport-business mondialisé, cette discipline s’affiche en un bastion de tradition séculaire, en un art physique qui a su préserver sa dignité (amateure) et une identité (montagnarde) inchangée. Le lieu commun ne date pas d’hier.

«Dans les récits de voyage du XVIIIe siècle, […] de nombreuses gravures présentent, souvent avec emphase, de paisibles lutteurs entourés de spectateurs en costume, sur fond de paysage idyllique, relate le Dictionnaire historique de la Suisse. Dans ses études sur l’Entlebuch (région où il était curé), Franz Josef Stalder donne en 1797 une description détaillée et un aperçu historique de la discipline. Il lui suppose des règles immuables, qui pourtant semblent avoir eu des variantes.»

Dans la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, la lutte suisse n’est pas un héritage de la nuit des temps. Elle n’a été codifiée que dans le courant du XIXe siècle. «Avant cela, chaque village ou chaque vallée avait sans doute sa propre manière de faire, explique Grégory Quin, historien du sport à l’Université de Lausanne. Ce n’est qu’à cette période que des règles communes sont établies et qu’on peut commencer à parler d’un sport autonome à l’échelle nationale.»

Un «Manuel» en 1864

Le processus est parallèle à celui de presque toutes les disciplines sportives du monde: l’amélioration des voies de transport rend possible de plus grands déplacements, la révolution industrielle introduit la logique d’échange entre régions. Et là où la tradition orale suffisait pour encadrer les «jeux» entre bergers, l’utilité de règles écrites s’impose pour faciliter les choses dès lors que la pratique se répand. Le «Manuel de lutte suisse» du professeur et docteur Rudolf Schärer, premier ouvrage à recenser les différentes prises possibles, date de 1864.

La lutte n’est pas le premier sport à réaliser ce travail de mise à plat nécessaire à des compétitions d’ampleur nationale: les premières fêtes fédérales de tir (1824) et de gymnastique (1832) précèdent largement celle de lutte (1895, également l’année où fut fondée la Fédération suisse). Entre-temps, les «jeux nationaux» (lutte, hornuss, lancer de la pierre) avaient été intégrés au programme de la Fête fédérale de gymnastique de Lausanne en 1855.

Créer «des éléments de cohésion nationale»

Le processus de codification du sport n’a rien de typiquement helvétique – il se déroule sur la même (longue) période et de la même manière qu’ailleurs. Mais la lutte à la culotte conserve une singularité. «Quand le football, par exemple, a constitué son règlement, il y avait une logique supranationale. Un pays – l’Angleterre en l’occurrence – imposait sa manière de faire aux autres, remarque Grégory Quin. En lutte, un corpus de règles a été composé sans intervention extérieure, ni volonté d’aller au-delà des frontières du pays.» Par nous, pour nous, en somme.

Sandro Cattacin, professeur et directeur de l’Institut de recherches sociologiques de l’Université de Genève, analysait le phénomène dans Le Matin Dimanche: «La Suisse a eu besoin, au sortir de la domination napoléonienne, de créer artificiellement des éléments de cohésion nationale. Puisque ni la langue ni la religion ne pouvaient souder la nation, il a fallu inventer, ou dépoussiérer, des mythes fondateurs pour créer une culture rassembleuse et faire naître l’idée d’une nation unie.»

Une gravure du XIIIe siècle

La lutte se prêtait à merveille à l’exercice, car ses racines sont bel et bien ancrées au fond des âges. On en trouve trace dès les Jeux olympiques de l’Antiquité et, de par le monde, de multiples variantes régionales se sont développées. En Suisse, c’est une gravure de la Cathédrale de Lausanne datant du XIIIe siècle qui atteste de ses lointaines origines. Tous les textes commémoratifs produits par des clubs ou des associations régionales à l’occasion d’un anniversaire marquant y décèlent – déjà – les prises typiques.

«Les clubs de lutte sont des lieux de sociabilité où, comme ailleurs, on cherche à raconter sa propre histoire, note Grégory Quin. La rattacher à la Suisse originelle, à des traditions séculaires, lui donne de la force. La Suisse est un des pays où il y a le plus à faire en matière d’histoire du sport. Mais paradoxalement, on n’a nulle part ailleurs produit autant de textes d’histoire commémorative. Ils ont peu de valeur scientifique, mais ils témoignent des représentations qu’on se fait des choses. Ils célèbrent le mythe.»

La Fête fédérale aussi. Mais si elle s’y réfère sans cesse, la lutte suisse n’est pas sclérosée dans le passé. Elle est désormais pratiquée par des femmes, sa transmission passe par des modules de formation Jeunesse + Sport, ses meilleurs représentants sont des stars (en Suisse alémanique) et ses compétitions attirent la foule. La lutte suisse est aussi connectée à la Suisse d’aujourd’hui qu’à celle des origines.

La Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres sera belle ce week-end

Dès ce vendredi, les amateurs convergent vers la Suisse romande, «par centaines de milliers». Vers la célébration trisannuelle du traditionalisme helvétique que constitue la 44e Fête fédérale de lutte et des jeux alpestres à Estavayer-le-Lac-Payerne. Le Matin ne consacre pas moins de 10 pages et son éditorial du jour à ces «passes viriles entre solides gaillards». Une «redécouverte de nos racines»? Un «attachement à l’image rassurante d’une Suisse immuable»? Du «nationalisme» pur et dur ou du «repli identitaire»? «Stop», écrit le quotidien orange: «La lutte n’est pas là pour être prise en otage par la politique.»

Alors, «entre des Alémaniques qui viennent en repérage par bus entiers et des Romands «babas» devant les infrastructures», le président d’@estavayer2016, Albert Bachmann, se rassure dans La Gruyère: «Il y aura bien 250 000 spectateurs ce week-end» et en attendant, «les Romands sont ébahis par le gigantisme de cette fête. Ils parlent de folie […], dit-il. Pour les Alémaniques, en revanche, c’est quelque chose de normal. Ils sont surtout heureux de constater qu’il y a assez d’espace.»

Et à la question impertinente du rédacteur en chef du quotidien de Bulle, «Des bars qui ferment à 3h et qui ouvrent à 5h déjà, 200 000 litres de bières prévus… Cet événement a aussi un côté beuverie…» le patron de la sciure répond: «Il est inévitable que des gens boivent trop, mais cet aspect a toujours été maîtrisé lors des Fêtes fédérales précédentes. Chaque cantine bénéficiera de sa propre sécurité.» A propos de ces préparatifs logistiques des événements, le reportage de L’Illustré vaut largement le détour.

Après tout, les nouvelles du monde «nous mènent à en savoir presque plus sur la vie des habitants du sud-ouest de l’Amazonie que sur l’amour de nos frères suisses allemands pour la lutte suisse», écrit 24 heures. Pour eux, il s’agit d'«un événement aussi important que les Jeux olympiques». Ils vont «savourer, étudier, analyser en experts et saluer les duels dans la sciure. La lutte est en eux, et avec la lutte c’est la tradition, l’esprit et l’âme d’un pays tel qu’ils le conçoivent et le vivent, l’histoire de leurs familles et de leurs métiers qu’ils respectent et portent à travers le temps en demeurant fidèles à ce sport.»

Il ne faut donc pas «rester à distance» ou «les regarder de loin en ricanant». Ricaner «en se disant que ces sacrés Suisses allemands ont des goûts bizarres, que ces trucs de muscles et de culottes indestructibles, ça leur va bien. Non, non, il faut aller à Estavayer et à Payerne […] et voir avec eux, derrière les muscles, cette douce fragilité des équilibres, cette finesse des gestes, du savoir-faire. Et partager la fraîcheur sans âge d’une partie de notre grande famille suisse pour un jeu d’enfants heureux déguisés en adultes invulnérables.»

Même Femina y croit, à cette «Fédérale» qui «prend ses quartiers dans le canton de Fribourg, pour la première fois depuis 58 ans. Le comité du projet Estavayer2016 a prévu d’organiser la fête à l’aérodrome de Payerne, la région de la Broye étant intercantonale, symbolisant la réunion des territoires. Un événement de cohésion nationale encore renforcé par l’idée de «lien» que représente Fribourg, notamment avec le pont de la Poya ralliant Suisse allemande et Suisse romande.» Et si l’on n’en est encore pas convaincu: on peut toujours découvrir la chose en romanche:

Du point de vue historique, la RTS a fait un joli travail sur le Net, à propos de ce «sport national» dont «il est difficile de déterminer une date précise» quant à ses origines. Mais «une fresque de la cathédrale de Lausanne du XIIIe siècle montre deux lutteurs effectuant une prise typique de la lutte à la culotte». Et dès le XVIIIe, «de nombreux récits font état de la lutte suisse comme un exemple de coutume alpestre ancestrale». Ce qui ne l’empêche pas d’être très présente aujourd’hui sur les réseaux sociaux, auxquels s’est intéressée La Liberté.

Enfin, cerise sur le hornuss et la pierre d’Unspunnen, «il n’y aura pas que de la lutte ce week-end à Estavayer-le-Lac», fait encore remarquer le quotidien fribourgeois: «Samedi a en effet lieu dans la Cité à la Rose la traditionnelle bénichon. Pour la quinzième année, la Confrérie des Maîtres moustardiers se réunira sur la place de l’Eglise pour le fameux concours de la meilleure moutarde de bénichon.» En attendant, la bière est bien arrivée…

… et l’on peut commencer à chanter l’hymne officiel de la manifestation: «Im Kampf ume Thron bisch uf di alleini gsteut, Fähler si verbotte, nume gwinne zeut»… Merci encore au «Matin» de nous en donner quelques bouts de traduction: «Je savais que le chemin serait raide et dur, je me suis torturé à fond, j’ai mordu dans la sciure, chaque coup que j’ai reçu m’a appris qui je suis, ce qui ne me tue pas me rend plus fort, c’est la vie.»

C’est pas beau, ça?

Lionel Pittet
Olivier Perrin

jeudi 25 août 2016

Un quart des employés en Suisse sont au bord du surmenage.




En Suisse, un actif sur quatre est stressé au travail et la même part se sent épuisée. Au total, 1,3 million de personnes sont touchées, particulièrement les jeunes. Le coût annuel pour les entreprises est de quelque 5,8 milliards de francs.

Un Suisse sur quatre (25,4%) éprouve du stress dans le cadre de son activité professionnelle. L'employé concerné n'a pas assez de ressources pour faire face aux pressions sur son lieu de travail, explique Promotion Santé Suisse jeudi dans son enquête «Job Stress Index» 2016, publiée pour la troisième fois.

Environ 1,3 million d'actifs se trouvent dans cette «zone critique». Et près de la moitié (46,3%) se situent dans la «zone sensible». En d'autres termes, leurs ressources disponibles suffisent tout juste à compenser les contraintes et la pression subies. Seuls 28,3% («zone verte») des travailleurs se disent épargnés.

Jeunes touchés

De même, un employé sur quatre (25,4%) se sent assez ou très épuisé. Les personnes qui travaillent à temps plein sont plus fatiguées que celles qui occupent un poste à temps partiel, constate la fondation. Les actifs de 25 à 39 ans sont particulièrement concernés. Il leur arrive plus souvent d'être moins performants à cause de problèmes de santé.

Le degré de fatigue est un indicateur important du bien-être des employés: plus le stress est grand, plus la fatigue l'est aussi et plus les effets sur la santé sont considérables. Une fatigue intense peut constituer un signe avant-coureur d'un burn-out.

Coûts élevés

Le coût du stress et de l'épuisement s'élève à environ 5,8 milliards par an pour les entreprises, estime Promotion Santé Suisse. Près de 4,9 milliards sont engendrés par la baisse d'efficacité au travail liée à des problèmes de santé. Le petit milliard restant est dû aux absences des employés.

L'enquête 2016 confirme les résultats des deux enquêtes précédentes, selon la fondation. L'an dernier, le stress et l'épuisement concernaient un cinquième des actifs. Une année plus tôt, le quart de personnes stressées et fatiguées était presque atteint.

L'étude a été réalisée en collaboration avec l'Université de Berne et la Haute École de Zurich pour les sciences appliquées. Près de 3000 actifs entre 16 et 65 ans ont été interrogés au printemps. Le Job Stress Index est représentatif de la population active suisse.

ATS

Contrairement à ce que vous croyez; les soins médicaux en Suisse sont loin d'être de qualité




En comparaison internationale, la qualité des soins hospitaliers n'est que moyenne en Suisse, alors que les coûts de la santé sont parmi les plus élevés.

Constatant que les études comparatives basées sur les réponses des patients sont trop subjectives, le surveillant des prix s'est basé sur des données objectives de mortalité. Celles de l'OCDE partent de cas précis et mesurables, par exemple des taux de mortalité correspondant à la part de patients de plus de 45 ans admis à l'hôpital pour un infarctus aigu du myocarde et décédés dans les 30 jours suivants.

Un faible taux de mortalité atteste d'une bonne qualité des soins, écrit Monsieur Prix dans un rapport rendu public jeudi. Sur la base des données de l'année 2013, la Suisse se situe en milieu de classement par rapport aux autres pays. Elle présente des résultats similaires pour d'autres maladies et d'autres indicateurs, par exemple les complications post-opératoires.

S'agissant des coûts de la santé, la comparaison est plus évidente et la situation suisse ne constitue pas une surprise. La Suisse figure à la deuxième place du classement des pays de l'OCDE, derrière les Etats-Unis. Cette situation vaut tant pour les dépenses de santé par habitant que pour la croissance des dépenses par habitant ou la part des dépenses dans le PIB.

Potentiel d'amélioration

Fort de ces constats, le surveillant des prix note qu'il est important de mesurer la qualité. Les critiques à l'encontre des sites internet existants montrent que les évaluations de la qualité ne sont pas encore optimales et devraient être améliorées.

De même que pour la qualité des soins, il existe en la matière un potentiel d'amélioration. Monsieur Prix recommande dès lors de rendre rapidement obligatoire pour tous les hôpitaux et cabinets médicaux la participation aux évaluations de qualité.

Trop cher

Le fait que les coûts de santé soient élevés en Suisse tend à montrer que la qualité des soins n'a pas de lien, pour le moins direct, avec les coûts hospitaliers ou les dépenses de santé. Les importants coûts hospitaliers ne peuvent donc pas être directement justifiés par une grande qualité des soins. Et Monsieur Prix d'affirmer que «les tarifs des hôpitaux suisses sont trop élevés par rapport à la qualité des soins prodigués».

Le nouveau système de financement hospitalier en vigueur depuis début 2012, le SwissDRG, basé sur la facturation à la prestation, n'a apparemment pas répondu aux attentes. L'introduction d'une telle structure tarifaire nationale doit non seulement renforcer la concurrence des prix et rendre plus transparents le décompte et le calcul des coûts, mais aussi améliorer la qualité des prestations médicales.

Or les récentes études n'ont pas montré une influence sensible de ce nouveau système sur la qualité. La mise en place du système est récente, se défendent les divers partenaires. Une étude de santésuisse, une des faîtières des assureurs maladie a du reste montré en 2014 que les coûts de la santé avaient augmenté depuis l'introduction du système (DRG) des forfaits par cas, tandis que la santé financière des hôpitaux s'est améliorée.

ATS

Islamisation rampante : les policières écossaises pourront porter le hijab


Les policières londoniennes sont autorisées à porter le voile islamique depuis plus d'une décennie.
(photo: DR/Photo d'illustration)


«Le hijab va devenir un accessoire optionnel de (notre) uniforme», a indiqué la police écossaise sur son site internet. A travers cette mesure, Police Scotland dit vouloir «encourager les femmes musulmanes, qui n'envisageaient pas jusqu'ici une carrière dans la police, à revoir leur décision».

L'annonce vient officialiser une pratique déjà courante: les policières écossaises pouvaient porter un voile islamique après avoir obtenu l'aval de leur hiérarchie. «Comme nombre d'employeurs, particulièrement dans le secteur public, nous voulons faire en sorte de représenter au mieux la population pour laquelle nous agissons», s'est félicité le chef de la police écossaise, Phil Gormley.

Après Londres et le Canada

Les policières londoniennes sont autorisées à porter le voile islamique depuis plus d'une décennie. Une mesure également en vigueur à Manchester et dans de nombreuses autres villes du pays.

Mardi, le Canada a lui aussi autorisé le port du hijab dans la police fédérale. Là aussi, l'objectif est d'encourager davantage de femmes musulmanes à envisager une carrière au sein des forces de l'ordre.