Seize ans plus tard, Mikel Oyarzabal, Pedro Porro et leurs coéquipiers tenteront de marcher sur les traces d'Andrés Iniesta, de Xavi ou encore de Carles Puyol en essayant de remporter, dimanche, la Coupe du monde après avoir déjà gagné l'Euro. Face à la France, ce mardi à Dallas, l'Espagne s'est baladée et a validé son ticket pour New York.
L'adversaire que Luis de la Fuente et ses joueurs retrouveront sera soit l'Angleterre, soit l'Argentine, championne du monde en titre, faut-il le rappeler. Et il n'est pas exagéré de dire que les Espagnols partiront avec le statut de favoris après leur très belle prestation face aux joueurs de Didier Deschamps.
Quel but de Pedro Porro!
La Roja ouvrait le score à la 22e minute grâce à un penalty transformé par Mikel Oyarzabal – qui devrait faire parler ces prochaines heures dans l'Hexagone – obtenu par Lamine Yamal. La France recevait un deuxième coup sur la tête à la 29e, lorsque William Saliba devait sortir, touché au dos. La défense tricolore, si solide jusqu'ici dans la compétition, s'effritait et passait près d'encaisser un deuxième but après une superbe action collective espagnole (37e).
Au terme du premier quart d'heure de la deuxième période, les Espagnols allaient cette fois au bout d'une nouvelle action de grande classe. Dani Olmo, dos au but, remettait parfaitement dans la course Pedro Porro, qui battait aisément Mike Maignan. La France était dépassée et devait dès lors espérer un miracle pour renverser la situation. À la 60e, Lamine Yamal inscrivait le troisième but, mais un hors-jeu sauvait les Bleus.
Le coq est mort
Offensivement, ces derniers avaient toutes les peines du monde à se montrer dangereux face à Unai Simón (81e, premier tir cadré). Sans doute meilleur joueur offensif français du Mondial, Michael Olise laissait sa place peu après la 70e minute de jeu, lorsque Didier Deschamps tentait le tout pour le tout en donnant un caractère encore un peu plus offensif à son équipe.
Mais rien n'y changeait, l'Espagne pouvait tranquillement (sous les «olé» du public à chaque passe) se diriger vers le succès qui l'amènera au MetLife Stadium de New York dimanche.
Deschamps choisit de fracasser l'arbitre au lieu de ses joueurs
Didier Deschamps avait le choix s'il avait eu envie de critiquer ses joueurs après la défaite indiscutable (0-2) de son équipe face à l'Espagne en demi-finale de la Coupe du monde. Il aurait pu s'en prendre à Michael Olise, à Lucas Digne, à Aurélien Tchouameni, à Ousmane Dembele, mais aussi, et en premier lieu, à son supposé leader, le fantomatique Kylian Mbappé, l'homme qui se montre décisif face à l'Irak ou au Maroc, mais jamais quand ça compte. Comme avec son club du Real Madrid, en somme.
Mais le sélectionneur a préféré tomber sur une cible facile: l'arbitre, le Salvadorien Ivan Barton, lequel a pourtant largement été plus au niveau de cette demi-finale que ses joueurs. «Est-ce que l'arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde? Je ne vais pas y répondre. Ce n'est pas parce qu'on a perdu que je dis ça. Il y a eu pas mal de situations, souvent en défaveur aussi, mais la première raison c'est forcément parce qu'on a été un peu en-dessous et moins dangereux offensivement qu'on aurait pu l'être avec quelques erreurs techniques, des passes qui auraient pu amener des situations, des occasions», a-t-il osé déclarer, dans un sommet hallucinant de mauvaise foi.
«On avait beaucoup d'ambition»
Il faut «reconnaître qu'aujourd'hui on a été un ton en-dessous», a cependant reconnu (et heureusement) le sélectionneur.
«Il y a beaucoup de déception. Les joueurs sont anéantis parce qu'on avait beaucoup d'ambition, même s'il faut être aussi logique et reconnaître qu'aujourd'hui on a été un ton en dessous sur le plan technique face à une équipe qui a bien maîtrisé son sujet et plus. Mais c'est d'abord de notre faute, je veux pas accuser qui que ce soit», a ajouté Didier Deschamps, comme toujours très (trop?) protecteur de ses joueurs.
Les Français dézinguent leur équipe
Les attentes étaient immenses, la déception l’est encore plus. Après un début de tournoi remarquable, au cours duquel la France avait impressionné par sa force de frappe offensive, au point de susciter les éloges de Zlatan Ibrahimovic, les Bleus ont déjoué contre l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde, mardi à Dallas (2-0). «Techniquement, les premières passes, les premières touches, n’étaient pas dignes d’une demi-finale de Coupe du monde. (...) Si on est objectif, on n’a pas mis tous les ingrédients pour aller en finale aujourd’hui», a résumé Kylian Mbappé. Au pays, les Bleus sont sous le feu des critiques.
«La France battue, triste à pleurer», résume «Midi Libre», quotidien basé à Montpellier. Avant de poursuivre: «Inoffensifs hier, les Bleus ont été dominés par une Espagne inflexible en route vers un triplé Euro, JO, Mondial.» «Tombés de haut», titre «Le Parisien». «Rien n’était possible face à la corrida du jeu que la Roja a imposée aux Bleus, étourdis, estoqués, touchés et même blessés. L’équipe de France a pris une leçon d’espagnol, pas loin de la correction. Vamos à la maison», écrit son journaliste Dominique Sévérac.
«Le coup de la panne»
Pour «Libération», l’équipe de France a fait «le coup de la panne» et n’a «jamais semblé entrer dans sa demi-finale» face à «la qualité de pied et la finesse des internationaux espagnols». Le quotidien «La Voix du Nord» n’est pas tendre non plus. «La France a tellement sombré qu’on peine à sauver des joueurs au niveau, dans cette demi-finale qui restera un cauchemar (0-2). Lucas Digne a commis l’irréparable, Michael Olise n’a rien réussi et a entraîné toute l’équipe par le fond.»
«Etourdis et tombés de leur nuage, les Bleus n’ont pas été à la hauteur de l’événement qu’ils attendaient depuis quatre ans», écrit «L’Equipe», qui titre en Une de son édition papier: «Etoile filante». La France s’était-elle crue trop belle? Ce n’est en tout cas pas ce qu’a affirmé Maxence Lacroix. «Il n’y a pas eu d’excès de confiance. On connaît nos qualités, on sait les joueurs qu’on a. Les choses ne se sont simplement pas passées comme d’habitude», a commenté le défenseur central de Crystal Palace.
Dans l’«After Foot», l’incendiaire Daniel Riolo n’est pas de cet avis. «Je m’en veux terriblement ce soir parce que je pense qu’on est passé à côté dans cette Coupe du monde. Je ne sais pas si c’est la formule, New York qui nous est monté à la tête. On a fait n’importe quoi et on a raconté n’importe quoi.» Et l’éditorialiste d’ajouter: «On se voyait beaucoup plus forts qu’il y a deux ans, la déception est beaucoup plus grande et l’erreur d’analyse qui est la nôtre depuis le 10 juin est encore plus grande. Il va falloir qu’on se détache de l’engouement, je m’en veux terriblement. Il faut regarder les choses en face et la réalité.»
Michael Olise frustré
Les champions du monde 1998 n’ont, eux non plus, pas été tendres avec cette équipe de France. «Nos meilleurs joueurs auraient dû performer et ils ne l’ont pas fait – pas un ou deux, mais tous collectivement», a expliqué Patrick Vieira, consultant pour le diffuseur britannique ITV. «La différence, c’est que d’un côté, vous avez une équipe qui ne s’appuie pratiquement que sur des individualités et, de l’autre, une équipe qui s’appuie sur un vrai collectif, sur sa philosophie de jeu qui dure depuis des années et des années», a ajouté Robert Pirès sur RTL. «L’Espagne nous a donné une leçon de football.»
Bixente Lizarazu partage cet avis. «Il y a eu des faillites individuelles, et pas seulement chez nos attaquants», constate l’ancien international français du Bayern Munich. «Les Espagnols, et on le savait avant de les rencontrer, ont le meilleur milieu de terrain au monde. On s’est fait concasser au milieu», poursuit-il, pointant notamment du doigt Aurélien Tchouaméni, «en dedans et trop sur la réserve», ainsi que Michael Olise. «Ils l’ont frustré et l’ont fait sortir du match. Ce qui fait que, derrière, il n’y avait plus d’animation offensive, plus de bons ballons pour nos attaquants, et on s’est retrouvés complètement dépourvus», a-t-il analysé sur Radio France. «À un moment donné, quand vous avez trois ou quatre joueurs qui ne sont pas au niveau, ça fait la différence», ajoute Alain Boghossian au même micro.
Mbappé transparent
La magie n'a pas opéré. Flamboyants depuis le début du Mondial, les quatre fantastiques de l'attaque, atout numéro un des Bleus lors du Mondial 2026, se sont cassé les dents mardi sur la solidité espagnole et la France a été éliminée en demie (2-0).
Ni Kylian Mbappé et ses huit buts inscrits depuis le début de la Coupe du monde, ni Michael Olise, meilleur passeur du tournoi avec cinq offrandes à ses partenaires, ni encore le Ballon d'Or Ousmane Dembélé ne sont parvenus à mettre en danger Unai Simon. Protégé par une défense de fer parfaitement organisée, le gardien de la Roja a été impérial.
Au cours du premier acte, seul Bradley Barcola, préféré au coup d'envoi à Désiré Doué, son partenaire du Paris-SG, a pu tenter une frappe à l'extérieur de la surface, mais son tir s'est envolé très haut dans les tribunes de l'AT&T stadium d'Arlington, en banlieue de Dallas.
Sinon, les attaquants français, qui avaient jusqu'à présent inscrit les 18 buts français de la compétition, ne se sont procuré aucune occasion, le deuxième tir bleu de la première période, non cadré lui aussi, étant l'œuvre d'Adrien Rabiot.
Il a été transparent dans le jeu et inefficace devant le but, comme toujours contre les bonnes équipes
Symbole de cette impuissance, toujours au cours du premier acte, Mbappé a touché 15 ballons dont deux seulement dans la surface espagnole et jamais en position de frapper. Si le capitaine français s'est montré si discret, c'est aussi qu'il a été abandonné par ses deux principaux pourvoyeurs de ballon, Ousmane Dembélé et Michael Olise.
Muselés par les milieux de terrain espagnols, mais surtout extrêmement fébriles, les deux attaquants ont multiplié les pertes de balle, soit du fait de passes imprécises, soit directement dans les duels qu'ils ont provoqués.
Abandonné par ses lieutenants, Mbappé a bien tenté de sonner la révolte, seul, au retour des vestiaires et alors que la France était déjà menée 2-0, après le penalty de Mikel Oyarzabal en première période (22e) et le but de Pedro Porro (58e).
Son tir rasant et croisé à la 67e minute, aux confins de la surface, a frôlé la base du poteau gauche de Unai Simon. Sans réussite comme son coup franc de la 88e minute après une faute provoquée par Désiré Doué, rentré à la place de Barcola (57e).
Il ne marque jamais quand ça compte
Frustré, impuissant, Mbappé, leader bleu irréprochable depuis le début du Mondial, s'est rendu coupable d'une charge sur Simon qui lui a valu un carton jaune (86e). Le calice jusqu'à la lie.
Le serial buteur, 20 buts inscrits en Coupe du monde, n'a jamais marqué en demi-finale d'un Mondial. Ce sera pour une autre fois.
La France comptait sur ses magiciens de devant pour décrocher une troisième étoile aux États-Unis. Mais la magie s'est envolée et les rêves de sacre avec elle.
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