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jeudi 24 septembre 2015

La détente du marché vaudois menace les promoteurs fribourgeois


Eldorados des promoteurs immobiliers depuis quelques années, les districts de la Gruyère et de la Veveyse présentent des signes de suroffre. Pour le bonheur des acheteurs.




Prudence. Ce mot est sur les lèvres de tous les observateurs lorsqu’on évoque le marché immobilier du sud du canton de Fribourg. Erigés ces dernières années par les promoteurs au rang d’eldorados, les districts de la Gruyère et de la Veveyse présentent désormais les premiers signes d’une suroffre de logements. Petit retour en arrière: «Il y a dix ans encore, il fallait offrir aux clients de sacrés avantages pour les convaincre de venir s’installer dans la région», se souvient un acteur local du marché immobilier. Mais la demande a explosé lorsque le canton de Vaud a commencé à déverser en terres fribourgeoises son trop-plein d’habitants découragés par la pénurie sévissant sur l’arc lémanique. Les promoteurs ne se sont pas fait prier, plantant grues et gabarits à perte de vue.

Avec la mise sur le marché vaudois d’une pléthore de nouveaux appartements (voir page 12), l’heure est sans surprise au tassement de l’intérêt du côté du sud fribourgeois. Actuellement, le taux de l’offre (nombre de logements proposés sur le marché par rapport à la totalité des objets existants) en PPE est de 12% en Gruyère et de 10% en Veveyse, contre 6% en moyenne cantonale (et nationale), souligne le cabinet de conseil Wüest & Partner dans une étude récente commandée par la Banque cantonale de Fribourg. «Si les taux hypothécaires augmentent – et il faudra bien qu’ils augmentent un jour ou l’autre! – rendant l’accès à la propriété moins attrayant, le sud du canton risque d’être particulièrement touché», anticipe Bertrand Raemy, directeur de la Régie de Fribourg.

Plus nuancée ailleurs dans le canton, la situation n’en est pas moins globalement caractérisée par une «offre de PPE tendant à dépasser la demande, sauf à Fribourg, poursuit Bertrand Raemy. La courbe s’inverse. Les prix s’équilibrent et on ne peut pas exclure qu’à terme ils subissent une baisse de l’ordre de 10 à 15%.» Une prévision que ne contredit pas la construction toujours très dynamique dans le canton. Il est néanmoins trop tôt pour tirer la sonnette d’alarme, selon Wüest & Partner. La demande demeure en effet forte, dopée par une croissance démographique qui reste la plus importante du pays (+ 1,92% en 2014, contre + 1,19% à l’échelle nationale).

Avantageuses villas

Du côté des maisons individuelles, l’heure est à la stagnation des prix. En rythme annuel, ils n’enregistrent plus qu’une hausse de 1,6%, contre 27,6% sur les cinq dernières années et 49,4% sur dix ans, selon des chiffres fournis par le CIFI. S’offrir une villa dans le canton bilingue est d’ailleurs bien plus avantageux que dans de nombreuses autres régions du pays: il en coûte 987 000 francs en moyenne pour un bien (de bonne qualité) de 850 m3 doté d’un terrain de 600 m2, contre 1 228 000 francs à l’échelle suisse, estime Wüest & Partner.

Le cabinet de conseil s’est livré au même calcul pour les propriétés par étages et constate que dans cette catégorie aussi, les prix fribourgeois continuent à être attrayants en comparaison nationale. Pour un appartement de qualité présentant une surface habitable de 110 m2, il faut délier les cordons de la bourse à hauteur de 697 000 francs, contre 945 000 en moyenne suisse. De là à dire que devenir propriétaire d’un 110 m2 est à la portée de tous les ménages, il y a un pas que Bertrand Raemy ne franchit pas. Il constate «une tendance claire de la part des promoteurs à optimiser le ratio entre nombre de mètres carrés et prix de vente des appartements». Autrement dit: des appartements moins chers, mais de taille réduite.



Patricia Michaud