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jeudi 10 novembre 2016

Donald Trump sera un grand président. America will be great again!


Il l’a fait !



“Yes We Can”, martelait Barack Obama à ses partisans lors des primaires démocrates de 2008 afin de les convaincre qu’il pouvait vaincre Hillary Clinton en dépit de son manque d’expérience et de notoriété. Huit ans plus tard, l’excentrique milliardaire Donald Trump se lançait dans un défi encore plus homérique : remporter les primaires républicaines contre des politiciens professionnels, puis battre la chouchou de l’oligarchie américaine et mondiale, l’éternelle future première femme présidente des États-Unis : Hillary. Personne ne crut un seul instant « qu’il pouvait le faire ».

Lorsqu’il se déclara candidat pour les primaires, début 2015, Donald Trump amusa les spécialistes, aussi bien aux États-Unis que de ce côté-ci de l’Atlantique. On nous expliquait, alors, doctement qu’il y avait toujours une ou deux candidatures folkloriques en début de campagne, mais que ces clowns abandonnaient au bout de quelques semaines. Le clown, promoteur immobilier et animateur télé en l’occurrence, pourtant ne renonça pas.

Au cours de l’automne 2015, Donald Trump, dopé par ses propos sur « l’arrêt complet de l’entrée des musulmans aux États-Unis » et sur le renvoi des immigrés illégaux, s’installait en tête des sondages, devant les 16 autres candidats dont les grandes figures du parti, Ted Cruz, Marco Rubio, John Kasich et Jeff Bush ; il remportait ensuite son premier gros succès dans le New Hampshire au mois de février 2016.

Les spécialistes des États-Unis, comme François Durpaire, nous expliquèrent alors que, traditionnellement, le candidat qui faisait la course en tête lors des premiers scrutins perdait ensuite son avantage.

Le 1er mars 2016, Trump, désormais identifié comme le candidat des classes populaires et des classes moyennes, remportait le Super Tuesday et, dans la foulée, une victoire en Floride sur les terres de Marco Rubio, qui jeta l’éponge. Trois mois plus tard, ayant assommé ses derniers adversaires, il était officiellement désigné candidat pour la course à la Maison-Blanche. Les ténors républicains (Bush en tête) ne cachaient pas leur contrariété et les spécialistes nous expliquaient que c’était, là, une catastrophe pour le camp conservateur dans la mesure où ce grossier populiste xénophobe et sexiste n’avait aucune chance de l’emporter face à l’excellentissime Hillary Clinton.

Il faut dire que les sondages nationaux n’étaient guère encourageants : à la fin de l’été, on créditait Donald Trump de 40 % des intentions de vote contre 48 % pour Clinton, le reste concernant les candidats indépendants. Après l’affaire de la vidéo salace et les attaques coordonnées des médias, on enterrait officiellement le bougre et, il y a à peine dix jours, Le Huffington Post se demandait si Donald n’allait pas faire le pire score de toute l’histoire électorale américaine avec 37 % des suffrages. Ensuite, les chiffres furent un peu plus favorables et, à trois jours du scrutin, on commença à s’inquiéter d’un possible « effet Bradley », c’est-à-dire du fait que les électeurs de Trump n’avouaient pas tous leur soutien au sulfureux candidat, lequel était en conséquence peut-être sous-évalué dans les prévisions. Les stars furent appelées à la rescousse, menaçant ici ou là de quitter le pays en cas de victoire du trublion, mais l’inquiétude devenait palpable : on commença à songer que le peuple pourrait réellement faire sécession, que ces « pitoyables » méprisés ouvertement par Hillary Clinton pourrait vraiment avoir l’audace de sortir de leur torpeur et d’administrer une claque à l’establishment.

Et ils l’ont fait ! Et lui aussi, « il l’a fait » : en raflant les swing states de l’Ohio, de la Caroline du Nord, du Kansas et de l’Arkansas, de l’Indiana et surtout de la Floride et de l’Iowa, Donald Trump a déjoué tous les pronostics : il sera le 45e président des États-Unis d’Amérique ! Chapeau, l’artiste !

Il fallait voir, l’autre jour, avec quelle assurance le dénommé François Clemenceau, un habitué de l’émission naguère animée par Yves Calvi, annoncé spécialiste des États-Unis et accessoirement rédacteur en chef du JDD, nous a affirmé que Donald Trump n’avait aucune chance de gagner. A-t-il été contredit sur le plateau ? Même pas. À vrai dire, depuis des mois, les téléspectateurs n’ont eu droit qu’à un seul son de cloche : Hillary Clinton ne pouvait pas perdre, comme si la leçon du Brexit n’avait servi à rien.

Donald Trump a dépensé deux fois moins de dollars que Hillary Clinton au cours de cette campagne, il a eu tous les médias contre lui, Wall Street et la Silicon Valley l’ont moqué, les caciques du Parti républicain l’ont lâché au milieu du gué avant de resserrer les rangs derrière lui en toute fin de campagne, Obama a mis tout son poids dans la balance comme jamais aucun président sortant ne l’avait fait et pourtant Trump l’a emporté. Michael Moore avait raison : cette élection est le plus tonitruant « Allez vous faire foutre ! » de l’Histoire.

Sur Boulevard Voltaire, nous avions pronostiqué la victoire de Trump non pas par simple esprit de contradiction mais pour une raison précise que la presse dite officielle a été incapable d’imaginer. Oui, Trump a tapé dur sur les minorités, mais les minorités sont aussi des sans-dents, tout comme les électeurs de la classe moyenne blanche.

Toute ambiguïté de cette campagne était là. Chez « C dans l’air » comme dans toute la presse « officielle » française, on a fait le pari que le vote des minorités serait un vote identitaire. Sur Boulevard Voltaire, nous avons fait le pari contraire : un vote contre l’establishment envers et contre tout. Les premières analyses ont parfaitement validé notre intuition, la participation a été record, des millions d’Américains – blancs, noirs et latinos — qui, habituellement, ne votent jamais se sont déplacés et, dans leur grande majorité, ont voté pour le leader populiste.

L’ambassadeur français à Washington, qui s’était signalé la semaine dernière en traitant Donald Trump de vautour, s’est autorisé à faire un commentaire méprisant sur la victoire de Trump. L’info reprise en direct sur la chaîne Fox News a donné lieu à cette réplique cinglante qui a fait rire tous les invités : « Si les Français ne sont pas contents, alors c’est une bonne nouvelle pour nous. ».

Décidément, sous François Hollande, on ne nous aura épargné aucune humiliation. Il est grand temps, chez nous, de faire le ménage partout, à l’Elysée bien sûr, au Quai d’Orsay… et même chez « C dans l’air » ?

Au fur et à mesure que tombaient les résultats cette nuit du 8 au 9 novembre, la défaite de Clinton s’est transformée en déroute. Le 9, peu après 9 h de notre heure, la candidate Démocrate a appelé Trump pour le féliciter, et Donald Trump, le 45e président des Etats-Unis, a félicité la candidate Clinton pour sa combativité! Trump a les 270 grands électeurs; il a gagné. C’est un « landslide », un glissement du terrain politique. La Caroline du Nord qui avait voté Obama en 2008, est passée aux Républicains et à Donald Trump, de même que l’Ohio et la Floride, des états que les sondages donnaient gagnants pour Hillary. Le Michigan et la Pennsylvanie, états symboles du déclin américain de la « rust belt », deux swing states s’il en est, sont gagnés par Trump, alors que les sondages truqués de tous les grands instituts officiels donnaient pourtant Hillary victorieuse avec 2% d’avance. La Californie reste aux Démocrates, sans surprise.

Les Républicains resteront également majoritaires à la Chambre de représentants et au Sénat. Trump pourra gérer le pays avec un Congrès de son bord.

C’est une victoire écrasante, une gifle à l’Establishment américain, la déroute des instituts de sondage qui manipulaient les résultats pour la candidate Clinton, de la presse officielle qui a soutenu la démocrate Clinton. Nous pensons à CNN, ABC, NBC et surtout CBS, devenus des torchons médiatiques en matière d’information. C’est la victoire des petites gens, des Américains de la base, des gens qui travaillent dur et en ont assez de la caste des corrompus qui gèrent Washington. La Fondation Clinton est l’exemple parfait de ce que peut être cette corruption (voir notre article). L’affaire des emails d’Hillary n’a rien arrangé. Beaucoup d’hispaniques qui travaillent dur, ont voté Trump! Des Noirs ont compris l’enjeu et voté Trump.

Le 45e président des Etats-Unis et sa First Lady, Melania Trump


Wall Street, après une chute nette, a rebondi de 5%! Les bourses européennes ont ouvert en baisse, mais ce sont rattrapées dans la même séance. Le moment des bonnes affaires n’a guère duré, pour les rares investisseurs qui avaient prévu la victoire de Trump en n’écoutant pas la presse et les instituts de sondage. Goldman Sachs qui finance Hillary, fait la grimace, comme la haute finance. Le peso mexicain s’effondre.

C’est bon pour la paix. Trump est un homme d’affaires, un réaliste qui va trouver un terrain d’entente avec Vladimir Poutine. L’Europe comme à l’habitude a tout faux, mais la tension va baisser avec la Russie et un accord sera trouvé pour liquider enfin l’Etat Islamique, avec les Russes.

Tous les sentencieux petits journalistes de gauche (pléonasme vicieux), tous les petits menteurs de la presse francophone qui étaient sur place à New York, ont tiré une mine dépitée, tout en continuant d’interviewer exclusivement des partisans de la candidate démocrate. La présentatrice du journal de RTL parlait de la « victoire du clown » pour qualifier Trump. Pouir qui se prend cette péronnelle? La désinformation des Européens est complète depuis des mois sur les Etats-Unis et la campagne électorale.

LE POKER MENTEUR DES SONDAGES

La corruption du processus politique par les élites de Washington, commence par la presse et les instituts de sondage. C’est d’ailleurs la même chose en Europe : vous verrez les patrons de ces instituts dans les cocktails politiques, « froucheler » honteusement avec les partis et « arranger » les résultats de leurs sondages pour obtenir le résultat désiré.

Comme l’écrivait de Villiers, aujourd’hui retiré de la vie politique française, « il suffit d’acheter l’institut de sondage, pour arriver dans les doubles chiffres et se faire inviter en TV « prime time ».

En 1948, les sondages avaient déjà été gentiment manipulés et Truman avait été donné perdant. 
Il avait cependant battu Dewey…


Pour l’élection de Donald Trump, tous ces instituts de sondage politisés se sont trompés; tous sauf quelques uns (voir cet article) qui avaient pondéré leurs questions pour serrer au plus près de l’opinion réelle des électeurs. Le petit institut Trafalgar se retrouve propulsé en tête des instituts fiables, pour sa méthode qui a étonnamment bien marché pour repérer les tendances.

Sur les 20 plus grands organismes de sondages des Etats-Unis, dont les grands journaux et les chaînes de télévision, tous vendus au parti démocrate sauf Fox News, seul le Los Angeles Times associé à USC Tracking, a donné l’avantage à Donald Trump.

Au matin de l’élection, RealClearPolitics, donnait 3,3 points d’avance à Hillary Clinton à l’échelle nationale. Et au cours de la nuit, on a vu à quel point les instituts avaient menti ou étaient complètement à côté de la plaque: la victoire annoncée d’Hillary dans les états décisifs de Floride, Caroline du Nord, Pennsylvanie, Michigan et Wisconsin s’est révélée fausse. C’est Trump qui rafflait tout!

Les prévisionnistes du New York Times, the Upshot, dont les avis ont été scandaleusement biaisés tout au long de la campagne, avaient donné Hillary gagnante à 85%. On sait ce qu’il en est!

Les commentateurs s'étranglent tandis que beaucoup d'opinions publiques dans le monde s'interrogent : comment l'incroyable a-t-il pu se produire ? L'événement auquel nous venons d'assister était-il aussi imprévisible qu'il y paraît ? Les recherches menées en psychologie sociale sur le phénomène de « zone muette » nous suggèrent que non.

Des opinions politiquement non correctes

C'est à partir du début des années 2000 que deux chercheurs français, Christian Guimelli et Jean-Claude Deschamps, font un constat troublant. Ils demandent à leurs étudiants d'écrire sur une feuille de papier cinq mots ou expressions associés au terme « gitans ». Mais les étudiants doivent donner leurs réponses selon deux consignes différentes : soit ils répondent en leur nom propre, soit ils répondent comme ils pensent que le feraient « les Français en général ». Mais, dans les deux cas, ils n'inscrivent pas leur nom sur la feuille de papier.

Un des principaux résultats de cette petite expérience ne manque pas de soulever de nombreuses questions. Lorsque les étudiants répondent en leur nom propre, ils sont 26 % à donner le terme « vols », mais lorsqu'ils répondent comme « les Français en général », ils sont 63 % à donner ce terme. Plus généralement, lorsque les participants répondent selon cette dernière consigne, ils produisent des réponses dont les connotations sont beaucoup plus négatives que lorsqu'ils répondent en leur nom propre.

La première explication qui vient à l'esprit à propos de ces résultats est que les étudiants ayant participé à l'expérience de Guimelli et de Deschamps avaient une piètre opinion de leurs compatriotes. Sans doute plus éduqués et plus tolérants que la moyenne de la population, ils imputaient peut-être aux Français de nombreux préjugés racistes à l'égard des gitans.
Stratégies de dissimulation

Mais les travaux qui vont se développer à partir de cette première étude vont suggérer une autre explication : lorsque les individus adhèrent à des opinions qu'ils pensent être contre-normatives par rapport à un groupe de référence, ils ont tendance à masquer ces opinions. Tant et si bien que lorsqu'on les interroge, ils ne disent pas la vérité, même s'ils sont interrogés de façon anonyme. Ainsi les opinions contre-normatives relatives à certaines questions resteraient dissimulées dans une zone muette, difficilement accessible aux enquêtes ou aux sondages.

Or, les opinions en faveur du Brexit, tout comme celles en faveur de Donald Trump avaient effectivement un caractère contre-normatif. Politiquement non correctes, elles étaient décriées par de nombreux groupes de référence (communauté internationale, communauté européenne, classes dirigeantes, médias, etc.). Elles ne pouvaient donc que faire l'objet de stratégies de dissimulation de la part de ceux qui y adhéraient. Voilà pourquoi les sondeurs n'ont pas su saisir leur ampleur.

Est-ce à dire que les instituts de sondages se trompent constamment ? Ce serait sans doute aller trop vite en besogne que de le penser. Le phénomène de zone muette ne se produit en effet que lorsque le caractère contre-normatif des opinions dissimulées est avéré. C'est-à-dire lorsqu'à propos d'une question donnée, il existe un discours normatif porté par des forces dont la légitimité ou tout simplement le pouvoir sont difficiles à contester.

Des normes sociales à minimiser

On ne peut que se tourner vers les sondeurs pour leur conseiller de s'intéresser davantage aux travaux de la psychologie sociale. Les recherches réalisées maintenant depuis plus de quinze ans sur la zone muette ont en effet permis d'identifier de possibles techniques visant à contrecarrer les stratégies de masquage mises en œuvre par les sondés.

Ces techniques répondent toutes au même principe théorique : elles visent à minimiser le poids des normes sociales dans les contextes où sont interrogées les personnes. L'anonymat des répondants peut y contribuer, mais l'expérience montre que ce n'est pas une condition suffisante. Les techniques de « décontextualisation normative » semblent à cet égard beaucoup plus efficaces. Il s'agit alors d'interroger les personnes dans des contextes où elles ne craindront pas de subir le jugement d'autrui, qu'il soit immédiat ou différé. Ainsi, si vous avez des préjugés racistes, il vous sera sans doute beaucoup plus facile de les exprimer dans la rue que dans une réunion de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) ou du Mrap (Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples).

Sans doute faudrait-il aussi réfléchir à l'identité des sondeurs eux-mêmes, ou du moins à leur identité supposée, du point de vue des sondés. S'ils sont assimilés aux groupes normatifs, il est évident que les individus seront réticents à leur livrer leurs opinions politiquement non correctes. Dans tous les cas de figure, si les sondeurs veulent préserver leur crédibilité, il faudra qu'ils imaginent de nouvelles façons de travailler lorsqu'ils souhaitent mesurer l'adhésion à des opinions contre-normatives.
Ajoutons, enfin, la faible probabilité qu'il existe des zones muettes à propos de la plupart de nos impétrants à l'élection présidentielle, parce que leurs idées ne sont tout simplement pas contre-normatives. À part peut-être certaines de celles qui séduisent les électeurs du Front national. Souvenons-nous, en effet, du slogan qu'en son temps, son fondateur avait propagé avec succès : « Dire tout haut ce que les Français pensent tout bas. »


Trump montre la contribution des « hedge funds » de Wall Street à la campagne de Clinton, et à la sienne. Des sondages, ce n’est pas bien compliqué à manipuler…


Les raisons sont multiples:

– il y a d’abord le mensonge volontaire, pour favoriser la candidate démocrate, dans de nombreux cas, avec des « échantillons » composés de démocrates, comme dans les sondages-bidon de CNN.

– il y a ensuite la bêtise: on fait du fric sans se préoccuper d’une analyse fine de la situation. Exemple, les Noirs avaient fait lors des élections d’Obama, un vote « raciste » pour Obama. Ils votaient pour « un frère ». Ils ne se sont pas déplacés pour Hillary et on aurait dû le détecter.

– Beaucoup d’Hispaniques, bien intégrés et qui travaillent dur, pensent comme Trump qu’il faut fermer la frontière avec le Mexique: on ne peut accueillir toute la misère du monde. Erreur des instituts.

– Incapacité de repérer les « petits blancs » de l’Amérique profonde, rurale ou industrielle, qui préféraient se taire devant les sondeurs que d’avouer leur vote de colère pour Trump, contre les élites méprisantes de Washington. On ne les repère qu’avec une question subsidiaire. Fallait y penser.

– incapacité à comprendre l’impopularité de Clinton, parangon de l’establishment et sa morgue pour les électeurs de Trump (« la moitié n’est pas fréquentable » disait-elle).

Il faut espérer que le monde économique, que Wall Street, qui vient de perdre des milliards de dollars en bourse, simplement à cause de la panique créée par la surprise de l’élection, va mettre en cause les instituts de sondage et couper les financements à tous ces instituts de parasites incompétents ou menteurs.

Les sondages ont perdu toute crédibilité. L’autre perdant, c’est la presse; les menteurs politisés qui tiennent la presse « officielle »; celle qui couche tous les soirs avec le monde politique dans une relation incestueuse qui les disqualifie, comme c’est d’ailleurs le cas en Europe…

Que s’est-il passé ?

La campagne anti-système a électrisé l’électorat ouvrier blanc, tout en provoquant au sein des minorités raciales une prise de conscience : l’establishment ne leur est pas loyal.

Les commentateurs ont tenté de trier entre le Brexit, WikiLeaks, les interventions du FBI.

Mais le vieux routier de Fox News, Charles Krauthammer, a mis le doigt sur le fait qu’il s’agissait d’une révolution avant tout culturelle, celle des « déplorables » du mondialisme méprisés par les amis chics de madame Clinton, ou les autres, ceux du show-biz, que l’on voyait beaucoup ces temps-ci en campagne.

D’autres ont rappelé le vote historiquement massif des chrétiens militants en faveur de Trump. D’autres, enfin, ont relevé, dans les sondages de sortie de vote, un désir considérable de changement, qui se traduisait aussi par le vote, en faveur de Trump, de 20 % d’électeurs à la gauche du Parti démocrate (autrement dit, une partie de ceux de Sanders).

Une analyse suivra ultérieurement. Mais le dernier mot revient ici à Ivan Blot : dans sa remarquable analyse sur la nouvelle lutte des classes parue sur le site de Polémia, ce dernier mettait cette semaine en valeur la révolte européenne des laissés-pour-compte du mondialisme : les cols bleus prolétarisés. Une souffrance aggravée par les incertitudes liées à la menace de migrations massives, au terrorisme et à la criminalité. Une nouvelle lutte des classes, qui touche aussi l’Amérique.

Adieu, la gauche et la droite…

Question : les commanditaires de la campagne Clinton vont-ils accepter la décision ? Un coup de Jarnac juridique est toujours possible. Mais, comme le disait curieusement CNN, si cela venait de Trump, un scandale s’ensuivrait. Comme quoi les échines s’assouplissent…

Et maintenant, l’Europe !

En pleine guerre froide, Dwight Eisenhower conceptualisa une expression qui fera florès pour exprimer, par une métaphore, la nécessité d’étendre, par contagion et capillarité, l’influence occidentale sur un monde coupé en deux : c’est ainsi qu’est née, chez les hommes d’État et les géopoliticiens, la désormais fameuse théorie des dominos.

Le concept cher à la polémologie entrera bientôt dans le domaine de la science politique. Après le triomphe des patriotes-conservateurs-populistes-souverainistes partout en Europe, après le Brexit signifiant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, après la conquête de mairies, à Béziers ou à Fréjus, un domino de taille vient de tomber et risque de hâter la chute de tous les autres.

Demain, et après-demain, partout le pouvoir aura échappé à ses détenteurs actuels qui ne voient que par le monde globalisé, la finance, le multiculturalisme et les alliances avec des pays acquis à l’islamisme. Dans les pays qu’un secrétaire de la Défense des États-Unis qualifia autrefois de vieille Europe, la stratégie d’endiguement des mal-pensants, selon un autre concept repris à la géopolitique, permet aux élites actuelles la conservation de leurs privilèges.

Momentanément

L’élection de Donald Trump marque la revanche des laissés-pour-compte, des petits Blancs qui doivent céder leur place aux migrants du monde entier dans la file d’attente, des citoyens qui ne se sentent plus représentés par un système à bout de souffle.

Revenons à la géopolitique. Lorsque l’on est un souverainiste conséquent, on évite d’ordinaire de trop se mêler des affaires d’autrui – des États-Unis en l’occurrence. L’élection au pays de l’Oncle Sam ne devait à cette aune s’analyser qu’en termes d’avantages et désavantages que notre partie du monde avait à en tirer.

La lutte entre Donald Trump et Hillary Clinton présentait à ce titre une alternative entre, d’une part, une alliance avec la Russie pour lutter contre l’islamisme (principale menace planétaire) et, d’autre part, la poursuite des alliances traditionnelles des États-Unis avec des États (principalement l’Arabie saoudite) et des groupes (Frères musulmans, proches d’Obama et de Clinton) prônant le wahhabisme-salafisme-djihadisme. À cette aune, l’élection du candidat républicain offre au monde un surcroît de sécurité.

Le danger, aujourd’hui, pour les Européens est de singer Donald Trump pour arriver au pouvoir : le manque de culture, la misogynie et les mauvaises manières du nouveau président des États-Unis ne doivent pas l’ériger en modèle au cœur de pays épris de culture, d’hommes d’État s’élevant au-dessus des contingences et d’élégance.

La bataille des idées, selon le concept gramscien, est en passe d’être gagnée, ici aussi. L’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen (FN), de Frauke Petry (AfD) ou de Norbert Hofer (FPÖ) n’est plus qu’une question de temps et de patience.

Tombent les dominos.

L’heure de la remise en question des médias !


« C’est mathématique », titrait, BFM TV, au-dessus d’une photo de profil de la candidate cheveux aux vents, menton levé, sourire serein, regard rivé sur la ligne bleue de la Maison-Blanche : « Hillary Clinton devrait devenir la prochaine présidente des États-Unis. » BFM TV a dû faire L. On a vu démonstration scientifique plus probante.

Peu de temps auparavant, Le Huffington Post expliquait : « Voici pourquoi Hillary Clinton sera élue présidente le 8 novembre 2016. » Comme on voit.

L’Obs, de son côté, affirmait : « Les swing states prêts à faire gagner Hillary Clinton. » Pour swinguer, ces states ont swingué.

France 24, par ailleurs, dépeignait « une femme au seuil de la Maison-Blanche ». Elle y restera.

Libération, enfin, rapportait : « Même la Crystal Ball de Larry Sabato, fondateur du Center for Politics à l’université de Virginie, qui prédit le résultat de toutes les élections présidentielles depuis 2000 […], donne Clinton vainqueur. » Après la science, Madame Irma. En septembre, déjà, Libé ne doutait pas le moins du monde : « Clinton dépassée par Trump ? La bonne blague. » En effet, certains se marrent.

Alors quoi ?

Alors, en même temps que Hillary, c’est toute la presse qui a reçu une énorme claque. Et devrait en tirer les leçons qui s’imposent.

« Sans doute a-t-on trop pratiqué la méthode Coué », s’interrogeait, enfin humble, une journaliste d’Europe 1, ce mercredi matin. Soyons fous : si on arrêtait avec l’autosuggestion pour faire de l’information ?

Alors les hommes politiques devraient, eux aussi, méditer : contre toute attente, ce sont finalement les électeurs qui décident. Faire la danse du ventre, battre des cils, roucouler devant les journalistes, s’asseoir docilement queue frétillante, en attendant leur approbation comme on quémande un sucre, baisser le regard, demander pardon, cacher son visage contrit derrière ses bras croisés – « pas sur la tête ! » – quand ils froncent les sourcils pour un « dérapage » n’est pas un gage de succès. Ce ne sont pas eux – qui l’eût cru ? – qu’il faut convaincre.

Trump est-il l’homme outrancier, irresponsable, cynique que l’on a décrit ? Possible. Ou pas. Bien malin qui peut faire, aujourd’hui, le tri dans le portrait que l’on nous offre de lui depuis des mois, entre la réalité, le fantasme et la caricature. Seul l’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, il n’a pas eu peur de s’adresser sans filtre, sans fard et sans frousse aux électeurs. Qui l’en ont remercié.

Journalistes ressaisissez-vous !

Comment expliquer ce décalage en quelques heures à peine entre une opinion grisée depuis des semaines à l'idée qu'Hillary Clinton devait gagner haut la main, et la réalité toute crue d'un vote massif pour Trump ? Comment expliquer un tel fossé entre cette réalité et le pronostic unilatéral répété en boucle sur une société américaine qui jouerait à se faire peur présenté par des médias sérieux, libres, indépendants, professionnels ?

Au même titre que la gueule de bois du matin du Brexit il y a quelques mois, l'épisode Trump donne à réfléchir sur le fonctionnement de notre société médiatique. Il alimente l'impression de sa propension à ressasser des discours prémâchés, à surfer sur des impressions dominantes plutôt qu'à se méfier, qu'à remettre en question et vérifier si les faits sont "raccros" avec les idées.

Les médias en général se sont trompés. Sur le Brexit hier. Sur Trump aujourd'hui. Et demain sur quoi ? Les brevets de résistance, de courage et d'audace au motif que l'on est capable de distribuer mauvais points et quolibets à la face de populistes habiles qui surfent sur la misère et la peur des gens, pèsent peu face au traitement de l'info et à la compréhension des faits.

Notre système médiatique se révèlerait-il incapable de se remettre en question dans la manière dont il appréhende la vie des gens, dissèque les situations, révèle la complexité des situations et la traduit à l'attention de ses lecteurs, ses auditeurs, ses spectateurs ? Lesquels ont souvent le sentiment d'avoir une présentation, au mieux tronquée de la réalité, au pire brouillée et tordue à force de voir mélanger information et divertissement, cynisme et ricanement, commentaires oisifs et approximatifs.

Cette myopie, ce mélange des genres, cette difficulté à traduire le réel pour permettre à l'opinion de comprendre participe au même titre que les jongleries financières de dirigeants cupides, les comportements douteux, les rémunérations obscènes, à l'ébranlement de notre société. Elle alimente la défiance générale qui conduit à considérer comme suspecte toute information. A regarder un brin soupçonneux son voisin qui, s'il a mieux ou plus, l'a nécessairement obtenu par des voies détournées.

Elle ne fait que renforcer ce sentiment de déclassement qui anime une partie de la population qui se sent oubliée ou laissée à l'écart par ceux qui savent. Elle nourrit le soupçon de connivence. Elle alimente dangereusement cette rage qui bouillonne chez ceux qui bouclent difficilement leur fin de mois et craignent pour leur emploi et pour l'avenir de leurs enfants, contre cette image d'une élite incestueuse alimentant les mirages au profit de quelques uns.

Le roi est nu. Ce matin du 9 novembre vient une fois de plus de le démontrer

Que demande-t-on ? A voir et comprendre, sans partis pris, l'image et les raisons de ces gens qui votent Trump ou le Brexit. Ces gens en colère que l'on a trop souvent traités ces dernières semaines souvent comme des animaux de laboratoire, comme de la matière à disséquer en se pinçant le nez au journal de vingt heures. Dans les expressions d'étonnement et de surprise de ce 9 novembre, certains s'aperçoivent bien tardivement que pour réunir un tel vote massif Trump est parvenu à séduire des classes sociales qu'ils n'imaginaient pas sensibles à son discours : cadres moyens, supérieurs, aisés, habitant dans les métropoles, emplois stables et bien rémunérés... Myopie, encore une fois.

Prise au dépourvu par un vote que nous ne pouvions pas imaginer il y a quelques mois encore, seulement en fantasme, la presse dans le halo général qu'elle alimente, doit revenir à plus d'humilité. Elle doit reconnaître qu'elle n'a pas suffisamment identifié, révélé et expliqué les réalités du terrain, les causes de cette montée du populisme. Nous traversons une période qui n'est pas sans rappeler des moments sombres où, au même titre que le dérèglement général de l'économie et l'apparition de discours populistes, l'inopérance du système médiatique n'a fait que précipiter nos sociétés dans le chaos.

L'opinion a toutes les raisons de demander des comptes à ses médias. Nous sommes nés dans un pays libre, qui nous a toujours donné la liberté d'informer et de s'exprimer. Que faisons nous de ce beau capital dont vous avez hérité ? Trop souvent on continue, sous couvert d'informer, de plastronner, de choisir un bon mot plutôt que de traduire une réalité, de se délivrer entre soi des brevets d'impertinence voire de moralité là où on se contenterait d'une traduction modeste mais rigoureuse des faits.

La démocratie, l'opinion ont besoin de sagacité, pas de vantardise. Analyser les faits, traduire les réalités, reporter, voilà un métier déjà terriblement difficile à faire. Beaucoup y parviennent avec modestie et rigueur. C'est leur exemple qu'il faut suivre.

Michael Moore avait tout juste (et sa tribune de juillet est largement repartagée)



"Cinq raisons pour lesquelles Trump va gagner". Le 23 juillet 2016, le réalisateur Michael Moore jouait les oiseaux de mauvais augure sur l'édition américaine du Huffington Post. Et il a vu juste. Si juste que son billet, également publié sur Le HuffPost en français, se trouve être l'un des articles les plus lus et partagés de notre site d'information en cette matinée de résultats des élections présidentielles américaines.

Ce point de vue brille d'autant plus qu'il tranche complètement avec l'énorme majorité des sondages qui donnaient Trump largement perdant. "Ce clown à temps partiel et sociopathe à temps plein va devenir notre prochain président", prédisait le cinéaste qui rêvait pourtant de se tromper. Il y a trois mois déjà, le réalisateur de "Bowling for Columbine" appelait les analystes et le public à "sortir de leur bulle pour faire face à la réalité" et à arrêter de se cacher derrière les statistiques et la logique.

Ce discours réaliste s'accompagnait de cinq points d'analyse. Du Brexit à l'impopularité d'Hillary Clinton, en passant par "la colère des hommes blancs", tout semble donner raison au réalisateur ce mercredi.

C'est sans doute la justesse des prédictions de Michael Moore qui fait que cette analyse est lue et partagée des milliers de fois à partir de notre site. L'explosion du nombre de vues de cet article est tout simplement spectaculaire.

L'analyse la plus lue

Entre le 8 et le 9 novembre, Le HuffPost enregistre une augmentation du trafic de 9118% sur cette seule tribune. Chaque minute, cet article est lu plusieurs centaines de fois et sa courbe d'audience ne cesse de croître.



L'essentiel des lecteurs de l'analyse de Moore provient de Facebook (83% exactement). "Chronique d'un séisme annoncé", écrit un internaute en partageant cette tribune. "Ce qui vient de se passer n'est pas vraiment une surprise", argumente un autre lecteur relayant l'analyse. D'autres copient-collent tout simplement le blog du cinéaste sur leurs comptes, également dans le but de dire "on savait".

Peut-être dans quelques mois se tournera-t-on à nouveau vers Michael Moore pour se remémorer sa réaction à l'annonce des résultats de cette présidentielle américaine 2016. Qu'en a-t-il dit?

"Quelle que soit l'issue, c'est ainsi que tout a commencé."

Egger Ph.