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lundi 3 avril 2017

«Le trafic de viande, plus rentable que la drogue»




Le conseiller national Marcel Dettling (UDC/SZ) demande davantage de contrôles aux frontières. Afin de lutter contre l'immigration? Non, pour lutter contre la contrebande de viande, comme le raconte la Luzerner Zeitung dans son édition du 3 avril.

La Suisse romande est particulièrement touchée depuis ces dernières années, déplore Jacques Folly, délégué au commerce du Canton de Genève. «La contrebande de viande est plus rentable que le trafic de drogues», souligne-t-il, puisqu'on peut se procurer à l'étranger un kilo de viande de boeuf au quart de son prix en Suisse.

Toujours plus de saisies

Bernard Menuz, président du Conseil Romand de la Boucherie, relève que les «pertes sont massives dans la branche, les enseignes ferment les unes après les autres et nous peinons à recruter des apprentis». Genève sait qu'il fait figure d'Eldorado pour les contrebandiers avec ses 110 kilomètres de frontières avec la France. Et trois points de passage surveillés sur un total de 34.

C'est d'ailleurs l'arrestation en janvier à Morgins (VS) d'un contrebandier qui avait réussi à écouler 68 tonnes de viandes en quinze ans qui a fait bondir Marcel Dettling, lui-même producteur de viande de veau. «Je suis convaincu que ce n'est que la pointe de l'iceberg.»

Les chiffres lui donnent raison puisque l'Administration fédérale des douanes (AFD) a saisi en 2016 près de 202 tonnes contre 90 tonnes en 2015. Et on parle de morceaux nobles, les saucisses et autres cervelas n'étant pas assez rentables.

Peines plus sévères exigées

Ces activités représentent une concurrence déloyale pour la branche et un manque à gagner de plusieurs millions pour la Confédération en termes de TVA et de frais de douanes. Marcel Dettling demande donc dans une motion déposée lors de la session de printemps que les amendes et peines de prisons soient alourdies.

Il demande également d'augmenter la présence du Corps des Gardes-frontières pour lutter contre ce trafic. Les contribuables n'auront pas à supporter ces nouveaux coûts, assure-t-il, car «ce sera l'augmentation des amendes qui financera ces emplois.»

Ces hausses des contrôles aux frontières ne pourront également que rendre plus attractive la filière de la viande. Sa motion est soutenue par 22 confrères, principalement des partis bourgeois.

Risques sanitaires

L'Union Professionnelle Suisse de la Viande (UPSV) applaudit des deux mains. «Il faut absolument des peines plus sévères et des contrôles plus pointus aux frontières pour faire respecter les lois et combattre la contrebande de viande», estime son directeur Ruedi Hadorn.

Une lutte d'autant plus indispensable que les contrebandiers ne respectent pas les normes sanitaires, comme la chaîne du froid. «La sécurité alimentaire n'est pas garantie.». La branche réclame donc des mesures, elle qui doit déjà lutter contre le tourisme d'achat et le franc fort.

Genève en première ligne

A Genève, Pierre Maudet (PLR) entend prendre le taureau par les cornes. Le Conseiller d'Etat chargé du département de la sécurité et de l'économie (DSE) demande depuis des années à Berne l'envoi de nouveaux gardes-frontières à Genève, mais sans succès.

Aux yeux du Conseil fédéral, le phénomène de la contrebande est minime par rapport au 113'023 tonnes de viandes importées légalement, a-t-il rappelé dans une prise de position en janvier. Quant au code pénal, il est jugé suffisamment dissuasif pour les contrebandiers.