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jeudi 22 juin 2017

La Suisse, dernier bastion des frais d’itinérance



Les Européens en voyage qui ont l’intention d’utiliser leur téléphone portable en Suisse pourraient vouloir reconsidérer leur décision – et commencer à diffuser un hashtag comme #DontCallMeInSwitzerland («ne m’appelez pas en Suisse»).

Depuis une semaine maintenant, les 28 pays de l’UE et ceux de l’Espace Économique Européen (Islande, Liechtenstein et Norvège) ont supprimé les frais d’itinérance («roaming» en bon français) pour les téléphones mobiles. En vertu des nouvelles règles, les utilisateurs de ces pays peuvent donc partout téléphoner, surfer sur internet ou envoyer des messages «comme à la maison».

La Suisse, qui n’est membre ni de l’UE ni de l’EEE, ne participe pas à cet accord. Les utilisateurs de mobile helvétiques, comme les voyageurs européens qui passent par la Suisse se voient donc encore facturer des frais d’itinérance. Voici en bref ce qu’il faut savoir:

Comment on en est arrivé là

De nombreux Européens avaient l’habitude d’éteindre leurs téléphones portables quand ils étaient en voyage. Il y a plus de dix ans, la Commission européenne a commencé à travailler sur la réduction des frais d’itinérance pour le consommateur. En 2013, elle a proposé la réglementation qui supprime ces frais, finalement entrée en vigueur le 15 juin 2017.

Les Suisses payaient bien plus que leurs voisins européens pour utiliser leur mobile à l’étranger. Déjà avant la décision de les abolir, les pays de l’UE avaient adopté des plafonds contraignants pour les prix de l’itinérance entre opérateurs. Depuis 2009, ces prix ont baissé constamment, de 49 centimes à la minute pour les appels et de 1 euro par mégabit pour les données, jusqu’à zéro aujourd’hui.

Rien de cela en Suisse. En moyenne, en 2015, un client de téléphonie mobile helvétique qui recevait un appel alors qu’il se trouvait ailleurs en Europe payait environ 25 centimes par minute s’il avait un contrat et même 50 centimes avec un système à prépaiement, selon les données de l’Office fédéral de la communication. A noter par contre que le coût des transferts de données en itinérance a lui considérablement baissé, de son maximum de 4 francs 50 par méga en 2010 à 10 centimes en moyenne par méga en 2015, taxes non comprises.

Les opérateurs suisses Swisscom, Salt (nouveau nom d’Orange suisse) et Sunrise, qui dominent le marché, ont gagné des centaines de millions de francs par année avec ces frais d’itinérance facturés aux clients qui utilisent leur mobile hors du pays.

Les choses bougent quand même

Pour anticiper la réglementation européenne, Swisscom a baissé dès avril ses tarifs d’itinérance internationale dans une mesure qui, dit l’opérateur, «les place dans certains cas plus bas que les prix des opérateurs européens». Swisscom a également placé 26 pays en zone tarifaire bon marché, où, dit-il, ses prix sont jusqu’à 80% plus bas pour certaines destinations.

Mais le géant suisse n’est pas le seul. Ainsi, le Britannique Vodafone, deuxième opérateur mondial, a carrément laissé tomber les frais d’itinérance dans 40 pays, dont la Suisse.

A Berne, deux interventions parlementaires contre les frais d’itinérance ont été déposées à la dernière session.

Mais dans le débat politique sur le plafonnement des tarifs téléphoniques, les élus pourraient ne pas aimer l’idée de poser des limites à ce que les opérateurs téléphoniques peuvent offrir à leurs clients dans un contrat.

En attendant, les experts conseillent aux gens qui voyagent d’Allemagne en Italie de désactiver l’itinérance des données quand ils traversent la Suisse. En hiver, ceci pourrait désavantager le pays comme destination touristique, si les skieurs sur les pistes françaises ou autrichiennes peuvent téléphoner, poster et surfer sans frais supplémentaires. De plus, les touristes suisses sur les plages d’Europe pourraient se sentir discriminés s’ils ne peuvent pas passer des appels illimités ou partager autant de photos qu’ils le veulent.

Obstacles législatifs

Stephan Netzle, président de la Commission fédérale de la Communication (ComCom), doute que les prix de l’itinérance baissent en Suisse. Dans une interview au quotidien zurichois «Tages-Anzeiger», il a dit la semaine dernière ne voir aucune raison pour que l’UE exclue la Suisse du système «comme à la maison»

«Les citoyens de l’UE auraient intérêt à pouvoir téléphoner meilleur marché quand ils sont en vacances en Suisse, estime Stephan Netzle. L’itinérance n’est qu’un des nombreux dossiers sur lesquels nous voulons négocier avec l’UE. Ce n’est pas la première priorité».

Mais les opérateurs européens ont fait de la résistance, explique le président de la ComCom, car «ils ont un intérêt à pouvoir encore faire payer les opérateurs suisses si des clients [suisses] utilisent leur réseau [européen]».

John Heilprin