Chu de che / Je suis d'ici / Sono di qui / Ich bin von hier !

dimanche 30 septembre 2018

La chevalière et sa signification


Traditionnellement réservée aux descendants en ligne agnatique d'une famille noble ou à des personnes non nobles portant des armes depuis longtemps, l'érosion des règles sociales a mené de nombreuses personnes à porter une chevalière armoriée. L'association entre port de la chevalière et lignage est ancienne ; l'anneau d'or était déjà le signe distinctif de l'ordre équestre dans la Rome antique. Ce lien persiste aujourd'hui dans l'imaginaire, entre le port de la chevalière et l'appartenance à un certain milieu, authentique ou prétendue. Au Moyen Âge déjà l'anneau se portait à l'annulaire gauche en signe de distinction pour rappeler l'engagement du chevalier. Ce n'est qu'au XIXe siècle que les cachets armoriés portés à la ceinture sont remplacés par la chevalière



Les armoiries des familles nobles y sont représentées et sont « timbrées », c'est-à-dire surmontées :

soit d'une couronne si la famille possède un titre de noblesse ;
soit d'un heaume, symbole de la chevalerie, pour celles qui ne possèdent pas de titre de noblesse mais dont les origines sont nobles.
soit d'un manteau pour les princes, pairs et souverain.
soit de simples lambrequins pour une décoration non-noble.

La chevalière est une bague à large plateau (qui est généralement en or 18k) sur lequel sont gravées des initiales ou des armoiries. Également appelée anneau sigillaire (du latin « sigillum », sceau), c'est l'un des rares bijoux qui a eu une fonction d'utilité pratique, puisqu'il servait de preuve d'identification, comme les signatures digitales d'aujourd'hui, afin de signer d'un sceau de cire les lettres et actes juridiques (mariage, héritage...).

Ainsi, on a retrouvé des chevalières dans les tombes des pharaons et autres hauts dignitaires de l’Egypte ancienne. Uniques, elles portaient alors des symboles liés à la nature et aux dieux.

Vers le 6e siècle avant JC, la chevalière affichait, chez les Grecs et les Romains notamment, des symboles de pouvoir. Au Moyen-Age, femmes et hommes en portaient. Elle permettait de « signer » d’un sceau de cire un document officiel. Elle marquait alors l’autorité de celui qui la portait.

Avec l’alphabétisation de la société, la chevalière a peu à peu perdu de son utilité. Elle a alors adopté une image symbolique et identitaire. Après être tombée en désuétude au cours du XVIIe siècle, elle revient à la mode à la fin de ce même siècle. C’est alors que les nouveaux nobles ont leurs propres cachets et les plus fortunés, le blason de leur famille. Ces chevalières héraldiques (avec blason) ont encore cours aujourd’hui même si elles peuvent également n’être qu’esthétiques.

La chevalière est empreinte de toute une symbolique sociale et culturelle. En effet, cette dernière peut marquer l'appartenance, réelle ou voulue, à la noblesse ou a l'identification personnelle et réfléchie au sein de l'Héraldique. Mais porter une chevalière peut être simplement esthétique,ou révéler une passion pour l'histoire, une époque, ou une volonté de se réclamer d'un attachement à certaines valeurs et traditions familiales.

Souvent stigmatisé par certains milieux antiroyalistes et anticléricaux, le port d'une chevalière n'est pas forcément rattaché à la prétention d'une ascendance noble, et encore moins à l'image et aux idées prêtées à cette classe. Les possesseurs d'armoiries portent d'ailleurs souvent les armes de leurs familles par fierté et tradition, sans y attacher de quelconques idées politiques.

A quel doigt porter sa chevalière

Si le port de la chevalière répond à l'esthétisme et à la mode de nos jours, des règles précises régissaient le port des chevalières pour les nobles au cours du Moyen Âge.

Le port de la chevalière change selon les pays, le sexe et l'époque.

Voici comment vous y retrouvez, en commençant par une révision des doigt de votre main :)



À l'époque contemporaine, la chevalière (armoriée) est portée en France par les hommes la plupart du temps à l'annulaire de la main gauche (avec l'alliance s'ils sont mariés), contrairement à l'usage dans d'autres pays européens où elle est plutôt portée à l'auriculaire (en Grande-Bretagne toujours, parfois aussi en Suisse ou en Belgique).

La chevalière peut être portée de deux façons selon que vous soyez marié ou non:

En baise-main: le motif gravé de la chevalière est tourné vers l'ongle, signe que la personne est libre
En bataille: le motif gravé est tourné vers le porteur, signe que vous êtes en couple

En bataille
(Motif tourné vers le porteur = en couple)



En baise-main
(Motif tourné vers l'ongle = cœur à prendre)




Il en existe plusieurs modèles : ovale, tonneau, ronde, carrée, losange (forme réservée à l'usage des dames), etc.

Les armoiries des familles y sont représentées, pour les familles nobles elles peuvent être « timbrées », c'est-à-dire surmontées :
soit d'une couronne si la famille possède un titre de noblesse régulier ou de courtoisie (la forme de ces couronnes varie en fonction du titre porté ; les couronnes de vidame et de chevalier ne sont plus utilisées) ;
soit d’un heaume (casque avec ou sans lambrequins) d'écuyer, symbole de la chevalerie, pour celles qui ne possèdent pas de titre de noblesse (néanmoins beaucoup d'entre elles ajoutent aujourd'hui une couronne à leurs armes).


En France, toute personne peut porter une chevalière. Il est de tradition que les descendants en ligne agnatique d'une famille noble portent une chevalière armoriée, mais les armoiries n'étant pas signe de noblesse, ce port n'est pas réservé aux nobles. Ainsi toute personne, qu'elle descende ou non d'une famille noble, peut porter une chevalière armoriée. En principe également seuls les descendants en ligne agnatique d'une famille noble peuvent porter des armoiries timbrées mais cette règle n'est pas respectée.

La tradition veut que les hommes portent la chevalière à l'auriculaire droit, exception faite du « chef de nom et d'armes » – c'est-à-dire l'aîné – de la famille, qui la porte à l'annulaire gauche, avec l'alliance. Quant aux femmes, la chevalière est généralement portée à l'auriculaire droit.

Les descendants de nobles ou de titrés du Premier empire se sont rendus à ces usages et ne timbrent plus leurs armes de toques napoléoniennes.

A contrario, certains chefs de famille, généralement d'ancienne extraction, préfèrent timbrer leurs armes d'un heaume dont la position et le nombre de barreaux de la visière indique le titre ou le rang du titulaire), en effet, tous les membres masculins de la noblesse, titrés ou non, sont ipso facto écuyers ; cette qualité ne se porte donc plus.

D'après les codes traditionnels, les armes sur les chevalières des membres de familles nobles sont représentées différemment. Pour les hommes nobles, mariés ou non, elles sont dans un écu. Pour les femmes non mariées, les armes sont dans un losange. Pour les femmes sans noblesse mariées à un homme noble, les armes sont celles du mari, dans un ovale. Pour les femmes nobles, mariées à un noble, les deux armes sont dans deux ovales côte à côte.

Cependant, ce code n'est pas respecté à la lettre dans la société moderne française et il est courant de voir la chevalière à l'annulaire gauche de nombreux hommes.

En Angleterre, la chevalière (signet ring) porte souvent la représentation du cimier (crest) au lieu de l'écu. La chevalière est généralement portée à l'auriculaire gauche.

En Belgique, la tradition veut qu’il n’y ait pas de différence entre les femmes et les hommes pour le port de la chevalière. Hommes et femmes porteurs du nom de famille portent la chevalière à l’auriculaire gauche. L'annulaire y est destiné exclusivement au port de l'alliance.

En Suisse, tous citoyens peuvent porter leurs armoiries surmontées d'un heaume. La chevalière est habituellement portée à l'annulaire gauche. Elle se porte aussi à l'auriculaire droit dans des cas beaucoup plus rares.



Comme on le voit, le port de la chevalière dans la noblesse se fait essentiellement au petit doigt (sauf pour les aînés de fratries), car la chevalière servant historiquement à sceller les documents, il était plus pratique de la porter à ce doigt.

Aujourd'hui, hors noblesse, chacun est libre de la porter au doigt de son choix.





Egger Ph.