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mercredi 24 octobre 2018

L'affaire Khashoggi ou le bal des hypocrites



Quand les Saoudiens et leurs alliés ont bombardé un bus scolaire au Yémen il y a deux mois, tuant 29 enfants, personne n’a songé à boycotter l’Arabie saoudite. Tant d'autres missiles sont tombés sur des écoles ou des hôpitaux depuis le début de cette guerre en 2015. Chaque cas est finalement présenté comme une bavure inhérente à la guerre que livre la coalition contre les chiites du Yemen.

La vie du journaliste Jamal Khashoggi est-elle plus précieuse que celle des dizaines d'enfants morts dans la poussière et l'indifférence ? Il y a un malaise certain à voir le président turc Recep Erdogan vouloir faire toute la lumière sur la mort du journaliste, alors que lui a fait emprisonner une quantité incroyable de chroniqueurs depuis le coup d'Etat de juillet 2016, dont plusieurs, condamnés à la prison à vie, meurent à petit feu. Et, franchement, qui des Américains, des Français, des Russes, des Anglais ou des Chinois ne pratiquent pas de temps à autre l'élimination discrète ?

Le problème dans cette affaire, c’est l’amateurisme des Saoudiens. Comment ont-ils pu monter une opération aussi désastreuse, aussi visible pour supprimer un opposant avec une équipée de quinze barbouzes ? Voilà qui est révélateur du sans-gène du prince de Riyad qui ne respecte aucun usage. Quand il débourse des milliards autour du monde pour s'acheter des armes qui tuent sans discernement, il le fait bien. Tuer un journaliste de cette manière, alors là, c'est inacceptable...

L'émotion passée, l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi sera aussi considérée comme une bavure, une bavure volontaire dirons-nous, mais traitée comme telle. Certains paieront de leur vie ce crime, mais pas le prince de Ryad, le meilleur client de la planète en matière de bombes en tout genre.

Cette affaire aura montré à quel point l'Arabie Saoudite est vitale aux économies de l'armement. Donald Trump a parlé de contrats d'achats de 110 milliards de dollars et de 600 000 emplois... Tout le monde vend des armes à Ryad. Entre 2001 et 2015, les firmes européennes y ont exportés pour 57 milliards d'euros. En 2016, la France en a vendu pour plus d'un milliard. L'Arabie saoudite achète à tout le monde: à la Chine, à la Russie ou au Brésil.

Jamal Kaschoggi sera vengé, en partie, mais le business ne va pas s'arrêter pour autant. Ueli Maurer peut déjà réserver son avion vers Riyad pour l'année prochaine. La realpolitik va rapidement faire oublier la triste fin d'un journaliste. Dans une interview récente, l'économiste Riccardo Petrella parle très crûment de cette funeste dépendance de l'économie mondiale: «On fait la guerre parce que c'est rentable. Et vous n'aurez aucun dirigeant actuel du monde qui l'arrêtera.»

Egger Ph.