Ce 1er avril, à l’Umwelt Arena de Spreitenbach (AG), près de Zurich, BYD a décidé d’en mettre plein la vue «à la chinoise». Un sens du spectacle qui vaut bien celui d’Elon Musk, patron du concurrent Tesla, désormais relégué en deuxième place depuis que BYD est devenu, l’an dernier, numéro un mondial des véhicules électriques.
Arrivées à l’Arena, ma collègue et moi entrons dans un vaste hall teinté de lumière bleue et de musique de podiums, où nous rencontrons nos collègues alémaniques au milieu d’une foule de journalistes, mais aussi de jeunes influenceurs stylés et de marketeurs lifestyle, qui se bousculent pour découvrir les modèles exposés de BYD, dont la YangWang, un massif SUV de luxe. Il flotte comme un air de Tesla des débuts.
L’évènement se veut 0 carbone, pour symboliser l’accent mis par la marque sur la transition énergétique. En outre, les deux principales dirigeantes sur place sont des femmes. L’ambiance a de quoi parler aux nostalgiques de l’ère californienne progressiste, à laquelle le patron de Tesla a fait beaucoup de dégâts, s’aliénant une partie de ses clients. En 2024, les achats de véhicules électriques étaient en baisse de 10% sur le marché suisse.
«La Suisse est un marché premium»
Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour conquérir la Suisse, BYD a sorti le grand jeu. Déploiement de sa gamme de voitures électriques et hybrides premium, exposition de ses moteurs high-tech, présentation, par ses cadres, de ses innovations sur écran géant. Effet «waouh» garanti. Comme pour les BYD de course, vrombissant sur un circuit, le tout en conduite autonome et avec contrôle précis. Ou le drone BYD incorporé à la voiture, qu’on peut libérer pour prendre des photos en roulant. Ou encore le «smart parking» autopiloté. Applaudissements du public après chaque démonstration. Sans compter le fameux superchargeur à 1000 volts qu’annonce BYD, et qui confère 400km d’autonomie en 5 minutes. Mais aussi, la capacité d’autonomie du modèle hybride, qui atteint 1080 km.
Pour aujourd’hui, la vice-présidente pour l’Europe et l’Amérique du Nord, Stella Li, ne parlera pas des modèles bon marché de BYD, ceux qui, ailleurs dans le monde, ont incontestablement permis au groupe de conquérir la place de numéro un. «La Suisse est un marché premium», nous dit-elle. Elle met donc l’accent, en interview, sur les modèles haut de gamme de la marque, qui s’achètent entre 42'000 et 60'000 francs, soulignant qu’ils ne sont pas moins chers que leurs équivalents chez Tesla. C’est bien cette stratégie premium que suivra la marque pour l’instant en Suisse.
Amour de l’innovation et de la belle technologie
Nous testons pendant une petite heure l’un de ces modèles luxueux, le SUV Sealion, dans les rues de Spreitenbach. Le véhicule 100% électrique, qui se compare au Tesla Model Y, s’achète entre 50'000 et 60’000 francs, un prix compétitif et offre 456 km d’autonomie, ce qui est raisonnable mais inférieur à Tesla. Son design élégant, sa conduite feutrée, son écran intuitif et son intérieur spacieux en font une valeur sûre. BYD ne semble pas vouloir concurrencer Tesla en maximisant l’autonomie pour l’instant. L’approche est plus pragmatique. «L’autonomie actuelle est jugée suffisante pour les besoins des consommateurs d’ici.»
Surtout, Stella Li mise sur les «valeurs communes» que partagent BYD et le consommateur suisse: l’amour de l’innovation et de la belle technologie, ainsi que le souci écologique. «La Suisse est un partenaire idéal», disent les représentants de la marque. «Les clients suisses cherchent de nouveaux véhicules électriques qui offrent des valeurs authentiques. BYD est parfaitement positionnée pour revitaliser la demande en Suisse.» En creux de ce goodwill exprimé, c’est tout le badwill laissé par l’impopularité de l’idéologie du patron de Tesla auprès de ses clients de la première heure qui est ici visé.
Recharge ultrarapide «d’ici quelques années»
Il sera difficile ces prochains mois d’ignorer BYD en Suisse. Stella Li annonce que, «tous les 2 mois, la marque introduira un nouveau modèle en Suisse, ce qui totalisera 13 modèles en 2 ans, dont certains seront plus accessibles au niveau du prix». Pour rapprocher la marque du public, une large couverture territoriale sera assurée en termes de concessionnaires, de même qu’une forte présence dans les centres commerciaux, où le public pourra tester les modèles dans un cadre high-tech.
Quant à la possibilité d’accéder à la recharge ultrarapide promise par la marque, ce n’est pas pour tout de suite. BYD comptera pour l’instant sur des partenariats avec d’autres fournisseurs de systèmes de recharge, comme Shell, avant de déployer son propre système ultra-performant «d’ici quelques années».
BYD écrasent Tesla sur ces 5 plans
Leader mondial
Au moment où BYD débarque en Suisse, la marque chinoise cartonne. En 2024, elle a détrôné Tesla pour devenir numéro un mondial, au moment où le géant californien perdait du terrain pour cause d’impopularité croissante de son patron, Elon Musk.
Désormais, BYD vend plus de voitures que Tesla et la coiffe au poteau en termes de chiffre d’affaires, reléguant le groupe de Musk au deuxième rang mondial. L’avantage, pour BYD, étant qu'il est leader du marché chinois, le plus grand marché mondial de l’électrique. D’où un vaste potentiel de ventes et l’opportunité de produire en masse.
Deux fois moins cher
C’est une véritable gifle pour Tesla (et pour la tech américaine). Tout comme le Chinois DeepSeek a récemment créé une IA aussi performante que celle de ChatGPT pour un coût nettement moindre, BYD fait aussi bien que Tesla, pour deux fois moins cher. Le fabricant chinois livre une concurrence agressive à l’international en inondant les marchés de véhicules abordables pour moyens et bas revenus.
Ses modèles d’entrée de gamme, comme le Qin L, se vendent pour environ 17'000 dollars, la moitié de ce que coûte le Modèle 3 de Tesla. Ceci, pour une autonomie de 545 km, contre 634 km pour Tesla, et des possibilités d’autopilote et interfaces digitaux comparables. Autre exemple, la BYD Seal (570 km d'autonomie) est souvent 20 à 30% moins chère qu'une Tesla Model 3 (629 km). Avec de tels prix, l’implantation de BYD en Suisse et en Europe préfigure une conquête rapide du Vieux Continent.
Charge deux fois plus rapide
La concurrence se joue aussi sur le plan technologique. BYD a récemment lancé un nouveau système de charge ultrarapide qui a fait sensation, grâce à une batterie pouvant atteindre jusqu’à 1000 kW à son pic, contre 500 kW pour Tesla.
Cette charge superpuissante permettrait aux voitures, après 5 minutes d’alimentation, de regagner jusqu’à 470 km d’autonomie, ce qui est quatre fois plus rapide que les systèmes les plus performants du marché. Toutefois, ces 470 km seraient en réalité plutôt 260 km, si l’on en croit un article du «Temps», qui rectifie en utilisant le système de mesure en vigueur en Occident. La prouesse n’en reste pas moins grande.
Une des forces de BYD est que le fabricant produit ses propres batteries et maîtrise toute la chaîne de valeur, ce qui n’est pas le cas de Tesla. Ces charges ultrarapides feront leur apparition au cours de ces prochaines années en Europe. Mais rien n’est encore fait. Alors que Tesla possède son propre réseau mondial de Superchargeurs, fiable et bien implanté, BYD mettra du temps à développer son réseau et, dans l’intervalle, dépendra des réseaux publics, souvent plus lents ou moins bien répartis selon les pays.
Sur le plan de l’autonomie, Tesla reste en tête de course. Le Model S Plaid, par exemple, atteint 652 km, ce qui est au-dessus des modèles BYD. Si l’on cherche un bon rapport autonomie/prix, BYD fait mieux.
Gamme plus diversifiée
Une des forces de BYD par rapport à Tesla, qui s’est traduite en succès commercial, est le plus grand choix dans la gamme de véhicules qu’elle offre (berlines, SUV, citadines, utilitaires). BYD propose BYD Seal et Han EV en berlines, BYD Atto 3 et Tang en SUV, et BYD Dolphin en citadines. Mais surtout, elle a une gamme de véhicules hybrides rechargeables, que Tesla n'a pas.
Cette dernière, de son côté, se concentre sur 4 modèles principaux (Model 3, Y, S, X), ainsi que Cybertruck. Une sélectivité qui a néanmoins profité à Tesla, créditée pour ses modèles iconiques et révolutionnaires au niveau du design, alors que BYD se limite à des modèles «grand public».
L’action a plus de potentiel
Du point de vue de l’investisseur, le moment est intéressant. La première chose qui vient à l’esprit est le potentiel de hausse que recèle l’action de BYD en bourse (elle est cotée à Shenzen et à Hong Kong).
En effet, il existe un écart difficile à justifier, désormais, entre la capitalisation très élevée de Tesla, et celle, cinq fois plus petite, de BYD. Tesla vaut encore, même après sa forte correction en bourse, 834 milliards de dollars. Tandis que BYD, bien que plus performante, ne vaut que 165 milliards de dollars.
Les perspectives de croissance de BYD étant plus élevées et son volume d’affaires supérieur, cela devrait se refléter tôt ou tard sur la valeur boursière du groupe. Avec à la clé, pour l'investisseur, des opportunités de hausse du cours. Au cours du seul mois de mars 2025, l'action BYD a reçu 22 recommandations d'achat d'analystes de Wall Street.
Myret Zaki