Les risques sanitaires s’accumulent sur la population blanche
L’espérance de vie des Américains a régressé en 2008, selon un rapport publié vendredi 10 décembre par le Centre national des statistiques de santé aux Etats-Unis (NCHS). La durée moyenne de la vie est de 77,8 ans, soit 1,2 mois de moins qu’en 2007. Une donnée en apparence peu spectaculaire, mais très significative: c’est la première fois qu’un tel recul est constaté depuis 1993. Depuis 1970, l’espérance de vie des Américains augmentait en moyenne de 2,6 mois par an.
L’explication du phénomène tient exclusivement à un accroissement de la mortalité chez les plus de 85 ans. Cette tendance avait été déjà constatée les années précédentes, mais, pour la première fois, elle compense l’augmentation de l’espérance de vie moyenne constatée dans toutes les autres catégories de la population – et ce, jusqu’à inverser la tendance générale.
La forte augmentation de la mortalité dans cette catégorie est d’autant plus frappante que les maladies cardiaques y apparaissent en recul, de même que les décès consécutifs à une attaque cérébrale. Démographes et spécialistes de la santé publique débattent des motifs de ce recul conjoncturel de l’espérance de vie, un phénomène rarissime depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils constatent d’abord que la régression actuelle est pour beaucoup due, selon le rapport, à la progression notoire des décès liés à la maladie d’Alzheimer, aux pneumonies et à la grippe, aux problèmes rénaux ou encore à des questions de pression sanguine. Ensuite, la chute de l’espérance de vie est manifeste parmi les Blancs, contrairement à la population noire où, globalement, elle continue de progresser (tout en restant en moyenne inférieure de huit années à celle des Blancs).
Au 51e rang mondial
A partir de ces deux constats, la tentation est grande de lier le recul conjoncturel de l’espérance de vie à l’émergence de la crise économique. Cette dernière, en augmentant fortement la part marginale des coûts de la santé dans les revenus (eux-mêmes en baisse), a tiré vers le bas de larges pans des classes moyennes paupérisées qui se sont retrouvées moins bien protégées. Parmi les spécialistes, un consensus est apparu pour estimer que, dans un proche avenir, l’accroissement annoncé de l’obésité, avec ses conséquences en termes de diabète et de problèmes cardiaques, constituera un facteur de risque important dans le sens d’une réduction de la durée de la vie aux Etats-Unis, si aucune politique prophylactique d’envergure n’est engagée.
Reste une donnée structurelle marquante: selon les chiffres les plus récents (2009) du World Population Data Sheet, publié à Washington par le Population Reference Bureau, les Etats-Unis n’apparaissent qu’en 51e position dans le monde pour l’espérance de vie à la naissance (la Suisse est 2e, derrière le Japon). Hommes et femmes confondus, un Américain vit environ un an de moins qu’un Chilien ou un Slovène, deux de moins qu’un Costaricain ou un Grec, trois de moins qu’un Canadien ou un Singapourien, quatre de moins qu’un Suédois, un Australien ou un Français, et cinq ans de moins qu’un Japonais.
Sylvain Cypel