Chu de che / Je suis d'ici / Sono di qui / Ich bin von hier ! Notre liberté ne nous a pas été donnée, mais combattue et priée par nos ancêtres plus d'une fois! Aujourd'hui, comme autrefois, notre existence en tant que peuple libre dépend du fait que nous nous battions pour cela chaque jour. Restez inébranlable et soyez un gardien de la patrie pour que nous puissions remettre une Suisse libre telle que nous la connaissions à la génération suivante. Nous n'avons qu'une seule patrie!

mercredi 4 septembre 2013

Berthoud conseille Estavayer


Isabelle Emmenegger, directrice d’Estavayer 2016, Albert Bachmann, président d’organisation, et toute leur équipe ont sillonné le site de Berthoud les yeux grands ouverts. © Alain Wicht/La Liberté

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La Fête fédérale de lutte 2013
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Les organisateurs de la manifestation qui se déroulera en 2016 dans la Broye ont pris la température, le week-end dernier dans l’Emmental. Leur défi est énorme face au gigantisme de cette manifestation.

Alors que le roi de Frauenfeld 2010, Kilian Wenger, mordait la sciure samedi sur le coup de 11h10 à Berthoud et perdait ainsi toutes ses illusions de récidiver, les organisateurs emmentalois rencontraient leurs successeurs d’Estavayer-le-Lac à une centaine de mètres de l’arène. En contact depuis de longs mois, les deux équipes dirigeantes se sont retrouvées au cœur de la fête, tous impressionnés par le gigantisme de celle-ci. Albert Bachmann, le président du CO broyard, aurait même eu un coup de chaud en constatant l’affluence dans les rues de la cité emmentaloise, le vendredi, pour le cortège d’ouverture.

«Surpris par l’affluence»

La popularité de l’événement mis sur pied tous les trois ans ne cesse de croître. Il faut même la vivre pour s’en rendre réellement compte. Les organisateurs de Berthoud ont annoncé une affluence globale de près de 300'000 personnes, alors qu’elle était de 250'000 personnes lors de la précédente édition, à Frauenfeld. Les chiffres d’audience de la chaîne de télévision alémanique SF1, qui a assuré un direct durant tout le week-end, sont également impressionnants avec 992'000 personnes pour la passe finale du dimanche en fin d’après-midi et la victoire de Matthias Sempach sur Christian Stucki. Ils sont nettement et logiquement inférieurs pour la RTS avec un pic à 33'000 télespectateurs pour la 8e passe (entre 15h20 et 16h42) et une diminution à 30'000 pour la finale.

«Nous avons été absolument surpris par l’affluence sur place», avoue Andreas Aebi, le président du CO bernois. «A plusieurs reprises durant les préparatifs et la construction du site, je me demandais comment nous allions remplir tous ces espaces (70 hectares, ndlr)… Dès le début de la manifestation, toutes ces questions n’avaient plus lieu d’être. Et si on nous demande de recommencer, je dis oui sans hésiter!»

Les responsables des différents départements du comité d’organisation bernois ont distillé leurs conseils à leurs homologues fribourgeois qui vont s’inspirer de ce qu’ils ont vu à Berthoud le week-end écoulé, comme de ce qu’il reste de Frauenfeld 2010. «Mais ils vont organiser une fête pour Estavayer», insiste Andreas Aebi. «Albert Bachmann, que je connais depuis trente ans, est assez intelligent, avec son équipe, pour relever le défi. De mon côté, j’ai pu compter sur des personnes qui dirigent tous une entreprise et c’était important.» Soixante à septante personnes sont déjà concernées par l’organisation de la Fête fédérale 2016 à Estavayer-le-Lac et sur le site de l’aérodrome de Payerne.

«Les pieds sur terre»

«Nous avons pu nous rendre compte qu’il faudra être au point le jour J», réalise Albert Bachmann, le président du CO broyard. «Nous sommes conscients qu’il s’agit de la plus grande fête existant en Suisse. C’est tout simplement immense. En Suisse romande et dans le canton de Fribourg en particulier, personne n’a vraiment conscience de ce qui nous attend les 27 et 28 août 2016. Pour nous, il s’agit désormais de garder les pieds sur terre tout en continuant à travailler.»

L’ambiance d’une Fête fédérale est indescriptible. Tout le monde se côtoie. Alors que les soucis de sécurité prédominent dans le football ou dans le hockey, ils sont inexistants autour de l’arène aux 52'013 places. Devant les escaliers menant aux gradins, les surveillants s’occupent en montrant leur place aux visiteurs ou en leur indiquant les toilettes les plus proches. I

Patricia Morand 


Le roi et son passé fribourgeois

Matthias Sempach, vainqueur de la Fête fédérale de Berthoud:une «tronche» qui a toujours su ce qu’elle voulait. Keystone

Né en Emmental il y a 27 ans, Matthias Sempach a effectué son apprentissage agricole chez deux éleveurs de Villarsel-sur-Marly et Barberêche. Retour sur le passé fribourgeois du nouveau roi de la lutte.

«Il faisait vingt kilos de moins mais il m’a bien cassé quelques fourches.» Pour l’avoir accueilli dans sa ferme de Barberêche, Jacques Rouiller, aujourd’hui basé à Illens, connaît bien Matthias Sempach (27 ans), le nouveau roi de la lutte. Car avant de coiffer la plus belle des couronnes, avant même de goûter à la gloire fédérale, le colosse emmentalois (1m95 pour quelque 110kg) caressait un rêve beaucoup plus terre à terre: il voulait devenir agriculteur, un métier, presque une vocation, que faute de domaine il n’a jamais – ou pas encore – pu exercer. «Il aimait le bétail et notamment les vaches de race Holstein, les noir et blanc.

D’ailleurs, on a eu passablement de discussions sur le sujet car je n’élevais que des rouges», se souvient Dominique Gendre, chez qui Matthias Sempach a effectué sa première année d’apprentissage, à Villarsel-sur-Marly. C’était il y a dix ans. Retour sur le passé fribourgeois de celui qui est devenu du jour au lendemain une véritable idole, de l’autre côté de la Sarine pour le moins.

«Une tronche»

Car depuis sa victoire dimanche lors de la Fête fédérale de Berthoud, Matthias Sempach, qui a battu son ami Christian Stucki en passe finale, a atteint l’objectif de sa vie. Un objectif qu’il visait il y a trois ans déjà, à Frauenfeld. «C’était ce qu’on appelle une «tronche». Il avait un caractère bien trempé et savait ce qu’il voulait. Il avait des convictions fortes et si je devais lui faire une remarque, il valait mieux que je trouve de très bons arguments», rigole Jacques Rouiller, avant d’ajouter: «Mais jamais je n’ai eu de soucis avec lui. Au contraire, c’était un type de confiance, intelligent et qui avait de super bonnes notes à l’école.»

Dominique Gendre, lui, garde l’image d’un «très bon jeune, poli et issu d’une famille soudée.» Et de s’écrier: «Nom de bleu, ce qu’il pouvait être gentil et doux avec les animaux! Il s’est acclimaté sans problèmes et a très vite appris le français, avec mes enfants.»

Trois beaux bébés

Si son ego débordant a parfois pu gêner, Matthias Sempach – ou devrait-on plutôt écrire Sempach Matthias, selon les conventions chères aux lutteurs à la culotte? – ne manque pas de qualités ni d’ambition puisque les ronds de sciure faisaient déjà partie de son quotidien. «Il s’entraînait deux fois par semaine. Entre-temps, il allait encore deux ou trois fois au fitness.

Il fallait beaucoup de motivation pour, à 17 ans, consentir à autant de sacrifices.» Et Jacques Rouiller de livrer cette anecdote: «Il n’était pas rare que, lors des week-ends de congé, Christian Stucki et le frère de Matthias, qui étaient eux-aussi dotés d’un gabarit imposant, passent à la maison pour venir le chercher en voiture. Voir ces trois beaux bébés dans ma cuisine, ça me faisait tout drôle.»

Une petite larme

Dix ans sont passés et les deux éleveurs fribourgeois n’ont pas perdu leur ancien apprenti de vue pour autant. Celui-ci vient régulièrement leur rendre visite, histoire de parler du bon vieux temps. Mieux, Jacques Rouiller était dans les tribunes lorsque Matthias Sempach, qu’il a pu féliciter de vive voix, a été porté en triomphe, dimanche peu après 17 h.

Hier, il a même eu le privilège d’assister à la cérémonie qu’avait préparée Alchenstorf en l’honneur de son citoyen désormais le plus illustre (lire aussi ci-après). Du côté de Villarsel-sur-Marly, c’est devant la télévision que la famille Gendre a vibré au parcours parfait de l’Emmentalois. «On était fier, ose Dominique Gendre. Quand Matthias s’est mis à pleurer, j’ai moi-même versé une petite larme.»


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«Un grand crocheur, dévoué à son sport»

C’est lors de son séjour à Villarsel-sur-Marly que Matthias Sempach a coiffé la première de ses 79 couronnes, remportée à la Fête de Morgins en juillet 2003. Facteur à Marly, Guy Clément n’avait pas manqué d’immortaliser ce moment (photo dr). «Je le voyais lors de mes tournées, autour de la ferme des Gendre, et on a sympathisé. Il devait avoir 17 ans, était mince mais déjà très grand», explique le sexagénaire désormais à la retraite. Matthias Sempach concourrait alors sous l’égide du club des lutteurs de Fribourg et environs, où il s’entraînait deux fois par semaine. «On sentait chez lui la volonté, l’ambition d’aller loin. Je ne crois pas l’avoir entendu dire qu’il voulait devenir roi, mais couronné fédéral en tout cas», note Vincent Bapst, un ancien partenaire d’entraînement.

Benoît Kolly aussi a côtoyé «la bête», mais au Mouret. Il garde le souvenir d’un «grand crocheur, entièrement dévoué à son sport. Bien sûr, il avait des prédispositions pour réussir de grandes choses. Mais des très très bons jeunes, il y en a beaucoup. Des jeunes qui remportent la passe finale d’une Fête fédérale, beaucoup moins...» Matthias Sempach n’en a que plus de mérite.



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Alchenstorf fête son héros

ATS

Le village bernois d’Alchenstorf a accueilli en fanfare hier soir le nouveau roi de la lutte suisse. Matthias Sempach n’a pas eu à aller bien loin pour rentrer chez lui. Alchenstorf n’est en effet situé qu’à quelques kilomètres de Berthoud, qui a accueilli la Fête fédérale 2013, le week-end passé. La bourgade de 560 âmes a organisé une fête en l’honneur de l’agriculteur et boucher de 27 ans. Le maire a dit attendre près de 2000 invités et prévu d’accueillir son champion aux sons du yodel et des morceaux de la société de musique populaire de Koppigen. Le coup d’envoi de la manifestation a été donné à 19h, avec un défilé. Ce n’est pas la première fois qu’Alchenstorf accueille un roi de la lutte. Il y a 24 ans, Adrian Käser a remporté la couronne à 18 ans, devenant ainsi le plus jeune roi de lutte suisse de l’histoire.

Le Gouvernement bernois a adressé hier ses chaleureuses félicitations au champion. Il s’est réjoui que le titre de roi de la lutte demeure en mains bernoises pour trois ans supplémentaires. Matthias Sempach ainsi que l’«ensemble de la délégation bernoise, qui a obtenu de très bons résultats et recueilli pas moins de douze couronnes, honorent le canton de Berne», écrit le Conseil exécutif dans son message de félicitations.

Pierre Salinas