Pour ses 30 ans, l’Opéra de Fribourg a passé commande à Dominique Gesseney-Rappo et Christophe Passer.
Dominique Gesseney-Rappo (compositeur), Christophe Passer (librettiste) et Alexandre Emery (directeur artistique) ont créé «Carlotta ou la Vaticane» pour l'Opéra de Fribourg.
«Un bon film, disait Jean Gabin, c’est d’abord une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire. A l’opéra, c’est pareil.» Christophe Passer n’a pas à faire preuve d’immodestie en citant l’acteur français, bien qu’il soit le librettiste de Carlotta ou la Vaticane, opéra en création dès le 31 décembre à Fribourg, car le sujet n’est pas de lui, encore moins du compositeur Dominique Gesseney-Rappo. D’ailleurs, le journaliste du Matin Dimanche n’est pas non plus un connaisseur de l’opéra. C’est cependant le librettiste qui a décidé de braquer le projecteur sur Carlotta. «Pour moi, les grands opéras sont avant tout des portraits de femmes. Carlotta est très proche de Carmen.»
Alexandre Emery, directeur artistique de l’Opéra de Fribourg, est le véritable initiateur de ce projet un peu fou, programmé pour les 30 ans de son institution. «Après une représentation du Medium de Menotti en 2006, Stéphane Sapin, qui s’occupait des surtitres, me parle du terrible fait divers de 1998 au Vatican, qu’il a vécu de l’intérieur comme membre de la Garde suisse. En l’écoutant, je lui ai dit que c’était un formidable sujet d’opéra.» Ce soir de mai, le commandant de la garde, son épouse et un jeune garde sont trouvés morts. Opacité vaticane oblige, on ne saura jamais ce qui s’est vraiment passé.
Emery et Sapin rédigent rapidement un synopsis, qui n’est en aucun cas une explicitation de l’affaire. «Quand on fait une œuvre d’art à partir d’un fait divers, on le dépasse, on en fait une autre histoire, argumente Alexandre Emery, mais c’est aussi une forme de rédemption pour les victimes.» Pure fiction donc, le personnage de Carlotta, amoureuse du jeune garde et qui joue de son ascendant sur les hommes pour séduire le commandant afin d’intercéder en faveur de son amant. Mis en scène par Denis Maillefer, les malentendus, la jalousie et les intrigues conduiront au pire.
Il y a quelque ironie à voir un compositeur vaudois, fils de pasteur, chargé d’écrire la musique de ce drame inscrit au cœur du pouvoir catholique. Mais Dominique Gesseney-Rappo trouve finalement le monde catholique «plus vivant». Il a surtout été séduit par le côté dramatique du sujet, par la cohérence implacable de l’intrigue, par le langage rythmé du livret «qui invitait à la musique. Mais je n’avais jamais écrit d’opéra. Tous mes outils d’écriture habituels ne fonctionnaient plus. J’ai dû tout reprendre de zéro pour bâtir une architecture qui tienne sur deux heures. J’ai aussi travaillé sur les timbres associés aux personnages.» C’est ainsi le hautbois qui dessine Carlotta.
