Le peuple français n’est plus qu’un agrégat de statistiques que les gouvernants dirigent à l’envi.
Les (é)lecteurs de Boulevard Voltaire le savent : la justice est devenue un courant de pensée qui sert les intérêts cachés mais le sont-ils encore ? de celle qui l’administre.
Mais quand cette justice, appuyée par une police devenue politique, devient un outil de vengeance personnelle, la République sombre dans l’anticonstitutionnalité.
Marine Le Pen s’est engagée dans un conflit avec l’animateur Jean-Jacques Bourdin. En cause, l’amalgame douteux et bien peu respectueux qui consiste à dire que le FN n’est qu’un artifice politique au service de l’État islamique. Répondant à cela, madame Le Pen a publié sur Twitter des photos d’exécutions commises par les islamistes, afin d’établir une distinction claire, pour ceux qui en doutaient, entre son mouvement et les fous d’Allah.
Ces photos sont pénibles à regarder car leur atrocité est sans limite. Pourtant, qu’on ne les accuse pas de faire le jeu de Daech. Bien au contraire !
Mais l’indignation sans borne de la classe politique, à jeun depuis quelque temps, avait un impérieux besoin de se rassasier. Quelle volupté, quel délice, donc, que de précipiter sur la présidente du FN tant de reproches, dont la mauvaise foi n’a d’égale que la force avec laquelle ils sont adressés.
Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, personnages d’État, qui devraient s’en tenir au strict gouvernement des ministères qui les concernent, ont fait de ces tweets leurs sujets de travail pour les jours à venir, mobilisant sans vergogne leurs services respectifs.
Mais quel aveuglement ! Quelle dérision ! Quelle abjecte hypocrisie !
Couvrez ce cliché que je ne saurais voir !
En combattant avec acharnement les publications de Marine Le Pen, le Premier ministre imagine-t-il anéantir les islamistes ?
À quel moment de l’Histoire la suppression de l’information d’un danger a-t-elle fait disparaître le danger lui-même ? Quel que soit le résultat de leur combat minable d’ersatz de politiciens, l’État islamique continuera ses exactions, le terrorisme frappera encore notre pays et, accessoirement, le Front national progressera dans les sondages.
Manuel Valls et sa clique sont les coupables de l’indécence qu’ils dénoncent. L’union nationale contre Daech a opéré, sous leurs ordres, une mue fulgurante en union nationale contre le FN.
Et ça marche : les électeurs, ivres de cette politique de bas étage, ont suivi les décisions, ordres et manipulations de ceux qui les font paître. « L’enfant croit au père Noël. L’adulte non. L’adulte ne croit pas au père Noël. Il vote. » (Pierre Desproges)
Dieu, que cette citation humoristique a un quelque chose d’amer en ce mois de décembre 2015 !
Daesh = FN ?
l’islamophobie à front de gnou rend parfois nigaud, la lepénophobie à tête de veau peut rendre plus raide dingue encore. La preuve par Jean-Jacques Bourdin qui, sur RMC, alors qu’il interroge Gilles Kepel, l’un de nos meilleurs islamologues, se risque à un parallèle hasardeux entre le Front national et… Daech.
Tout cela parce que le même Gilles Kepel rappelle que l’un des objectifs de la tuerie du Bataclan consistait aussi, pour Daech, à tenter de dresser Français de souche contre Français de plus fraîche date ; sombre martingale qui, heureusement, n’a pas fonctionné. Mais le concept est manifestement trop subtil pour les quelques neurones du Bourdin en question, l’un des animateurs les plus incultes qui soit. À côté, Danièle Gilbert était un prix Nobel en puissance.
Assez logiquement, Marine Le Pen prend la mouche et envoie sur son compte Twitter des photos d’infortunés décapités et égorgés par Daech, histoire de démontrer, par le poids des mots et le choc des photos, qu’entre FN et EI, il y a quand même de la marge…
Aussitôt, scandale. Manuel Valls, de sa main gauche qui tremble convulsivement, tapote ce tweet : « Monstrueuses photos. Mme Le Pen incendiaire du débat public, faute politique et morale, non-respect des victimes. » Et tant qu’à en rajouter en cette grotesque surenchère, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, aurait saisi « la police de l’affaire », à en croire Le Figaro.
Riposte immédiate de la principale intéressée : « Qu’est-ce que je risquerais à montrer la réalité de ce qu’est Daech, à montrer aux gens qui instrumentalisent Daech pour le comparer au Front national ?
Monsieur Cazeneuve va venir me mettre les menottes pour avoir condamné le fait que certains se permettent de faire un parallèle entre le FN et cette organisation criminelle ? Mais, comme d’habitude, on préfère condamner ceux qui condamnent que ceux qui commettent. » Il est un fait que dans le registre du « padamalgam », les autorité publiques et médiatiques se sont effectivement surpassées. Il est un autre fait que les ministres en question ont d’assez belles tronches de champions du monde…
Alors, ensuite, la question qui tue… Photo ou pas photo ? Montrer l’inmontrable ou ne pas le montrer ? Ça se discute, effectivement. Des militants anti-avortement ont connu quelques soucis judiciaires pour avoir précisément montré cet inmontrable, soit des clichés d’enfants de quelques mois passés au hachoir à légumes et jetés dans les poubelles. C’est vrai que, de visu, c’est à dégueuler, mais c’est aussi, et surtout, la triste vérité.
Dans le même registre morbide et spectaculaire, Le Monde publiait le jour même des photos de cadavres torturés par les soldats de Bachar el-Assad. On ignorait donc que ce quotidien vespéral donné pour être de « référence » luttait lui aussi, côte à côte, avec le Front national pour abattre notre République, notre démocratie, notre humanisme éclairé, nos pieuses Femen et, au passage, notre chère semaine des quatre jeudis.
Nicolas Gauthier
Hubert-Marie de Villèle