Chu de che / Je suis d'ici / Sono di qui / Ich bin von hier ! Notre liberté ne nous a pas été donnée, mais combattue et priée par nos ancêtres plus d'une fois! Aujourd'hui, comme autrefois, notre existence en tant que peuple libre dépend du fait que nous nous battions pour cela chaque jour. Restez inébranlable et soyez un gardien de la patrie pour que nous puissions remettre une Suisse libre telle que nous la connaissions à la génération suivante. Nous n'avons qu'une seule patrie!

dimanche 17 avril 2016

Hollande et Poutine, présidence et démocratie




Puisque notre microcosme politico-médiatique a tendance à réduire la politique à une compétition sportive et le sport à un spectacle, on ne peut éviter de commenter le match à distance qui a opposé François Hollande et Vladimir Poutine cette semaine, le 14 avril. Tous les deux ont, en effet, affronté un direct à la télévision. Les deux présidents qui détiennent le plus de pouvoir en Europe sont allés à la rencontre de leurs peuples respectifs. La comparaison n’est pas à l’avantage de l’hôte de l’Élysée.

Le président russe, lors de sa 14e « Ligne directe », a répondu pendant 3 heures 40 à 80 questions parmi plus de deux millions posées. Avec beaucoup de maîtrise, et non sans humour, il a évoqué les sujets économiques et sociaux qui touchent les Russes et la politique étrangère. La Russie affronte depuis deux ans une récession qui s’explique par la chute des cours du pétrole et par les sanctions économiques que lui imposent les États-Unis et leurs alliés. L’inflation y est élevée, de l’ordre de 12 %. Les prix qui augmentent font croître la pauvreté. Vladimir Poutine, loin de minimiser ces problèmes, a tracé la voie pour les résoudre. Il a, notamment, souligné la croissance du secteur agricole, une mauvaise nouvelle pour notre agriculture. Il a surtout rappelé la faiblesse du chômage, la permanence de l’excédent commercial et l’augmentation des réserves de change. Sur le plan international, on remarquera sa modération, notamment l’hommage rendu à l’honnêteté et au courage d’Obama. Il est vrai qu’on ne gagne rien à attaquer ce qui appartient déjà au passé. En revanche, à la question de savoir qui il sauverait en premier de Porochenko ou d’Erdoğan si, d’aventure, ils se noyaient, sa réponse a été ironique : « Il est difficile de sauver qui a décidé de se noyer. »

Le président Hollande, au ton de plus en plus mal assuré, a paru constamment sur la défensive. Il a multiplié les mensonges, par exemple sur le chômage des jeunes qui serait dans la moyenne européenne alors qu’il lui est de 4 points supérieur. Surtout, il a cherché à faire croire que cela allait mieux en raison de sa politique alors que, de toute évidence, la situation s’améliore davantage dans les autres pays européens qui ont réformé plus tôt et plus fort, et globalement grâce aux fées de la baisse du prix de l’énergie, de celle de l’euro et de la planche à billets européenne qui rend les taux d’intérêt si accommodants. Pas plus que le coq ne fait monter le soleil, notre Président n’est pour grand-chose dans les timides améliorations, et quand il va dans la bonne direction, la gauche lui tombe dessus. Mais le plus grave est ailleurs : François Hollande n’a toujours rien compris à la fonction présidentielle. Non content d’occuper jeudi soir la place du Premier ministre, celle du fusible, il a dû remettre Manuel Valls et Emmanuel Macron à leurs places, les promouvant ainsi en rivaux. Poutine n’a pas rappelé à Medvedev ni à son ministre de l’Économie qui était le président.

On pourrait, bien sûr, mettre les difficultés du Français et les avantages du Russe sur le compte du plus ou moins de démocratie. Malheureusement, cet argument disparaît lorsque le « démocrate » perd le soutien et même l’intérêt du peuple. Le rapport entre gouvernants et gouvernés doit reposer sur la confiance. Lorsque le chef d’État d’une démocratie parlementaire et pluraliste a totalement perdu celle-ci et que ce recul touche l’ensemble des institutions et du personnel politique, c’est justement la démocratie qui est en péril. François Hollande s’est attiré une remarque cinglante et justifiée de Léa Salamé à propos de son total accord revendiqué avec Merkel – le mensonge de trop. Surtout, 3,5 millions de téléspectateurs à peine ont suivi cette émission dont la vedette a déjà quitté la scène pour beaucoup…

Christian Vanneste