Dès le 3 juin, des milliers de foyers français, italiens, allemands et autrichiens ne capteront plus nos chaînes de télévision. La Confédération abandonne la technologie de diffusion numérique terrestre, jugée trop coûteuse. Depuis janvier, un avertissement s’affiche sur les écrans concernés.
En Suisse, on parle de 2% des ménages. Ceux-ci sont invités à s’abonner chez un opérateur ou à opter pour le satellite. Mais les habitants des régions limitrophes n’auront pas cette possibilité. Eux qui bénéficient encore du débordement transfrontalier de nos émetteurs seront orphelins de nos chaînes nationales. Tous? Non. Pas les détenteurs du passeport à croix blanche. Moyennant 120 fr. par an et l’installation d’une parabole, ceux-là pourront obtenir une carte qui décrypte le signal de la SSR. «Il y a discrimination, note un Suisse propriétaire d’une bicoque en Haute-Savoie (F). Les Français qui voudront s’offrir ces chaînes ne le pourront pas. Et pour ma part, il est exclu de payer le satellite. La SSR, je m’en passerai!»
C’est cruel, mais quand elle achète des programmes à des tiers, comme le sport ou les séries, la SSR paie les droits de diffusion pour la Suisse uniquement. «En tant que service public, nous avons négocié une exception pour les Suisses de l’étranger, explique sa porte-parole. Mais élargir cette exception coûterait trop cher.»
À noter que les émissions produites à 100% par la SSR sont souvent visibles partout dans le monde sur son site internet.
En Suisse, l'abandon de la TNT par la SSR aura aussi des effets concrets. Il s'agit du seul moyen de recevoir les chaînes nationales gratuitement (hormis la redevance) et anonymement. «Avec elle, c'est un peu du service public qui s'en va», déplore un retraité morgien. Enfin, pour les foyers qui disposent de deux téléviseurs ou plus, le passage à un câblo-opérateur s'accompagnera de fait d'une augmentation de la facture de leur abonnement.
Une technologie coûteuse qui n'a pas tenu 20 ans
La télévision numérique terrestre (TNT) a été introduite en Suisse entre 2003 et 2008. Elle repose sur un réseau d'émetteurs, qui envoient leurs signaux loin à la ronde. Comme il est techniquement impossible de les stopper à la frontière, de nombreuses régions limitrophes peuvent en bénéficier. Coûteuse et peu utilisée en Suisse, la technologie est lâchée par la SSR, mais elle continuera à être exploitée par le canal régional genevois Léman Bleu. Enfin, les bouquets TNT des pays voisins seront, eux, toujours accessibles chez nous.
Francesco Brienza
