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mercredi 24 juin 2026

Sous la canicule (et une armure de 30 kg), il a parcouru 250 km

 

L'artiste français Abraham Poincheval, en armure médiévale, traverse un passage à niveau lors de son périple 
reliant le Grütli à la ville de Fribourg
Musée d’art et d’histoire de Fribourg


Sous un soleil de plomb, l'artiste français Abraham Poincheval a franchi la porte de Morat, silhouette d’un autre temps surgie au cœur de la ville de Fribourg. L’image avait quelque chose d’irréel, lundi 22 juin, sur les coups de 17h: un homme de 54 ans, enfermé dans plus de 30 kilos d’acier, avançant lentement vers les remparts, comme échappé d’un manuscrit médiéval.

Quelques heures plus tôt, l’artiste performeur français avait quitté Morat pour accomplir l’ultime étape d’un périple de près de 250 kilomètres entamé le 11 juin sur la prairie du Grütli, dans le canton d'Uri. Une marche de douze jours à travers la Suisse, vêtu d’une armure reconstituée du XVe siècle, imaginée par le Musée d’art et d’histoire de Fribourg (MAHF) dans le cadre des commémorations du 550e anniversaire de la bataille de Morat.

L'armure est une réplique datant de la fin du Moyen Âge
Musée d’art et d’histoire de Fribourg



Le Moyen Âge surgit au détour d’un chemin

À ses côtés, Ivan Mariano, directeur du MAHF, a accompagné cette traversée. «Nous voulions faire parler l’histoire autrement, la déplacer hors des vitrines», résume-t-il. Sur les routes, l’apparition de ce chevalier d’aujourd’hui a souvent suspendu le quotidien: des passants interloqués et curieux, des ados fascinés - et demandeurs de selfies.

Parti des hauteurs du lac des Quatre-Cantons le 11 juin, Abraham Poincheval a parcouru environ 250 kilomètres en douze jours pour arriver lundi à Fribourg. Sous une chaleur écrasante, en présence du syndic Elias Moussa et de la conseillère d’Etat Sylvie Bonvin-Sansonnens, le quinquagénaire a déposé un rameau de tilleul.

Avant de s’asseoir pour prendre du repos. «Je sens que ça retombe», a-t-il commenté alors, cité mercredi dans les colonnes du quotidien La Liberté. Passionné d’histoire et de mythologie, le Marseillais né en 1972 s’était déjà signalé en mars 2023, en s’enfermant dans une statue du MAHF, lors d’une exposition de la série Corpus.

Au Palais fédéral

Parmi les moments clés de son périple, il y a eu la visite du Palais fédéral à Berne. Abraham Poincheval, avec son escorte, a aussi vu des lieux emblématiques tels que la chapelle du champ de bataille de Sempach ou le canton de Soleure, entré en même temps que Fribourg dans la Confédération en 1481. De quoi «faire récit avec le paysage».

Documentée, l’errance chevaleresque et artistique du Français sera au cœur d’une exposition prévue à compter du 1er octobre au MAHF. Un film retraçant le parcours d’Abraham Poincheval y sera également diffusé. L’armure, marquée par son voyage helvétique, sera modifiée et deviendra œuvre d’art à son tour.

Des objets et des œuvres illustreront encore certains lieux traversés. Et des thématiques seront approfondies, a décrit Ivan Mariano, directeur du MAHF, qui a accompagné l’artiste marseillais né à Alençon pratiquement tout au long de son parcours. A noter que l’armure est la copie d’une pièce de la fin du Moyen Age.

Le mythe du messager de Morat

Le choix de la porte de Morat comme point d'entrée dans la cité des Zaehringen n'avait rien d'anodin. Cette ultime étape faisait directement écho à l'une des plus célèbres légendes fribourgeoises: celle du messager de Morat. Selon la tradition, un soldat aurait parcouru à pied la distance séparant Morat de Fribourg afin d'annoncer la victoire des Confédérés sur Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, lors de la bataille de Morat du 22 juin 1476. Épuisé par sa course, le messager se serait effondré après avoir délivré son message.

La réalité est un peu différente et vous pouvez la lire ici

À la frontière entre histoire et mythe, ce récit a traversé les siècles jusqu'à inspirer la célèbre Course Morat-Fribourg, disputée chaque premier dimanche d'octobre entre les deux cités.


Eva Lombardo
Mehdi El Ansari