Chu de che / Je suis d'ici / Sono di qui / Ich bin von hier ! Notre liberté ne nous a pas été donnée, mais combattue et priée par nos ancêtres plus d'une fois! Aujourd'hui, comme autrefois, notre existence en tant que peuple libre dépend du fait que nous nous battions pour cela chaque jour. Restez inébranlable et soyez un gardien de la patrie pour que nous puissions remettre une Suisse libre telle que nous la connaissions à la génération suivante. Nous n'avons qu'une seule patrie!

vendredi 10 avril 2026

Le manchot empereur est officiellement classé espèce «en danger»

 

Le manchot empereur fait désormais partie des espèces «en danger», selon la nouvelle liste de référence établie par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il est menacé par le changement climatique qui frappe l'Antarctique.

La population de l'oiseau emblématique sera divisée par deux d'ici les années 2080 en raison du réchauffement qui fait reculer la banquise, selon l'organisation de référence, qui regroupe gouvernements, ONG et scientifiques.

«C'est une espèce très associée à la banquise et à la glace de mer. Or, depuis 2016-2017, il y a une forte diminution de l'étendue de banquise autour de l'Antarctique de manière assez globale et donc sans glace de mer, elle va avoir des grosses difficultés à survivre», explique à l'AFP Christophe Barbraud, chercheur au CNRS.

L'animal passe du statut d'espèce «quasi menacée» à «en danger» sur la liste rouge de l'UICN, l'inventaire mondial de référence sur l'état de conservation des espèces végétales et animales. L'otarie de Kerguelen a également rejoint cette catégorie, alors qu'elle était jusqu'à présent considérée à «préoccupation mineure».

«Après une évaluation attentive de différentes menaces potentielles, nous avons conclu que le changement climatique d'origine humaine représente la menace la plus significative pour les manchots empereur», a expliqué Philip Trathan, membre du groupe de spécialistes qui a travaillé sur la nouvelle évaluation de l'UICN.

«Espèce sentinelle»

C'est «une espèce sentinelle qui nous parle de notre monde qui change et de la manière dont nous contrôlons les émissions de gaz à effet de serre qui conduisent au changement climatique», a-t-il ajouté, cité dans un communiqué.

«Des modélisations de population prenant en compte de larges fourchettes de scénarios climatiques futurs montrent que, sans réduction abrupte et drastique des émissions de gaz à effet de serre, les populations de manchots empereur vont rapidement décliner au cours de ce siècle», explique l'UICN. Ces oiseaux se nourrissent d'espèces (poisson, calamars, krill, etc.) qui dépendent de la glace et se raréfient actuellement.

La fragmentation et la disparition de la banquise menacent aussi la reproduction de ces gros manchots, popularisés par le succès du film «La Marche de l'Empereur», qui privilégient ce terrain plat et stable pour incuber les oeufs en les tenant au chaud entre leurs pattes.

Les poussins sont ensuite élevés jusqu'à ce qu'ils développent des plumes imperméables. Mais si la glace fond trop tôt sous leurs petites pattes, ils risquent de se noyer et de geler.

Changements rapides

«Des colonies commencent à se relocaliser» et «ne vont pas forcément se reproduire sur la glace de mer mais vont monter sur la partie du continent antarctique qui est juste derrière», observe Christophe Barbraud.

«Mais les changements de glace de mer et le changement climatique sont extrêmement rapides actuellement. Et notre crainte, c'est que cette espèce n'ait pas un temps suffisamment long pour pouvoir s'adapter», souligne le chercheur. «Ce qui est assez unique, c'est la vitesse de changement», insiste-t-il.

«Le sort de ces magnifiques oiseaux est entre nos mains», a réagi dans un communiqué Rod Downie, du Fonds mondial pour la nature (WWF).

«Une action urgente est nécessaire pour limiter la hausse des températures moyennes aussi proche que possible de 1,5°C, pour protéger les eaux grouillant de vie qui entourent l'Antarctique et pour désigner le manchot empereur comme espèce spécialement protégée cette année à la réunion du Traité sur l'Antarctique», qui regroupe les pays qui s'intéressent au continent austral, a-t-il ajouté.

L'otarie de Kerguelen a pour sa part vu sa population divisée par plus de 2 depuis 1999, également sous l'effet du changement climatique qui a réduit son accès à la nourriture. La hausse des températures de l'océan pousse en effet le krill (de minuscules crustacés) en profondeur à la recherche d'eaux plus froides, hors de sa portée.

Cette espèce, également appelée otarie à fourrure antarctique, est aussi menacée par la prédation des orques ou des phoques-léopard. L'éléphant de mer austral est pour sa part désormais considéré comme «vulnérable» par l'UICN, alors qu'il était jusqu'alors considéré comme objet d'une simple «préoccupation mineure».

Cette aggravation est la conséquence du développement d'une maladie contagieuse - la grippe aviaire hautement pathogène - qui a décimé les populations.

AFP

jeudi 9 avril 2026

Philippe Ligron, le feu sacré d’un homme qui dévore la vie

 

Sur l’antenne de RTS Couleur 3, il flottait lundi dernier comme un parfum de fiesta teintée d’une nostalgie vite balayé par les effluves d’un jambon cru affiné avec amour et patience dans la cave de Philippe Ligron à Sarzens (VD). A 7 h 40 tapantes, pour son ultime chronique dans l’émission Fuego, qui s’arrête elle aussi, celui qu’ils surnommaient «Capitaine Flamme» a fait ce qu’il sait faire de mieux: régaler les corps et nourrir les esprits. En quelques minutes, il a convoqué toutes les sources du goût, tout en taquinant ses complices Ainhoa Ibarrola et Renaud de Vargas, alors qu’animateurs, chroniqueurs et techniciens de la chaîne les avaient rejoints dans le studio.

Après dix-huit ans de bons et loyaux services radiophoniques – on se souvient notamment de Chronophage, sa chronique consacrée à l’histoire des gastronomies sur RTS Couleur 3 déjà, et de ses pérégrinations gourmandes aux côtés de son compère Duja à l’enseigne de Bille en tête sur RTS Première –, avec quelques mini-détours par la télévision dans Amuse-gueule, notamment, le clap de fin aurait pu avoir un goût amer. Une refonte des programmes a eu raison de son rendez-vous hebdomadaire mais, à l’aube de ses 60 ans, Philippe Ligron n’a pas une once de tristesse dans la voix.

«Je suis heureux, lâche-t-il avec l’authenticité qui le caractérise. J’aime voir le verre à moitié plein, alors oui, je suis heureux de ma vie et reconnaissant; convaincu que ça repartira d’une autre manière. Ce n’est peut-être qu’un au revoir.» Si l’homme accepte cette fin avec tant de philosophie, c’est parce que sa soif de liberté est viscérale. «A chaque fois qu’on a voulu me mettre en cage, on m’a perdu...» Et, surtout, sa vie, aussi intense professionnellement qu’affectivement, déborde déjà de mille autres projets. La radio s’arrête? Le grand festin de son existence, lui, continue.

L’âme d’un passeur

Car avant d’être une voix sur les ondes, Philippe Ligron est un pédagogue dans l’âme. Au cours de sa carrière, ce sont près de 10'000 élèves qui ont croisé sa route. «Je crois que j’étais fait pour ça, confie-t-il. Je n’avais pas l’esprit de compétition pour être un cuisinier étoilé.» Ce qui l’anime, c’est l’humain.

Après des années passées à l’Ecole hôtelière de Lausanne, il enseigne désormais au Centre d’orientation et de formation professionnelles (Cofop) à des jeunes aux parcours de vie décalés. Enseignant itinérant, il refuse la routine et, avec eux, il s’éclate. Il n’hésite d’ailleurs pas à les pousser hors de leur zone de confort en les emmenant par exemple cuisiner dans les coulisses de grands concerts, comme au Paléo. Une expérience exigeante où ces jeunes doivent tout gérer, du budget à la chaîne du froid. Mais son besoin de transmettre ne s’arrête pas à ces jeunes. A la Haute Ecole fédérale en formation professionnelle (HEFP), il se fait tour à tour expert ou mentor, accompagnant des professeurs de pratique (de l’architecture à la carrosserie) dans leur apprentissage de la pédagogie.

La scène et les mots

Quand il ne transmet pas dans une salle de classe, c’est sur les planches que Philippe Ligron évoque sa passion, ses spectacles étant la prolongation naturelle de son amour pour la gastronomie. Si Bon appétit... décortique avec humour nos petites habitudes alimentaires (à voir le 25 avril à Corpataux), son tout nouveau bébé, Foodamour, est une création audacieuse autour des aliments aphrodisiaques en compagnie de Silvia D’Orliange pour des lectures érotiques subtiles et de l’effeuilleuse burlesque Violetta O’Knit. 

Et même sur un coin de table, le cuisinier peut se transformer en un tournemain en conteur irrésistible. Qu’il s’agisse de rappeler l’histoire de la fourchette ou de raconter, en riant aux larmes, cette folle émission de radio avec Duja où, lancés sur un traîneau tiré par le chien Géronimo qui n’en a fait qu’à sa tête, son compère a fini éjecté dans la neige, perdu au beau milieu d’une forêt à Rathvel (FR) avec son micro et la peau de chèvre qui lui tenait chaud. Des souvenirs impérissables et un besoin viscéral de créer du lien par le rire.

Mais au final, si Philippe Ligron court partout, c’est essentiellement pour les autres. Ambassadeur de neuf associations, il utilise son réseau pour allumer des étoiles dans les yeux de ceux qui souffrent. C’est ainsi que le 14 septembre prochain, à Moudon, il va lancer un concept inédit au profit d’Alzheimer Vaud: un concours de cuisine déjanté où cinq humoristes feront équipe avec des chefs spécialisés dans le «manger main» (une alimentation à consommer sans couverts qui peut devenir indispensable pour certains malades).

«Je veux qu’on rie des choses graves, affirme-t-il. L’alzheimer est une maladie terrible, alors si on peut être un peu plus léger en les aidant, c’est magnifique!» Et une semaine plus tard, sous l’égide de Make-A-Wish, il enfourchera pour la cinquième année sa moto avec une trentaine d’autres motards et des side-cars pour emmener des enfants malades en balade sur les routes vaudoises, une épopée suivie d’un grand repas.

Donner sans compter

D’où vient cette générosité à s’en faire péter le cœur? «Comment dire non à tout ça? C’est impossible!» Et l’émotion de le submerger lorsqu’il évoque ce petit garçon de 9 ans, atteint de la maladie de Charcot, qui rêvait de cuisiner avec lui et à qui il a offert sa propre veste de chef. «Ses parents m’ont dit qu’il ne l’avait pas quittée du week-end. C’est pas beau la vie?» glisse-t-il, la voix soudainement douce. «Quand je vois mes trois enfants en bonne santé, j’ai envie de prendre ma moto et d’aller promener tous les gamins malades de la Terre. M’occuper de ces petits, ça remplit la vie d’un homme. Je préfère faire avancer le monde plutôt que de le faire reculer.»

Survivre pour s’émerveiller

Cette empathie, Philippe Ligron ne l’a pas toujours eue. Jeune homme bagarreur, fuyant des problèmes, il s’était engagé chez les parachutistes français. Et puis il y a eu le Liban. Le 12 août 1986. Les combats font rage. Engagé, son groupe de 11 hommes sera touché par une lourde attaque. «Pourquoi les plus vaillants et courageux ont-il été blessés alors que moi, je figurais parmi les cinq épargnés?» s’interroge-t-il encore aujourd’hui. 

Ce traumatisme profond, couché mille fois sur le papier pour ne pas en crever, a forgé chez lui une résilience à toute épreuve. «Au Liban, on nous disait qu’il n’y a rien de plus grave que la mort. Tant qu’on n’est pas mort, on se doit d’être heureux. L’importance de nos malheurs, c’est la place qu’on leur laisse...»

Aujourd’hui, il savoure chaque seconde comme un miraculé. Sa gratitude va à la vie, à ce coin de pays où il a pris racine même s’il a travaillé sur tous les continents. «Je suis Broyard avant d’être Suisse», souligne avec un immense sourire ce Camarguais qui a pris la nationalité helvétique il y a une dizaine d’années. Et surtout à sa famille. Ses trois enfants (Félix, Basile et Colette) et Dany, son épouse, qu’il a rencontrée en 1988. 

Ils se sont mariés dans la foulée, puis séparés après trente ans de vie commune, pour mieux se retrouver cinq ans plus tard et renouveler leurs vœux. «Une histoire riche d’expériences qui nous a donné l’opportunité de grandir», résume-t-il. Et quand il regarde Dany, qui a vaincu quatre cancers avec une lumière intacte, il s’émerveille: «Vous avez vu comme elle est magnifique? Elle est rayonnante!» Et de se regarder tous les deux comme s’ils avaient 20 ans, multipliant les attentions et les mots d’amour à chaque instant.

Lorsqu’il rentre auprès d’elle dans leur maison qu’elle a redécorée avec un goût incroyable, Philippe Ligron a un autre secret pour calmer une vie qu’il mène à cent à l’heure: ses chevaux. Son amour pour eux est inscrit jusque dans son prénom: «Phil-hippos, l’ami des chevaux», sourit-il. Elevé en Camargue, où ses parents tenaient un restaurant avec des montures juste derrière, il n’a aucun souvenir d’une vie sans eux. Il aime d’ailleurs tellement cet animal qu’il a un jour sculpté une tête de cheval... en margarine! Et lorsqu’il a acheté sa ferme à Sarzens, c’est Dany qui l’a poussé à franchir le pas: «T’attends quoi? Il faut y aller, il faut acheter ton cheval!»

Aujourd’hui, il veille sur Gardian, 5 ans, et Câline, 17 ans. «Je leur parle beaucoup. Ils sont comme une drogue pour moi.» Il se souvient aussi avec une immense tendresse de Folco, son ancien cheval, décédé. Un jour, alors qu’il s’était endormi à ses pieds pendant qu’il broutait, il s’est réveillé pour découvrir que l’imposant animal s’était délicatement couché tout contre lui. «Les chevaux sont des éponges à émotions. En Camargue, on dit que ce sont de vieilles âmes.» Souvent, en rentrant du travail la tête trop pleine, il l’appelait. Si la monture continuait de brouter en le fixant, le message était clair: «T’es trop con, tu vas redescendre mon gars, et après je viendrai.» Alors il s’asseyait, éteignait son esprit, et attendait que l’animal vienne à lui.

Au pas des chevaux

Tous les dimanches, ou pour des vacances en roulotte où les copains les rejoignent parfois avec une fondue, il les attelle pour une balade loin du bruit du monde. Tout se fait en douceur, à la voix, au rythme de 5 ou 6 km/h. «C’est une vitesse que le corps humain connaît depuis des millénaires, murmure-t-il, opposant cette lenteur salutaire à la frénésie moderne. Je m’y sens bien, peut-être parce qu’il y a une petite carte mémoire à l’intérieur de moi qui se souvient: "Ah, ça, c’est un rythme qui est cool."» Au pas de ses bêtes, il retrouve alors ce sentiment de liberté et d’indépendance dont il a tant besoin, et la véritable cadence de son propre cœur.

Finalement, la radio a beau s’être tue pour le moment, la mélodie de Philippe Ligron, elle, résonne plus fort que jamais. L’homme aux mille vies conclut, le regard tourné vers demain: «On perd, je trouve, dans notre société, cette faculté à s’émerveiller du présent.» Lui n’a rien oublié. Et tant qu’il y aura un enfant à faire sourire, une histoire croustillante à raconter ou un morceau de pain à partager, le Capitaine Flamme continuera d’embraser tout ce qu’il touche.

Isabelle Rovero

illustre.ch

En Suisse, le travail est plus taxé que l'héritage

 

Le fisc suisse a des préférences bien définies. Il prélève volontiers l’argent issu du travail. En revanche, il se montre nettement plus indulgent lorsque cette richesse provient de dons ou d’héritages.

Ce constat ne concerne pas uniquement les grandes fortunes, mais aussi la classe moyenne. Pour celle-ci, la différence est frappante: gagner son argent peut coûter des centaines de milliers de francs en impôts, alors qu’un héritage est bien plus avantageux. «Beobachter» l’illustre à l’aide de deux exemples.

Exemple 1: une retraite assurée

La personne A et la personne B ont toutes deux 65 ans et ont accumulé 4 millions de francs au total. La personne A a gagné cette somme en travaillant durant 40 ans. La personne B, elle, a gagné 3 millions sur la même période et hérité d’un million de francs peu avant la retraite.

En prenant comme référence le niveau d’imposition de la ville de Saint-Gall, représentatif d’une charge fiscale moyenne en Suisse, l’écart est considérable. A revenus comparables, la personne A a versé environ 620'000 francs d’impôts, en tenant compte d’une épargne estimée à 500'000 francs soumise à l’impôt sur la fortune.

La personne B n’a payé qu’environ 365'000 francs. Soit plus d’un quart de million de moins. En intégrant les cotisations sociales (AVS, AI, AC et assurance-accidents), l’écart grimpe à près de 366'000 francs.

Cet exemple reste simplifié, mais il illustre clairement une tendance. «Il montre à quel point les héritiers sont favorisés fiscalement en Suisse», explique l’économiste Marius Brülhart. De son côté, Michele Salvi évoque un système qui «punit le travail au lieu de le récompenser».

Les héritages prennent de l'ampleur

Les héritages occupent une place croissante dans les revenus des ménages suisses. En 2025, selon les estimations de Marius Brülhart, plus de 100 milliards de francs ont été transmis, soit près de 12% du produit intérieur brut. En 2000, cette part ne dépassait pas 7%. 

Dans le même temps, la fiscalité a évolué dans la direction inverse. Les impôts sur le travail sont restés relativement stables, tandis que les prélèvements sur la fortune et les successions ont été réduits dans de nombreux cantons. Aujourd’hui, les héritages en ligne directe sont exonérés dans presque toute la Suisse. Un deuxième exemple illustre les effets concrets pour la classe moyenne.

Exemple 2: devenir propriétaire

La personne A et la personne B souhaitent acheter une maison. La personne A travaille intensément, fait carrière et gagne en moyenne 150'000 francs par an jusqu’à 40 ans. Elle parvient à épargner 500'000 francs. 

La personne B gagne en moyenne 80'000 francs et n’épargne pas. En revanche, elle reçoit une avance d’hoirie de 500'000 francs de ses parents pour financer son achat immobilier.

Le constat est sans appel. La personne A paie plus de 300'000 francs d’impôts et de taxes de plus que la personne B. Travailler pour accéder à la propriété s’avère donc bien plus coûteux que bénéficier d’un héritage.

Hériter réduit l’incitation à travailler

«Du point de vue du sentiment de justice, c’est choquant», estime Marius Brülhart. Au-delà de cette perception, des arguments économiques plaident pour une fiscalité différente. Des chercheurs de l’Université de Lausanne ont montré que les héritages réduisent l’incitation à travailler. Les bénéficiaires ont tendance à partir plus tôt à la retraite, à réduire leur activité ou à revoir leurs ambitions à la baisse. 

Malgré cela, une réforme en profondeur paraît peu probable. D’une part, les héritages représentent environ 12% du PIB, contre plus de 60% pour les revenus du travail. Une hausse de leur taxation ne compenserait qu’en partie une baisse des impôts sur les salaires.

D’autre part, une taxation accrue des héritages de la classe moyenne serait difficile à faire accepter politiquement. Les transmissions familiales permettent aussi à des ménages modestes d’accéder à la propriété, comme constaté dans l'exemple précédent. «Les petits héritages ont plutôt un effet équilibrant dans la société, car ils vont aussi aux personnes qui ont peu de revenus propres», souligne Marius Brülhart.

Qui finance l'AVS?

Sur le plan politique, la tendance actuelle va plutôt vers une hausse de la fiscalité sur le travail. Le financement de la 13e rente AVS en est un exemple. Le Conseil des Etats envisage d’augmenter la TVA et les cotisations salariales. Les revenus élevés seraient davantage sollicités, mais cela reviendrait à taxer encore davantage le travail. 

Pour Marius Brülhart, une alternative serait d’introduire un impôt sur les successions, de l’ordre de 5 à 10%, avec une franchise de 2 millions de francs. «Les retraités enrichis par héritage pourraient ainsi soutenir les autres, tandis que la population active serait préservée.» D’autant que la majorité des héritiers sont déjà proches ou à l’âge de la retraite, et que les 1% les plus riches détiennent plus de 45% du patrimoine en Suisse.

Michele Salvi partage l’idée d’alléger la charge fiscale sur le travail, mais se montre sceptique face à un impôt national sur les successions. «L’Etat a déjà prélevé ces revenus via l’impôt sur le revenu et sur la fortune», rappelle-t-il.

L’économiste critique surtout la forte progressivité du système fiscal. Une augmentation de salaire peut entraîner une hausse disproportionnée de l’imposition. Par exemple, passer de 10'000 à 12'000 francs mensuels se traduit par une charge fiscale nettement plus élevée. De même, un revenu passant de 6000 à 7000 francs peut entraîner la perte de certaines aides, comme les subsides d’assurance maladie ou les contributions à la garde d’enfants.

Vers une flat tax?

Michele Salvi défend l’idée d’une flat tax, soit un taux unique au-delà d’un seuil exonéré. Dans son modèle, les 20'000 premiers francs ne seraient pas imposés. Les 60'000 suivants seraient taxés à 10%, soit un taux global de 7,5% pour un revenu de 80'000 francs. Pour un salaire de 150'000 francs, le taux atteindrait 8,7%.

La baisse des recettes pourrait être compensée par une réduction des déductions fiscales. Aujourd’hui, celles-ci profitent surtout aux hauts revenus, notamment pour les frais de déplacement, les rénovations immobilières, les intérêts ou les rachats dans la prévoyance. «Moins d’exceptions, mais un taux plus bas», résume Michele Salvi.

Ni les propositions de Marius Brülhart ni celles de Michele Salvi ne semblent aujourd’hui réunir une majorité. Mais le débat sur la fiscalité du travail et des héritages est loin d’être clos.

Selon les projections de Marius Brülhart, les héritages pourraient représenter 20% de l’économie suisse d’ici 40 ans. Dans ce contexte, l’écart fiscal entre travail et héritage pourrait encore se creuser, au-delà des 366'000 francs observés aujourd’hui.

Raphael Brunner

samedi 4 avril 2026

Des plaidoiries en or pour ces universitaires fribourgeoises

 

L’équipe de la délégation fribourgeoise s’impose sur la scène internationale après de brillantes phases qualificatives
DR


Ce jeudi, lors d’un prestigieux concours international d’éloquence à Vienne, la délégation fribourgeoise a remporté la première place parmi plus de 400 équipes. Elle repart avec le prix Werner Melis.

Fribourg brille une nouvelle fois pour la qualité de sa formation juridique dans le domaine de l’éloquence. Ce jeudi, une équipe de l’Université de Fribourg s’est illustrée sur la scène internationale en remportant la première place du concours Willem C. Vis International Commercial Arbitration Moot Court, à Vienne. 

La délégation repart donc avec le Werner Melis award, gagné pour le mémoire de la défenderesse parmi plus de 400 équipes, indique la coach Viviane Molletta. Les différentes membres s’étaient déjà démarquées lors des phases qualificatives organisées sur le site de Miséricorde, à Fribourg.

Rémi Alt

laliberte.ch

vendredi 3 avril 2026

Aromat: Un entrepreneur veut sauver l'épice des Amércians

 

Aujourd'hui, l'épice culte appartient au groupe américain McCormick


«Notre Aromat ne doit pas tomber entre les mains des Américains!» Michael C. Oehl, entrepreneur bâlois, a fait part de ses craintes à Blick après la fusion entre Knorr (fabricant allemand d'Aromat), Maille, la mayonnaise Hellmann's d'Unilever et les épices Ducros, les ingrédients de pâtisserie Vahiné et la moutarde French's du groupe américain McCormick & Company. La nouvelle entité, baptisée McCormick, donnera naissance à «un géant mondial des saveurs». Qui n'est pas au goût de tous.

«Je ne veux pas que nous bradions nos traditions suisses, poursuit Michael. Sigg, Toblerone, Sugus et Ovomaltine appartiennent déjà à des propriétaires étrangers. A un moment donné, il faut se mobiliser et agir.» Il a donc lancé la pétition «Aromat appartient à la Suisse» et élaboré un plan pour sauver le condiment en poudre créé à Thayngen, dans le canton de Schaffhouse.

«Il faut agir»

Son idée? Exiger une garantie pour que l'usine de Thayngen continue à produire le fameux condiment et insister pour que le groupe américain ne modifie pas la recette. «Nous devons envisager une solution suisse», déclare l'entrepreneur bâlois. Il envisage la création d'Aromat Suisse SA ou d'une coopérative, «une participation publique, afin que chaque citoyen suisse puisse devenir copropriétaire». Michael estime que les Suisses doivent être prêts à agir si McCormick consolide l'opération et se débarrasse de ses marques les plus petites.

Comme pour de nombreux Suisses, Michael est convaincu qu'Aromat est une marque emblématique de notre pays, au même titre que Rivella, Ricola et Zweifel. «Aromat m'accompagnait partout, en pleine nature, en montagne. Concombres, tomates, œufs durs et Aromat», argumente-t-il. Cette image reste gravée dans sa mémoire. «Pour moi, Aromat n'est pas qu'une simple épice, c'est un souvenir d'enfance.»

L'idée de sauver le condiment en poudre lui est venue vendredi dernier, sous la douche, lorsqu'il a entendu parler de cet accord. Deux heures plus tard, son site web était opérationnel et sa pétition rédigée. «Je n'aurais jamais imaginé lancer un jour une campagne pour Aromat», nous confie-t-il. «Mais parfois, il faut savoir se faire entendre. Au lieu de se plaindre, il faut agir.» Il espère recueillir 10'000 signatures. «Nous aurons alors suffisamment de signatures pour inciter McCormick, Unilever et les autorités suisses à réagir.» Au moment où nous écrivions ces lignes, 1150 personnes avaient soutenu sa pétition.

La fusion doit être achevée mi-2027. Elle regroupe des marques qui ont généré 20 milliards de dollars (16 milliards d'euros) de chiffre d'affaires en 2025. Séparé de sa division alimentation, Unilever deviendra pour sa part une entreprise presque entièrement tournée vers les cosmétiques, l'hygiène et l'entretien de la maison, grâce à des marques comme les savons Dove et les déodorants Axe. La transaction valorise la division alimentation du groupe britannique à hauteur de 44,8 milliards de dollars (35,8 milliards).

Patrik Berger

blick.ch

mercredi 1 avril 2026

Iran: Un mois de mensonges impérialistes

 

L’Empire n’a jamais tort. Ou alors pas longtemps. «L’Irak? La Libye? L’Afghanistan? D’accord. Mais cette fois-ci ce sera différent.» Cette fois-ci, ce devait être en Iran. Cela devait durer que quelques jours. C’est la guerre depuis un mois. «C’est bientôt fini», assure le président américain. «Cela durera longtemps», disent des responsables israéliens. Résultat: le chaos, des victimes par centaines, des pluies de missiles et de drones, une crise énergétique en vue, un désastre écologique; un régime iranien qui s’est encore durci. 

Cela, c’est l’impérialisme. Soit l’extension par la conquête militaire du capitalisme le plus échevelé, au mépris de l’histoire, au mépris des peuples. Le président américain avait tablé sur une solution à la vénézuélienne. Il avait pensé qu’exhiber son porte-avion suffirait à provoquer terreur et confusion chez les Gardiens de la révolution. Il s’est trompé. Les bombes continuent à pleuvoir au hasard des IA, détruisant parfois des sites de lancement, et parfois des petites filles dans une école. Pourtant, l’Iran accuse le coup et continue de viser les pays voisins, alliés des Etats-Unis. 

Il n’est plus question de renverser le régime. Les tirades sur la liberté du peuple iranien ne sont plus de mise, même si le fils du dernier Shah a pu faire un dernier tour de piste, la semaine dernière, lors d’une conférence des conservateurs américains. Tout le monde sait que le régime n’est pas sur le point de tomber. Trump annonce clairement qu’il cherche un interlocuteur dans son appareil. Ce n’était pas seulement prévisible, c’était inévitable. 

L'impérialisme est un système

Donald Trump n’a pas de plan. Ses mensonges sont si énormes que ses propres services de renseignement refusent de les confirmer, tandis qu’un ancien directeur de la CIA, John Brennan, affirme croire plutôt la partie iranienne que le président des Etats-Unis. Personne ne sait comment finir cette guerre.

Certains éditorialistes ou politiques continuent de relayer le discours israélo-américain sur la menace imminente d’une attaque iranienne. Cependant, le réel commence à reprendre ses droits. Même sur les chaînes d’information en continu, traditionnels bastions atlantistes, on commence à s’interroger sérieusement sur les intentions réelles du président américain. 

Cela vient tard. Et c’est momentané. Lors de la prochaine guerre américaine, on les retrouvera prêts à brandir le prétexte de la libération des peuples, de la chute des tyrans ou de la guerre contre le terrorisme. Car l’impérialisme est un système. Et son fonctionnement dépend certes d’un complexe militaire et industriel, mais également de la production massive de récits. Ces derniers n’ont pas besoin d’être convaincants. Il suffit qu’ils soient répétés souvent. Aucun crâne n’est assez dur pour éviter que n’y entre une histoire que l’on martèle. 

Quentin Mouron

blick.ch