Et maintenant, qui sur la liste? Le régime des ayatollahs en Iran? Le régime castriste finissant à Cuba? Le régime sandiniste au Nicaragua? À coup sûr, dans les capitales de ces trois pays, connues pour être dans le viseur de Donald Trump de la «Delta force» et des «Navy Seals», l’ambiance doit être sinistre dans les cercles du pouvoir. Tous ces régimes, il faut le dire, sont aussi décrédibilisés que celui de Nicolas Maduro, le président vénézuélien capturé par les forces spéciales américaines pour être déféré devant la justice. Certains sont coupables de crimes de masse. Tous broient leur population et accaparent la richesse de leurs pays respectifs. Ils sont donc à la portée du shérif Trump. Au moins en théorie…
Cette manière de penser le monde et les changements de régime comme une succession d’opérations militaires rondement menées par les forces spéciales de la première puissance militaire mondiale a de quoi plaire à l’opinion. Combien d’entre nous ont pensé, un jour, qu’il suffirait de capturer Poutine pour mettre fin à l’agression de la Russie contre l’Ukraine ? Combien, au sein des générations précédentes, s’étaient accoutumés aux coups d’État organisés par la France en Afrique, ou par les États-Unis en Amérique latine? Ce qui s’est passé au Venezuela peut dès lors apparaître comme un juste retour des choses. Trump, après tout, fonctionne en empereur. Il déboulonne ceux qui s’opposent à lui et posent problème à son pays dans son pré carré sud-américain, voire au-delà. Du lourd. Du chirurgical. Du bon usage de la force, à partir d'une armada navale, pour éliminer les «bad guys».
Le problème est que le monde ne tourne pas comme ça. Il ne suffit pas d’une frappe, aussi bien menée et spectaculaire soit-elle, pour défaire un système, ou d’un enlèvement réussi pour faire tomber un régime. Plus grave: la loi du plus fort, et du plus puissant du moment, a toujours attisé dans l’histoire les jalousies et les rivalités de ses concurrents. La Chine, qui soutenait Maduro, va sans doute en déduire que la route de Taïwan est ouverte. La Russie se trouve confortée dans sa volonté de mettre l’Ukraine au pas. Ainsi va la tectonique des plaques géopolitiques. D’autant que, dans trois ans, le shérif Trump quittera la Maison-Blanche (normalement).
La deuxième raison de se méfier du shérif de Mar-a-Lago est que son ordre imposé à coups de revolver (en réalité, à coups de missiles et de forces spéciales) a pour seul but de faire triompher les intérêts des États-Unis. Personne, bien sûr, ne contestera l’utilité d’un grand coup porté aux narcotrafiquants latino-américains. Mais qui peut oublier que l’argent des cartels prospère à Miami et dans d’autres places financières? Qui peut oublier, dans le passé, la proximité entre la CIA et certains trafiquants de drogue ou dictateurs latino-américains? Qui peut croire que Trump ne fermera pas les yeux sur les agissements d’autres autocrates, si ces derniers sont favorables à son pays et à ses intérêts? A l'évidence, son choix est d'ailleurs fait sur qui doit diriger le futur Venezuela...
Bravo, shérif Trump? La bonne réponse est plutôt: «Attention, danger». Un dictateur va se retrouver devant la justice et il faut sans doute s’en féliciter, eu égard à ses crimes. Mais cette justice est exclusivement américaine. Ne l’oublions pas. Surtout lorsque, comme nous, Européens, avons des intérêts stratégiques et économiques divergents…
Egger Ph.



