lundi 14 juin 2010

Fribourg : La manifestation contre la police dérape

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Une centaine de personnes ont pris part, samedi, à une manifestation contre les violences policières organisée par des proches du jeune Français tué, en avril sur l'autoroute A1, sous les balles d'un agent vaudois. Le cortège a dégénéré, blessant deux policiers, dont un gravement.

«C'était d'une rare violence!», a expliqué samedi soir à l'occasion d'un point presse improvisé, Carl-Alex Ridoré. Le préfet de la Sarine résume ainsi la manifestation qui a eu lieu durant l'après-midi au centre-ville de Fribourg. Une manifestation contre les violences policières, autorisée trois jours plus tôt, qui a blessé deux policiers dont un grièvement. Touchés au bras et à la jambe, leurs jours ne sont cependant pas en danger. Côté manifestants, une personne, déjà atteinte dans sa santé aurait été blessée, selon la police. Quant à la population, aucune victime n'est à déplorer. Un début d'incendie a en outre été déclaré dans les combles d'un bâtiment de la rue des Epouses et a nécessité l'intervention des sapeurs-pompiers de la ville.Tout a débuté un peu avant 16 h sur la place Georges-Python lieu de départ de la manifestation organisée par le groupe «Justice pour tous», en guise de soutien aux prévenus de l'affaire de l'autoroute A1 durant laquelle un jeune voleur de voiture français est mort sous les balles d'un policier vaudois (voir ci-dessous). «Le cortège avait une heure de retard», explique Benoît Dumas, porte-parole de la police cantonale. Et de préciser qu'environ cent personnes étaient présentes, parmi lesquelles une quarantaine étaient masquées et cagoulées. Quarante autres étaient agitées et les vingt restants étaient des membres pacifistes du groupe «Justice pour tous».
Des feux de détresse

Après un passage sans heurt, excepté la présence de quelques fumigènes, par la rue de Lausanne et la Grand-Fontaine, la situation s'est envenimée en vieille-ville devant la Prison centrale. C'est en effet là que serait incarcéré le frère de la victime de l'A1, estiment les organisateurs. Une information que refuse de confirmer la police. «Une partie des manifestants a soudainement lancé des fusées contre la prison et les forces de l'ordre. Ces dernières ont riposté avec des tirs de balles en caoutchouc», relève Benoît Dumas qui insiste sur la puissance et la dangerosité des engins utilisés. «Il s'agit de feux de détresse que l'on trouve sur les bateaux.»«Je n'avais jamais vu ce type d'engins lors d'une manifestation», note l'adjudant Gallus Risse qui menait l'opération. Au total, la police estime à une centaine les fusées utilisées par les manifestants. Ces derniers ont lancé un nouvel assaut un peu plus loin, sur le pont du Milieu, où ont eu lieu des échanges de tirs entre les deux parties. «Il n'y a pas eu d'affrontements physiques, ni usage de gaz lacrymogène», précise l'adjudant.Les perturbateurs, dont la police ignore pour l'heure la provenance mais suspecte des «milieux d'extrême gauche connus pour ce type de violence», se sont ensuite dirigés vers le Bourg en remontant le Stalden. A la place Notre-Dame, une nouvelle fusée a terminé sa course sur le toit d'une maison de la rue des Epouses. Plusieurs vitres ainsi que la porte d'entrée du bâtiment de la police situé à la Grenette ont été cassées par des jets de pierres.«Les manifestants se sont alors éparpillés dans toutes les directions», relève Gallus Risse qui, tactique oblige, refuse de révéler combien d'agents sont intervenus durant la manifestation. Selon nos observations, trois étaient présents sur la place Python et durant le cortège. C'est seulement devant la Prison centrale que des agents du groupe d'intervention sont arrivés à bord d'une fourgonnette. D'autres étaient cachés dans la prison dixit Benoît Dumas. «Mais les manifestants ne pouvaient pas les voir», assure-t-il.
47 interpellations

Après quelques courses-poursuites et arrestations musclées, la situation est peu à peu rentrée dans l'ordre vers 19 h. La police a interpellé 47 personnes. Un certain nombre a été retrouvé dans le périmètre de la gare, d'autres vers la rue de Morat.Les manifestants ont été placés en garde à vue jusqu'à hier soir et seront auditionnés afin de déterminer leur implication. Certains d'entre eux risquent des sanctions pénales pour émeute, dommage à la propriété ou mise en danger de la vie d'autrui.

Stéphanie SCHROETER