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lundi 20 mars 2017

La Suisse, un nain de la finance en 1899 et un géant en 2017


Une analyse des performances sur 117 ans, effectuée par Credit Suisse, permet de montrer que le rendement des obligations suisses est le troisième meilleur au monde, celui des actions suisses est plus moyen



La Suisse n’occupe que 0,01% de la terre et ne représente que 0,1% de la population mondiale, mais c’est l’une des premières places financières. A l’heure des «grandes incertitudes géopolitiques et du «court-termisme», un regard sur le long terme permet à l’investisseur de mieux apprécier les risques à long terme.

Le gagnant est souvent celui qui évite les pertes, qu’elles proviennent d’un krach, de l’inflation ou des expropriations. Sur la période de 117 ans analysée par Credit Suisse auprès de 23 pays, le pire marché d’actions a été l’Autriche-Hongrie (+ 0,8% par an). Vienne a par ailleurs été le deuxième plus mauvais marché obligataire (-3,7% par an). Les guerres et une inflation annuelle moyenne de 12,6% expliquent ce triste bilan.

Le trio perdant en actions

Le rendement annuel réel en dollars de l’indice mondial des actions a atteint 5,1% sur 117 ans. Ce taux dépasse largement celui des obligations (1,8%) et du cash (0,8%). L’analyse se fait en termes réels et non nominaux. En effet, un dollar en actions américaines en 1900 vaut 39 524 dollars aujourd’hui. Mais l’inflation a été forte. Les prix ont été multipliés par 28. Le rendement annuel nominal des actions américaines est de 9,5%, mais le rendement réel de 6,4%.

L’investisseur a parfois perdu de l’argent année après année durant plus d’un siècle. En effet, le rendement annuel réel des actions a été négatif pour l’Italie, le Portugal et la Finlande.

En actions suisses, l’investisseur a réalisé une performance annuelle de 4,4%. Elle correspond exactement à la médiane des pays (autant de performances supérieures qu’inférieures). L’âge d’or des placements en actions suisses remonte à la période 1980-2000 (10,4% par an). Les années 2000 ont en effet été assez médiocres (3,0% par an). Les actions suisses ont également eu l’avantage d’être moins volatiles que la moyenne (4è plus basse déviation standard: 19,4%).

La Suisse: troisième meilleure en obligations

La Suisse a brillé dans les obligations. C’est l’instrument financier qui reflète le mieux la qualité de sa notation, du risque et de ses conditions-cadres. La Suisse profite d’être le pays qui a connu le taux d’inflation le plus bas au monde sur cette période (2,2%). Le marché obligataire suisse présente la troisième meilleure performance mondiale sur 117 ans avec un rendement annuel de 2,3%. Ce taux doit être comparé au rendement du cash (0,8%). L’étude ajoute que le franc s’est apprécié de 0,7% par an en termes réels par rapport au dollar.

Le rendement annuel des actions a été décevant au Japon (0,8%) et en France (1,7%), alors qu’il s’est élevé à 2,7% aux Etats-Unis. Les pays industrialisés riches en ressources naturelles ont en général présenté une performance supérieure. Le meilleur choix en actions a été l’Afrique du Sud (+7,2% par an).

Si la comparaison est présentée par pays, la composition sectorielle des indices boursiers nationaux a complètement changé en un siècle. En 1899, les chemins de fer représentaient 63% de la capitalisation boursière américaine et 50% du marché britannique. Ce que les experts nomment le biais du survivant doit être pris en compte. Plus de 80% des sociétés cotées aux Etats-Unis en 1990 ont aujourd’hui disparu. Elles appartenaient avant tout aux secteurs textiles, à l’acier et au charbon. A l’inverse, des branches aussi importantes aujourd’hui que la technologie, le pétrole, la santé étaient inexistantes il y a plus d’un siècle.

La Suisse comme la Belgique il y a 117 ans

Le poids financier relatif des pays ne manque pas d’enseignements. En 1899, la Suisse ne figurait même pas sur la carte des principaux marchés boursiers. Elle disposait pourtant d’une bourse, à Genève depuis 1850, à Zurich depuis 1873 et à Bâle depuis 1876. Il est vrai le commerce de titres avait débuté bien plus tôt dans d’autres capitales, comme à Amsterdam en 1602, à Londres en 1698, voir à New York, en 1792.

Il y a un siècle, la City était leader incontesté de la finance. En termes de proportion de la capitalisation mondiale, le Royaume-Uni arrivait en tête à la fin du XIXe siècle avec 25%, devant les Etats-Unis 15%, l’Allemagne 13%, la France 11,5% et la Russie 6,1%. L’Autriche pointait en 6è position et la Belgique à la 7è, selon Credit Suisse.

Forte domination des Etats-Unis

Aujourd’hui, plus exactement à la fin 2016, les Etats-Unis ont fortement accru leur avance et détiennent 53,2% du total de la capitalisation boursière mondiale. Le Japon est maintenant deuxième avec 8,4%. Le Royaume-Uni n’est plus que troisième avec 6,2%. La France a vu sa part de marché réduite des deux tiers, à 3,1% comme l’Allemagne. Et la Suisse, un des premiers centres bancaires, arrive dans une excellente septième position mondiale avec 2,9%, devant l’Australie et la Chine. La Suisse a effectivement plu aux investisseurs pour ses caractéristiques de valeur refuge, selon Credit Suisse.

La comparaison entre les actions et les obligations indique que les obligations ont offert le meilleur rendement durant les années 2000 dans 16 des 21 pays étudiés. Les cinq exceptions sont le fait de petits pays. L’indice obligataire mondial a gagné 4,8% par an durant cette période, contre seulement 1,9% pour les actions. L’éclatement de la bulle internet et la crise financière expliquent ces différences.

Série de données incomplète

La série de données n’est pas complète. Pour la Russie et la Chine, où les citoyens ont été victimes d’expropriations par les gouvernements communistes, les données sont incomplètes puisque les marchés n’ont réouvert qu’il y a 20 ans. Les détenteurs d’obligations de ces deux pays ont tout perdu en 1917 (Russie) et respectivement en 1949 (Chine). Pour l’Allemagne, victime de l’hyperinflation en 1922-23, le rendement obligataire n’a pas pu être calculé durant cette période.

Emmanuel Garessus