CHU DE CHE / JE SUIS D'ICI / ICH BIN VON HIER !

lundi 13 novembre 2017

Service minimum de l’équipe de Suisse


La Nati sera au rendez-vous de la Coupe du monde 2018


Rarement le coup de sifflet final d’un match bouclé sur un triste 0-0 n’aura déclenché pareille euphorie. Après avoir souffert contre l’Irlande du Nord beaucoup plus que prévu, trop pour une équipe de son niveau, la Nati a arraché le match nul qui, associé à sa victoire jeudi à Belfast (0-1), lui permet de se qualifier pour la Coupe du monde 2018, sa quatrième consécutive. Elle a oblitéré son billet pour la Russie au terme d’une campagne qualificative solide, qui ne l’a vue s’incliner qu’une fois en douze matches.

Il restera malgré tout le goût amer de n’avoir franchi les barrages décisifs que par la grâce d’un penalty tombé du ciel dans l’humide nuit de Belfast. Sans une faute de main qui n’a jamais existé que dans les yeux de l’arbitre, quelle aurait été l’issue de la double confrontation? Nul ne le saura jamais. Mais les 180 minutes disputées entre le Windsor Park et le Parc Saint-Jacques ont tout à la fois démontré le fossé qui pouvait exister entre les deux équipes, et l’immense difficulté qu’a connue la Nati pour lui donner une répercussion au tableau d’affichage.

L’Irlande du Nord bien plus offensive

Ricardo Rodriguez a une nouvelle fois revêtu le costume du bourreau des Nord-Irlandais. Au match aller, il avait froidement transformé le fameux penalty; dimanche soir, il a stoppé sur la ligne un essai de la tête qui était parti pour envoyer les deux équipes en prolongations. On jouait alors la 92e minute et les hommes de Vladimir Petkovic étaient pris à la gorge. Sur la pelouse bâloise détrempée, ils se sont retrouvés aussi souvent acculés dans leur camp qu’à menacer leurs adversaires de classer l’affaire. Le sélectionneur avait pourtant insisté sur la nécessité de conserver le ballon loin de la cage de Yann Sommer, mais ses protégés n’y sont tout simplement pas parvenus.

Logiquement, l’Irlande du Nord avait commencé le match animée d’intentions plus offensives que trois jours plus tôt. Alors qu’elle n’avait pas cadré la moindre frappe à Belfast, Chris Brunt a contraint Yann Sommer à sortir le grand jeu dès la 3e minute pour détourner un tir puissant qui prenait le chemin de la lucarne. Une minute plus tard, c’est Stuart Dallas qui tentait sa chance des 25 mètres. Les cartes étaient sur la table: les Britanniques n’étaient pas venus à Bâle pour faire de la figuration.

Difficulté à concrétiser les opportunités

Comme prévu, le supplément d’allant offensif nord-irlandais a permis à la Nati de voir des espaces s’ouvrir devant elle. Durant les 45 minutes initiales, les statisticiens ont dénombré neuf tirs suisses, dont deux seulement cadrés. Mais comme souvent, concrétiser les opportunités s’est révélé beaucoup plus compliqué que de les créer. Plusieurs fois bien démarqué et idéalement servi, Haris Seferovic a manqué d’ouvrir la marque de la tête (5e, 26e), mais lorsque le buteur a décalé ses coéquipiers, ils n’ont guère été plus inspirés: Steven Zuber a aussi reçu des ballons qui auraient pu permettre de rassurer l’équipe de Suisse (28e, 50e) mais l’ailier d’Hoffenheim se montrait trop brouillon.

Pendant ce temps, la menace nord-irlandaise continuait de planer. A la 55e minute de jeu, Conor Washington héritait d’un centre parfait mais sa tête était un peu trop croisée pour inquiéter Yann Sommer. Quelques instants plus tard, c’était au tour de George Saville de pousser le portier suisse à la parade. De manière générale, dès le début de la seconde période, la Suisse a étrangement abandonné la possession de la balle à ses adversaires, empruntée jusque dans la conservation dans son propre camp. Les mauvaises passes, les imprécisions et le manque d’idées ont permis aux visiteurs d’y croire jusqu’au bout des arrêts de jeu.

Seferovic sifflé

A dix minutes de la fin, Vladimir Petkovic remplaçait le feu follet (éteint ce soir-là) Xherdan Shaqiri par Remo Freuler, au profil plus défensif. Prenant acte de l’impuissance suisse à se mettre à l’abri, le sélectionneur a choisi de protéger ses arrières, en même temps qu’il faisait signe au public de donner de la voix pour pousser son équipe. Plus en danger que jamais, la Nati trouvait, par la grâce d’un effort solitaire de Denis Zakaria, la force de se créer la plus belle occasion du match. Mais Haris Seferovic allumait les étoiles dans une ultime tentative avortée de sa campagne qualificative.

A sa sortie du terrain deux minutes plus tard, il sera copieusement sifflé par le public bâlois. Cruel, pour un joueur qui aura malgré tout été le meilleur buteur de la Nati pendant son parcours vers la Russie (quatre réussites). L’efficacité offensive sera le principal chantier de l’équipe de Suisse pendant les mois qui la séparent de la Coupe du monde.

Une qualification méritée

Les Nord-Irlandais peuvent crier à l’injustice. L’équipe de Suisse de football ira en Russie, et pas eux, grâce à un penalty qui n’aurait jamais dû être sifflé. C’est cruel. «Nous sommes extrêmement déçus des conditions de notre élimination», a réagi le sélectionneur Michael O’Neill, et tous les amateurs de football le comprendront. Mais il y aurait aussi eu une terrible injustice à voir l’équipe de Suisse écartée de la course à la Coupe du monde après l’année qu’elle vient de vivre.

Neuf victoires consécutives

Elle mérite d’être de la fête pour plusieurs raisons. Sa campagne qualificative de haute tenue tout d’abord, avec neuf victoires consécutives qui auraient suffi à sa qualification directe dans bien des groupes. La sérénité qu’elle dégage, ensuite, sous la conduite d’un Vladimir Petkovic qui écrit son histoire de sélectionneur sans laisser la moindre polémique s’installer dans le récit. Ses perspectives, enfin: plus que jamais, la Nati est un cocktail réussi entre des joueurs de tous les âges. Les trentenaires tiennent la baraque mais savent intégrer les plus jeunes et profiter de leur fraîcheur jusque dans les moments cruciaux.

Long travail de formation

Cette équipe de Suisse n’est pas le monologue d’une seule génération talentueuse, mais le résultat d’un travail de formation de longue haleine, qui a débuté il y a longtemps et se poursuivra. Même si elle a terminé de se concrétiser avec une erreur d’arbitrage, il n’y a pas de hasard dans cette qualification. Après sa victoire étriquée contre l’Irlande du Nord, comme après chaque match d’ailleurs, la Nati n’échappera pas à un travail de remise en question. Mais elle aura le confort de l’effectuer sur la route pour sa quatrième Coupe du monde consécutive.

Lionel Pittet