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lundi 24 septembre 2018

Une start-up fribourgeoise traque les mégots sur Genève


Guillaume Barazzone en discussion avec l'une des employées qui sillonnera les rues avec une caméra placée en haut d'un mât. (Photo: 20 minutes / jef)


«476’560. C’est le nombre de mégots jetés par terre en Ville durant un seul dimanche, observe le conseiller administratif Guillaume Barazzone. C’est énorme.» L’élu PDC peut se montrer aussi affirmatif car la Municipalité vient de se doter d’un système innovant de comptage des déchets. Quatre caméras, montées sur deux vélos, une balayeuse et un camion-poubelles scannent le sol (les individus ne sont pas filmés) et analysent en temps réel (aucune donnée n’est enregistrée) la quantité et le type de détritus qui le jonchent.

Ces engins analysent quotidiennement 16 kilomètres de voirie. A partir des données récoltées, et sachant que la Ville comporte 220 km de routes, une extrapolation est opérée. Depuis hier, des compteurs géants ont été installés sur cinq lieux emblématiques: les Bastions, la rue du Mont-Blanc, la place de la Navigation, la place Bel-Air et la place du Molard. Ils affichent le nombre de mégots jetés au sol depuis ce lundi.

Guillaume Barazzone entend leur déclarer la guerre - «mais pas aux fumeurs». Il explique: «Petits, ils se glissent dans les interstices et sont extrêmement difficiles, donc coûteux, à ramasser; ils portent atteinte à l’image de la ville; et ce sont de petites bombes chimiques.» L’élu veut «éviter d’être moralisateur» et préfère «donner des informations. Avec ce système de reconnaissance des déchets, on va pouvoir documenter le problème.»

La Ville s’est ainsi associée avec une start-up fribourgeoise, Cortexia, qui a développé son outil en collaboration avec l’EPFL. «On commence avec les mégots, mais tous les déchets peuvent être cartographiés», explique Guillaume Barazzone. «Le système en reconnaît cinquante, via un processus itératif d’apprentissage, détaille Andréas von Kaenel, le directeur de la société: les feuilles mortes, les canettes, les crottes… On détecte aussi si les poubelles débordent. L’idée n’est pas de nettoyer plus, mais de nettoyer mieux.»

Franck Volpi, chef du Nettoiement de l’espace public, désire notamment découvrir les heures auxquelles il est le plus judicieux d’intervenir. «Pour le même engagement, on espère de meilleurs résultats.» La Municipalité veut aussi savoir concrètement quel quartier est plus sale que tel autre, et plus finement, quels types d’endroits (abribus, terrasses, etc.).

Des actions plus ciblées et efficaces sont attendues. Illustration: à ce jour, 600 cendriers fixes sont déployés sur le territoire municipal. «On pense que ce n’est pas assez», expose Guillaume Barazzone. On pense, mais on ne sait pas. Vingt lieux sans cendriers ont donc été analysés cet été par la caméra intelligente. Cinquante cendriers y seront bientôt installés, puis l’oeil repassera. Il sera ainsi possible d’établir objectivement l’impact des cendriers. Si oui, il en sera déployé davantage. Si non, la Municipalité aura évité de dépenser de l’argent pour une installation inutile.

Outre les bornes de comptage assorties de scénettes illustrant la dangerosité des mégots pour l'eau, la faune et la flore, la Ville va poser de gros autocollants au bord des égouts pour dissuader les passants d'y jeter leurs cigarettes. La Voirie va aussi distribuer 10'000 cendriers portatifs. Et les agents de polices municipaux vont sensibiliser les Genevois. Nous nous réservons, dans un second temps, la possibilité d'actions plus répressives, indique Guillaume Barazzone. Les agents ont un pouvoir de dénonciation qui pourrait être mis en oeuvre.

Jérôme Faas