Confessions, secrets, mots doux... L'application permet de se dévoiler anonymement. Attention toutefois aux dérives : racisme, harcèlement, diffamation...
L'application Secret est arrivée en France fin avril après avoir été lancée en janvier aux États-Unis par deux anciens ingénieurs de Google. © Capture d'écran / Twitter.com
Qui n'a jamais rêvé de pouvoir confier ce qu'il avait sur le coeur sans se faire montrer du doigt ? C'est désormais possible. Débarquée en France fin avril, l'application américaine Secret permet de poster de courts messages de façon tout à fait anonyme. Le fil Twitter de Secret (@secretly) et l'application sur smartphone ressemblent en réalité à un immense confessionnal. Des messages intimes, honteux, des secrets, des ragots, des déclarations sont publiés sans dévoilement de l'identité de l'auteur. D'abord envoyé à vos seuls contacts qui utilisent aussi l'application (elle est accessible seulement si au moins trois contacts dans votre carnet d'adresses l'utilisent, sans que vous sachiez de qui il s'agit, bien entendu), votre message deviendra visible par les contacts de l'un de vos amis si celui-ci "aime" votre "post". Au bout de six "like", le secret devient totalement public et peut même se retrouver sur la page d'accueil de l'application.
Un risque de cyber-harcèlement
Imaginée par David Byttow et Chrys Bader, deux anciens ingénieurs de Google et Square, Secret est valorisée à 100 millions de dollars (75,6 millions d'euros) après avoir levé 37 millions de dollars (28 millions d'euros) auprès de fonds d'investissement comme Google Ventures, ainsi quele révèle le quotidien économique Les Échos.
Or, à mesure que se développe ce concept, des dérives apparaissent, au premier rang desquelles des messages de haine, de racisme, de diffamation et de harcèlement. Afin de lutter notamment contre ce dernier risque, Marcelo Zenkner, un juge brésilien, envisage de demander à Google, Apple et Microsoft de retirer Secret des magasins d'applications et de l'effacer des smartphones du pays. Son argument : la Constitution brésilienne interdit la liberté d'expression anonyme que prône ouvertement Secret.
Reste que Google et Apple, voire les développeurs de Secret, qui embauchent déjà des modérateurs pour prévenir ce genre d'usage, pourraient se défendre en mettant en avant le fait qu'ils ne sont en rien responsables de l'utilisation qui est faite de l'application.
Les dangers imputés à l'application sont toutefois encore limités. Si Secret s'est hissée le 5 juin à la 338e place de l'Apple Store en France, selon le site App Annie, elle était reléguée à la 1 374e position le 9 juin, comme le révèle Le Figaro. Un succès encore modeste qui permet de limiter les inquiétudes.
Marianne Murat