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jeudi 7 septembre 2017

L'église Saint-Jean révèle ses mystères


L'église Saint-Jean, à Fribourg, a été consacrée en 1264 


Après 20 ans de travaux, l’église Saint-Jean de Fribourg révèle des richesses historiques, architecturales et artistiques tout à fait particulières. La publication illustrée de 116 pages qui relate l’aventure a été présentée lors d’une conférence de presse, dans l’église, le 4 septembre 2017. L’occasion également de mettre en lumière une coopération “exemplaire” entre la paroisse et l’Etat de Fribourg pour la conservation du patrimoine cantonal.

Les journalistes ont été reçus dans le cadre somptueux et rare nouvellement offert par le chœur de l’église Saint-Jean, dont un mur occidental peint en grisaille et en trompe-l’œil, ainsi qu’un plafond en bois, peint en faux marbre blanc veiné de rouge. Un décor mural qui n’a pas d’équivalent dans le canton de Fribourg. Réalisé au XVIIIe siècle, il a été mis au jour par les travaux de rénovation en 2010.

Eglise à double fonction

Cette découverte, avec d’autres réalisées sur le site, constitue “une petite pierre dans l’édifice de l’histoire des ordres hospitaliers-templiers en Suisse”, indique Aloys Lauper, co-auteur de la monographie dédiée à l’église des bords de la Sarine.

Le décor mural du choeur a été restauré selon son aspect général de 1711 
(Photo:Paroisse St-Jean/Primula Bosshard)


Car le bâtiment consacré en 1264 a la particularité d’avoir occupé pendant longtemps la double fonction d’église paroissiale et de chapelle de la commanderie de l’Ordre des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, actuel Ordre de Malte. La branche suisse de l’Ordre a ainsi soutenu le projet de rénovation mené par la paroisse de Saint-Jean et le Service des biens culturels du canton de Fribourg. La Confédération et la Loterie romande ont également apporté un appui financier aux travaux.

Conservation exceptionnelle

Le fait que l’église ait été sous une double responsabilité a permis son exceptionnel état de conservation, remarque Ivan Andrey, collaborateur du Service des biens culturels et co-auteur de la monographie. Le lieu de culte de la Basse-Ville de Fribourg est ainsi l’une des rares chapelles médiévales restées quasiment intactes. Elle est également l’une des dix églises de Suisse où l’on peut encore trouver les traces d’un jubé (clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef, au Moyen Age).

Ecrin de chefs-d’oeuvre

Le recensement du patrimoine religieux avait révélé en 1990 l’importance du patrimoine de cette chapelle hospitalière, devenue église paroissiale en 1511, pour accueillir les fidèles du quartier des Planches, alors en pleine expansion.

Ivan Andrey, collaborateur du Service des biens culturels du canton de Fribourg 
(Photo: Raphaël Zbinden)


L’édifice abrite ainsi la plus ancienne cloche et le plus ancien ostensoir de Fribourg. On peut également y admirer un calice gothique tardif considéré comme le plus beau du canton. L’église Saint-Jean contient en outre un certain nombre de chefs-d’œuvre de la sculpture fribourgeoise, souligne Ivan Andrey. Il s’agit de 17 sculptures et reliefs de la première moitié du XVIe siècle, étroitement liées au commandeur Pierre d’Englisberg.

Quelque chose de protestant

La fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe, avec les commandeurs Jacques et Claude-Antoine Duding, qui furent aussi évêques de Lausanne, constituent une autre période faste de l’église Saint-Jean. Sous leur influence, l’édifice, devenu entre 1709 et 1745 procathédrale du diocèse, se “baroquise”.

Claude-Antoine Duding est à l’origine du décor mural découvert en 2010. La fresque a “quelque chose de protestant”, relève Aloys Lauper. Il s’agissait pour le commandeur d’adresser un genre de “pied de nez” à la Réforme, en plaçant au sein de motifs architecturaux typiquement protestants des éléments typiquement catholiques, tels qu’un tabernacle, ou des statues de la Vierge et des saints. Un aspect que l’on ne retrouve dans aucun autre édifice religieux fribourgeois de l’époque.

Les travaux de rénovation de l’église Saint-Jean ont duré 20 ans 
(Photo:Raphaël Zbinden)


Autant de découvertes qui permettent de progresser dans l’histoire de l’art baroque, se réjouit Ivan Andrey.

La monographie, éditée conjointement par la paroisse St-Jean et le Service des biens culturels, a été tirée à 1500 exemplaires. Le projet éditorial constitue également la 22e livraison de la revue Patrimoine fribourgeois, complétant l’étude de 2014 sur la commanderie des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. La publication sera disponible dès le 11 septembre 2017, au Service des biens culturels et au secrétariat de la paroisse St-Jean.

Le public est invité à un vernissage 
le 8 septembre à la Planche-Supérieure à Fribourg



Une coopération exemplaire

Les intervenants à la conférence de presse ont souligné l’aspect “exemplaire” de la coopération entre l’Etat et la paroisse lors de ces travaux.

Le travail a également été facilité par les circonstances, dont la proximité de l’église avec le Service des biens culturels, basé aujourd’hui dans l’ancienne commanderie attenante. Les spécialistes ont également bénéficié d’une liste ininterrompue et très précise d’inventaires.

Aloys Lauper salue ainsi la bonne organisation et la persévérance de la paroisse Saint-Jean, soulignant qu’elle dispose de moyens modestes, comparées à d’autres.

Le co-auteur de la publication affirme ainsi que la monographie est aussi un “plaidoyer pour un travail en parallèle entre historiens de l’art, archéologues et responsables de la paroisse”. Il relève l’efficacité et l’esprit constructifs avec lesquels les experts de divers domaines ont collaboré sur ce projet. La paroisse a notamment pleinement mis à disposition ses archives, un élément primordial dans une telle démarche.

Paroisses, prenez soin de vos archives!

Aloys Lauper en profite pour inviter les paroisses du canton à ne pas négliger cet aspect. Il appelle les communautés à conserver le mieux possible leurs archives, qu’il s’agisse d’objets liturgiques ou de papiers, dans la perspective d’une éventuelle rénovation.

Il regrette également que les prêtres aient aujourd’hui moins des possibilités que par le passé de se former à l’histoire de l’art. Un aspect encore compliqué par des déplacements de prêtres plus fréquents que par le passé, qui fragilise la conservation de la mémoire des lieux.

Il déplore également que la législation fribourgeoise sur la protection des archives ne traite pas des documents paroissiaux. Il exhorte ainsi les paroisses à se mobiliser pour être davantage soutenues par l’Etat. Car il rappelle qu’une très grande partie du patrimoine et de l’héritage culturel fribourgeois se trouve dans les églises, monastères ou autres couvents.


Aloys Lauper, chef de service adjoint du Service des biens culturels du canton de Fribourg 
(Photo: Raphaël Zbinden)


Raphaël Zbinden