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lundi 2 juillet 2018

Le plan diabolique de Telma G.


La scène s'était déroulée entre l'appartement et la cage d'escalier d'un immeuble de ce nouveau quartier du village de Rossens (FR), une nuit d'avril 2014.
Image: Jean-Guy Python


Dans deux semaines, cela fera déjà quatre ans que Telma G. avait été incarcérée à Rio de Janeiro. Portugaise alors âgée de 27 ans, cette médecin assistante de l’Hôpital cantonal de Fribourg (HFR) était en cavale depuis trois mois avec Max, son amant brésilien du même âge. Elle était sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour avoir tenté d’assassiner Aziz*, son mari et collègue du service d’obstétrique qui demandait le divorce.

À deux jours de son procès devant le Tribunal criminel de la Sarine, «Le Matin» lève le voile sur l’incroyable plan machiavélique de la jeune accusée. Sur fond d’argent, d’amant et de poison.

Le couple avait fait connaissance à l’HFR en décembre 2012. Alors chef du service de gynécologie, le quadragénaire – un Belge père de deux enfants mineurs restés en Belgique avec leur mère – tombe très rapidement amoureux de cette brillante brune aux yeux bleus. Elle emménage chez lui, et évoque la question du mariage après quelques mois de vie commune. Avec insistance. Un appartement flambant neuf sera acheté en copropriété en septembre 2013 à Rossens (FR). Aziz, qui avance la totalité des fonds propres, contracte une assurance-vie au bénéfice de sa future épouse. Laquelle devait toucher un montant de quelque 132 000 francs si monsieur venait à décéder dans les huit ans…

Leur union sera célébrée trois semaines plus tard au Portugal. Sous le régime de la participation aux acquêts et non de la séparation des biens, comme initialement souhaité par le médecin. Si bien que Telma G. pouvait prétendre à la moitié de l’héritage de son mari, et non un partage en parts égales avec les enfants de ce dernier.

Vacances mouvementées

Après moins de trois mois de mariage, c’est la crise: madame – bipolaire – décide de retourner s’installer seule au Brésil pour y suivre un cours. Aziz refuse de la suivre dans ce projet de vie, tout comme de lui financer ladite formation. Une fois à Rio, la doctoresse fait rapidement la connaissance de Max. Aziz signifiera alors sa volonté de divorcer. En février 2014, il traverse l’Atlantique pour exposer les termes de leur rupture. C’est un échec. Les futurs ex rentrent cependant tous deux à Rossens courant mars, chacun de leur côté. Madame prend Max dans ses bagages, et impose sa présence au domicile conjugal, le présentant comme un ami gay rencontré au Brésil, en quête d’un travail en terre fribourgeoise.

Début avril, les deux jeunes enfants du Belge, en séjour chez leur père pour Pâques, complètent le tableau. Lundi 14, tous les cinq partent en vacances chez la famille de la Portugaise. Avec un détour de 250 km par Barcelone, d’où Telma G. officialisera sa relation avec Max via un post sur Facebook, et même la perspective de leur mariage. Le mercredi, une violente dispute éclate dans un motel entre les deux gynécologues, à tel point que la police locale intervient sur demande de madame. Laquelle se fendra d’un message à la mère des enfants, l’exhortant à venir récupérer ces derniers d’urgence. Ainsi qu’au frère du quadragénaire, lui affirmant avoir été frappée et menacée de mort.

Insecticide et mort-aux-rats

Tous deux arriveront le lendemain chez les parents de la Portugaise. Le médecin les raccompagnera jusqu’en Belgique, où il passera le week-end en leur compagnie. De leur côté, Telma G. et Max séjourneront à Lisbonne, non sans avoir pris soin d’emporter le fusil du père de l’accusée… Le lundi de Pâques, l’époux réitérera sa demande de divorce. Dans le même temps, les amants terribles achètent de l’insecticide et de la mort-aux-rats dans un magasin d’animaux en vue de les diluer dans une bouteille de jus de fraises, ainsi que des gants en latex.

Ils sonnent à la porte d’Aziz dans la nuit de mardi à mercredi, vers 1 h 30. Immédiatement, le Brésilien pointe le fusil de chasse sur la tempe de son rival. Assis dans une chambre, le gynécologue n’a pas d’autre choix que de boire le breuvage rosâtre. Plusieurs verres. «Tu vas mourir, mais tu ne vas pas souffrir», lui aurait dit sa femme. Le pouls de la victime étant toujours perceptible après une demi-heure, Max aurait pris l’initiative de l’étrangler avec ses jambes, puis de le rouer de coups de poing au visage, jusque dans le hall de l’immeuble. Telma G. concède avoir ensuite entaillé le poignet gauche de son mari afin de le vider de son sang et faire passer sa mort pour un suicide – comme prévu initialement avec le poison. Le quadragénaire parviendra à sortir in extremis du bâtiment et alerter le voisinage.

Non extradable, le complice brésilien ne sera, quant à lui, jamais inquiété par la justice, pas même celle de son pays.

*Prénom d'emprunt

Benjamin Pillard