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dimanche 13 janvier 2019

«Trop de Français oublient le sens de l'effort»


La France, ce pays d’assistés…

Emmanuel Macron a tancé les nombreux Français qui «pensent qu'on peut obtenir sans qu['un] effort soit apporté». Il a d'ailleurs fait une allusion à peine masquée aux Gilets jaunes.

le président français qui ne sera pas à Davos pour "problèmes domestiques" a ainsi déclaré, lors d'un point presse, devant les maîtres-boulangers réunis à l’Elysée pour la traditionnelle galette des rois, selon des propos rapportés par France Info : «Le défi, c'est que notre jeunesse trouve toute sa place dans et par le travail. Et qu'elle trouve toute sa place par l'engagement, le sens de l'effort. Et l'apprentissage, c'est cela. Notre jeunesse a besoin qu'on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l'effort, et le sens de cet engagement qui fait qu'on n'a rien dans la vie si on n'a pas cet effort.» Et le locataire de l'Elysée d'ajouter : «Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés, au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté.»

«Parfois on a trop souvent oublié qu'à côté des droits de chacun dans la République – et notre République n'a rien à envier à beaucoup d'autres – il y a des devoirs», a également dit le chef de l'Etat. Précisant sa pensée, Emmanuel Macron a clairement adressé un message aux nombreux Français qu'il estime peu enclins à l'effort afin qu'ils s'engagent dans le travail : «Et s'il n'y a pas ce sens de l'effort, le fait que chaque citoyen apporte sa pierre à l'édifice par son engagement au travail, notre pays ne pourra jamais pleinement recouvrer sa force, sa cohésion, ce qui fait son histoire, son présent et son avenir. L'apprentissage est au cœur de cette philosophie.»

« Assistés », « profiteurs », « glandeurs »… Les clichés sur les français à l’épreuve des faits

L’opposition défend régulièrement la lutte contre le fameux assistanat à la française ou encore l’immigration. En effet, selon une étude, 8 français sur 10 déclarent : « il y a trop d’assistanat et beaucoup de personnes abusent des aides sociales ». Cela n’empêche que ce discours se base en partie sur des stéréotypes, des idées reçues.

La France a un des régimes, si ce n’est le plus favorable d’Europe : des indemnités représentant environ 67% du dernier salaire. De plus, il suffit de travailler 4 mois pour y avoir droit. La durée de couverture est aussi la plus élevée d’Europe avec en moyenne 2 ans pour l’hexagone contre par exemple 6 mois en Allemagne ou 8 mois en Italie. La fraude constitue 2 à 5% mais ne dépasse pas le nombre d’ayant-droits qui ne demandent pas ces indemnisations.

Contrairement à ce qu’on peut penser, les minimas sociaux (couverture médicale, aides, CAF, RSA) sont relativement bas en France, comparé au reste de l’Europe. Par exemple, le RSA (ex RMI) a perdu 34% par rapport au revenu médian des Français depuis une dizaine d’années.

En France, on gagne plus en cumulant les aides sociales qu’en travaillant ? 

Il n’est pas possible de cumuler les minimas sociaux pour atteindre des revenus supérieurs à ceux d’un Smicard. En effet, le RSA a été conçu pour ne pas dépasser 62 % du Smic (texte de loi), avec certaines primes en fonction du nombre d’enfants. De ce fait, toucher d’autres aides et allocations (parents isolés, handicapés), par exemple, la fameuse « CAF » (auxquelles toute famille a droit quels que soient ses revenus) entraîne automatiquement une diminution du montant du RSA selon la législation et le barème des prestations sociales.

A taille de foyer équivalente, un couple avec un seul membre touchant le smic, a lui droit à différentes prestations, notamment les allocations familiales. Un couple au RSA touche lui aussi ces allocations, mais elles diminuent le montant du RSA perçu. Un couple avec un seul smic et trois enfants gagne donc dans tous les cas davantage qu’une famille de même taille au RSA, allocations incluses.

En France, les conditions d’accès aux minimas sociaux pour les étrangers sont complexes. Par exemple, la loi promulguant le revenu de solidarité active prévoit des conditions plutôt claires : possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans. Reste un bémol : l’immigration clandestine qui a un coût estimé de 4,6 milliards, mais qui reste bien inférieur à l’excédent des cotisations de leurs homologues en situations régulières.

La fraude aux aides est colossale 

En novembre dernier, la Cour des comptes établissait un chiffre compris entre 2 et 3 milliards d’euros de fraudes aux aides sociales (perceptions illégitimes). Le gouvernement de son côté estimait ce chiffre à 5,5 milliards d’euros par an. Cependant, cette fraude reste bien inférieure à la fraude fiscale, c’est-à-dire les fraudes aux cotisations. En effet, la fraude à la fiscalité (travail au noir, fausses déclarations, maquillage comptable) s’élève à 8 milliards d’euros pour les entreprises et 4 milliards pour les particuliers.

Toutes les tranches de la population ne sont pas totalement responsables de l’endettement du pays. D’autres points interpellent, comme les régimes spéciaux (ex : élus, fonctionnaires) ou encore ces échelons administratifs (régions, départements, cantons, trésoreries) qui s’empilent ou se cannibalisent, et, qui coûtent des milliards en budget de fonctionnement.

« RIC » : Ce que nous enseigne le système Suisse

Précision qu’il n’existe pas à ce jour de système démocratique parfait, la Suisse ne faisant pas exception. Par définition, la démocratie est une expérience collective dont les structures sont propres à chaque histoire. Elle est évolutive par nature, bien que les institutions rigides peinent à se transformer, nécessitant parfois des mouvements populaires importants ou des révolutions structurelles qui rencontrent le paradoxe d’un recul des principes démocratiques. Afin de bien apprécier la singularité suisse, arrêtons-nous un instant sur son système politique qui est singulièrement différent des autres : alors que nous vivons dans une démocratie majoritaire, incarnés dans la puissante symbolique du Président, les Suisses se sont dotés d’une démocratie consociationnelle ou consociative.

Dans les faits, comment ça marche ? Tout d’abord, les électeurs suisses élisent leurs représentants. Ces représentants vont siéger à l’Assemblée fédérale, composée du Conseil des États et du Conseil National. Le gouvernement (le Conseil Fédéral) est composé de 7 personnes élues par le Parlement et qui représentent toutes les principales forces politiques du pays. C’est pour cela qu’on parle de « consensus » puisque dans ce modèle, il n’y a pas de parti d’opposition : la pluralité est au cœur du système.

Dans ce contexte politique, les Suisses connaissent ce que certains appelleraient une forme de « démocratie directe » plus représentative. En effet, le peuple suisse ne donne pas l’entièreté des pouvoirs aux représentants élus. Ils gardent à tout instant la possibilité de s’exprimer via trois voies démocratiques.

La première, le Référendum obligatoire, a lieu pour toute modification de la Constitution ou adhésion aux organismes et traités internationaux. Pour que la modification ou l’adhésion soit validée, il faut qu’une double majorité de la population et des cantons soit réunie.

Le Référendum facultatif, ensuite, qui permet aux citoyens de déclencher un référendum pour rejeter une loi dans les 100 jours suivant l’adoption de cette dernière, à la condition d’avoir réuni 50 000 signatures. Une loi impopulaire adoptée par les élus peut donc être rejetée collectivement.

Et, finalement, l’Initiative populaire qui symbolise probablement le mieux le sens de la démocratie participative. Le peuple suisse, suivant l’initiative populaire, peut déclencher un référendum pour modifier la Constitution, et, pour cela, il n’a seulement besoin que de 100 000 signatures récoltées en 18 mois.

Le référendum populaire est donc, comme on s’en doute, quelque chose de très fréquent en suisse puisque les électeurs sont appelés aux urnes tous les trois mois et doivent se prononcer contre ou en faveur de décisions portant sur la constitution (référendum constitutionnel), sur une loi (référendum législatif) ou sur un traité international (référendum conventionnel). La démocratie est donc particulièrement dynamique en Suisse, car les citoyens sont de ce fait pratiquement obligés de s’intéresser à la politique de leur pays.

Depuis 1848, création de la Suisse moderne, les Suisses ont voté 599 initiatives et référendum. Ainsi, en Suisse, les représentants sont contraints de partager le pouvoir avec la population grâce à un compromis démocratique inédit. Dans ces conditions, ce sont donc bien les lois qui sont mises en avant, ce qui va changer concrètement la vie des citoyens, et non les personnalités politiques. Un système diamétralement différent de celui de la France puisqu’en plus de voter pour des représentants, les citoyens suisses votent aussi sur des questions qui peuvent être posées par les autorités ou par un groupe de citoyens. Ainsi, l’exemple suisse nous enseigne qu’il n’y a pas « une démocratie unique », mais des autant de manières de l’articuler qu’il existe de constitutions et de procédés exprimant la volonté d’un peuple.

Une France conservatrice toujours à la traîne

Ainsi, avec leur arsenal de démocratie participative, les Suisses semblent avoir davantage de pouvoir que le peuple français. Un pouvoir consultatif, abrogatif (puisqu’ils peuvent demander l’annulation d’une loi) et un pouvoir d’initiative où ils peuvent être à l’origine même d’une nouvelle loi. Leur évolution n’est donc pas strictement linéaire ou bloquée par des représentants qui ne respecteraient pas ce pour quoi ils ont été élus. En France, l’approche est beaucoup plus primitive puisque le seul référendum prévu par la Constitution est le référendum normatif dans lequel le citoyen n’est consulté que pour l’adoption ou non de textes législatifs ou pour un projet de révision de la Constitution, après que ce projet ait été approuvé par les deux assemblées. Il faudra donc subir en attendant les prochaines élections avec l’espoir infime de dégager une majorité qui représenterait véritablement l’intérêt de la population. Un tel système ne peut-être que dépassé par l’évolution rapide du monde et par nature sujet à générer de l’abstention et de la colère populaire. Dès lors, si on vous demande pourquoi les Français sont beaucoup plus sujets à manifester que les autres, peut-être suffit-il de regarder du côté de ses institutions « démocratiques ».

La France est donc très loin de l’initiative populaire suisse, donc. Pourtant, tous les pays accolent volontiers le mot « démocratie » à leur système. Au regard des différentes démocraties qui évoluent dans le monde, il semblerait y avoir en France une réelle conception réductrice du pouvoir citoyen. Avec l’idée sous-jacente que le peuple français n’est pas à même de prendre des décisions. À tel point que ce peuple se lasse de plus en plus de ce simulacre de démocratie, aggravé à grands coups de 49.3 et d’ordonnances trop souvent au profit du grand capital. Tout ceci a développé une méfiance générale vis-à-vis des politiques, voire fracture, qui se traduit par une abstention historique.

Il est donc légitime de se poser la question. Que serait-il advenu de la Loi El Khomri, massivement impopulaire, si le peuple français avait eu la possibilité d’organiser un référendum facultatif sur la question ? Combien de décisions récentes, jugées impopulaires, auraient-elles pu voir le jour sous Macron dans un système démocratique à la Suisse ? Le mouvement même des gilets jaunes serait-il né si nous vivions dans une démocratie plus représentative ?

Avant de vouloir le RIC, il faut changer les mentalités

Il faut préparer les Français à vivre à l'heure de la mondialisation. Cela passe, par plus de liberté individuelle, mais aussi par plus de responsabilités. Or, depuis des siècles, les Français se sont crus protégés par l'Etat, ce qui a déresponsabilisé leurs comportements. Aujourd'hui, le modèle social français est obsolète si les français ne font pas plus d'efforts pour se prendre en main.

La politique de santé ne doit pas être totalement gratuite. Il faut également aller vers une politique de retour à l'emploi plus efficace. En clair, il faut aider ceux qui doivent l'être mais sûrement pas tout le monde dans les mêmes conditions. De même, la fonction publique doit être mieux gérée, comme cela se fait dans le privé. Pour cela, l'élite politique et de la haute administration doit faire bouger les choses en profondeur. Les fonctionnaires attendent le changement à condition qu'ils bénéficient en retour des gains de productivité.

Egger Ph.