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mardi 16 juin 2026

Polémique sur l'expérimentation animale à l'EPFL

 

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La conseillère nationale verte Léonore Porchet ne mâche pas ses mots. «C’est l’expérience animale la plus cruelle et la plus brutale qui soit», dénonce-t-elle. Dans une motion, l’élue vaudoise demande l’interdiction du «Forced Swim Test», ou test de nage forcée. Comme son nom l’indique, cette expérience consiste à contraindre des rongeurs à nager. Controversée, elle est utilisée dans le développement de médicaments contre la dépression et se pratique encore en Suisse, notamment à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ainsi qu’aux universités de Lausanne et de Zurich.

Cette méthode suscite de vives critiques. Une association d’étudiants de l’EPFL a demandé l’organisation d’un débat public sur le «Forced Swim Test». Mais l’événement a déjà été reporté à deux reprises. «L’EPF Lausanne tente manifestement d’esquiver le débat. C’est une attitude absolument antidémocratique», dénonce Léonore Porchet.

L’école rejette cette accusation. Selon elle, la table ronde a été reportée parce que l’association étudiante n’avait pas rempli les conditions nécessaires à un débat équilibré. «La discussion aura désormais lieu en septembre, pour autant que les conditions-cadres convenues soient respectées», indique un porte-parole à Blick. Le débat portera plus largement sur l’expérimentation animale.

Pas de modèle pour la dépression humaine

Deux projets de recherche sont actuellement en cours à l’EPFL et pourraient recourir au test de nage forcée. Lors de cette expérience, des souris ou des rats sont placés dans un cylindre rempli d’eau profonde, dont ils ne peuvent pas s’échapper. Au début, les animaux luttent pour ne pas se noyer. Puis ils finissent par s’immobiliser et flottent à la surface de l’eau. Les souris sont sorties de l’eau après six minutes au maximum, les rats après vingt minutes. A l’EPFL, ce test sert à étudier le lien entre l’activité cérébrale et les comportements liés à la motivation.

Dans d’autres études, il est souvent utilisé pour évaluer l’efficacité d’antidépresseurs. Les animaux traités sont censés nager plus longtemps et rester moins longtemps immobiles dans l’eau que les animaux non traités.

L’EPFL rappelle que toute expérience animale doit être approuvée par une commission cantonale indépendante. Un chercheur qui utilise ce test et qui souhaite rester anonyme insiste aussi sur le fait que la souffrance des animaux est réduite au minimum. Selon lui, l’eau est chauffée et les animaux en difficulté sont immédiatement retirés du cylindre.

Le stress provoqué serait comparable à celui qu’éprouve un rat sauvage lors d’une froide journée d’hiver, affirme-t-il. «Une interdiction générale ne rendrait donc pas justice à la réalité de la recherche», estime le chercheur. Il reconnaît toutefois auprès de Blick que ce test ne reproduit pas la dépression humaine. «Dire qu’une souris qui nage est dépressive serait une interprétation trop simpliste.» Dans sa réponse à la motion, le Conseil fédéral confirme également que ce test ne constitue pas un modèle de la dépression humaine.

«On gaspille les fonds publics»

La Ligue suisse contre les expériences sur les animaux milite depuis des années pour son interdiction. «Au cours des 50 années qui ont suivi son invention, ce test n’a jamais conduit au développement de nouveaux médicaments ou de nouvelles thérapies», affirme sa porte-parole, Athénais Python. «Au contraire, on gaspille des fonds publics alors que les personnes souffrant de dépression espèrent de meilleurs médicaments. Il est d’autant plus cruel de faire souffrir des animaux pour un tel test.» En Suisse et dans l’Union européenne, le test de nage forcée est classé dans la catégorie de contrainte 3, soit le niveau le plus élevé.

Pour Athénais Python, deux raisons expliquent pourquoi cette méthode continue d’être utilisée en Suisse. «De nombreux chercheurs plus âgés réalisent ce test depuis des décennies. Ils ne l’ont jamais remis en question et le transmettent désormais à la génération suivante.» Dans le même temps, la recherche animale bénéficie de fonds publics importants, alors que les méthodes de substitution restent, selon elle, très peu soutenues. «Nous parlons ici de 100 à 200 millions de francs pour l’expérimentation animale, contre seulement quelques centaines de milliers de francs pour les méthodes de substitution.»

De nombreuses entreprises pharmaceutiques, dont Sanofi, Bayer, Roche et Pfizer, ainsi que plusieurs universités dans le monde, ont annoncé qu’elles renonçaient à ce test. L’organisation de protection des animaux demande désormais aux universités suisses de prendre clairement position.

Riccarda Campell

blick.ch