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mercredi 26 août 2026

La plus célèbre baleine fribourgeoise a déménagé

 

 Ce jeune rorqual boréal s'est échoué au Havre (France) en 1852. Il a été embaumé par une méthode chimique expérimentale, puis sa peau a été tendue sur une armature en bois. Après avoir été une attraction itinérante à travers l'Europe pendant 30 ans, l'animal a rejoint les collections fribourgeoises en 1882.


Tôt mardi matin, sous un léger crachin et un grand ciel gris, la baleine du Musée d'histoire naturelle de Fribourg a quitté, par un trou percé dans un mur, le bâtiment qu'elle occupait depuis 129 ans. Le personnel du musée et une petite dizaine de spécialistes du transport se sont réunis pour faire parcourir au cétacé les quelques 600 mètres qui le séparent de sa nouvelle demeure.

Derrière les bâtiments de l'université, le public se fait rare. Le musée ne l'a pas informé – volontairement. "Beaucoup de gens nous ont toujours posé la question: 'quand est-ce qu'on déménage la baleine ?', explique Laurence Perler Antille, directrice administrative du Musée d'histoire naturelle de Fribourg. Mais pour nous, c'était très important que les équipes puissent travailler dans le calme. Pour des raisons de sécurité, accueillir du public était impossible."

Un trou de souris

Solidement fixé sur un socle à roulettes, le cétacé le plus connu du canton - un rorqual boréal - entame son périple aux alentours de 9 heures, protégée dans une housse en plastique et maintenue par des sangles. Plusieurs gaillards le tirent jusqu'à une passerelle, avant qu'une grue ne prenne le relais pour le déposer sur le camion qui l'emmènera route des Arsenaux.

"Comme équipe, on n'a jamais déménagé une baleine", rigole l'équipe chargée du transport. Les visages se relâchent une fois la pièce la plus grande et la plus précieuse du musée posée sur le camion. "Ça va mieux que ce matin à 6 heures", souffle Laurence Perler Antille. "La première étape s'est bien passée. C'est déjà un soulagement."

11 mètres, 1'650 kilos

Échouée au Havre en 1852, la baleine mesure 11 mètres de long et pèse encore quelque 1'650 kilos. Un gabarit qui a compliqué la manœuvre.

"La plus grande difficulté, c'est qu'un arbre nous a empêché de sortir complètement la baleine sur la plateforme. La queue était encore à l'intérieur du bâtiment quand on a dû la soulever avec la grue", explique Laurence Perler Antille. "Le plus grand enjeu, c'était que cette queue ne vienne pas heurter les murs."

Qu'une première étape

La baleine est certes la pièce la plus imposante du Musée d'histoire naturelle de Fribourg, mais elle n'est qu'une infime partie d'un déménagement colossal. "On a tous les objets présentés dans les vitrines qui doivent encore être emballés, conditionnés et préparés. Et toutes nos réserves, cachées au public, doivent aussi encore partir. On parle de 270'000 objets à peu près", rappelle la directrice administrative.

La baleine, elle, va rester sur le chantier pendant près de deux ans. "On va assembler une grande boîte autour d'elle pour la protéger. Les aménagements intérieurs et le montage des expositions se feront autour d'elle, en prenant le plus grand soin possible." La réouverture du musée, route des Arsenaux, est prévue pour fin 2028.

En attendant, l'exposition "Bis bald baleine!" est à découvrir jusqu'au 25 octobre.

Son histoire

L'histoire de la baleine de Fribourg est une véritable épopée humaine et scientifique qui s'étend sur plus de 170 ans.

1852 : L'échouage au Havre

Tout commence le 9 septembre 1852, lorsqu'un jeune rorqual boréal mâle s'échoue sur la plage de Sainte-Adresse, près du Havre (France). L'animal, mesurant un peu plus de 11 mètres, suscite immédiatement la curiosité de la population et des scientifiques.

1853 : Une technique d'embaumement unique

Le cétacé est racheté par un préparateur français, M. Bourdin. Contrairement aux squelettes de baleines habituellement exposés dans les musées, celle-ci va être naturalisée entière (avec sa peau) grâce à une méthode chimique révolutionnaire pour l'époque :Les viscères et la chair sont retirés. La peau est traitée avec un mélange conservateur (contenant de l'arsenic) pour éviter la décomposition. La peau est ensuite tendue sur une immense armature en bois reproduisant les formes de l'animal.

1853–1881 : La tournée des foires européennes

Devenue un objet de foire, la baleine entame une tournée itinérante de près de 30 ans à travers l'Europe. Transportée par convoi, elle est exposée dans de grandes villes comme Paris, Londres et Zurich. Le public paie son billet pour entrer à l'intérieur du flanc de l'animal et admirer des vitrines de curiosités installées directement dans son abdomen.

1881 : L'arrivée manquée à Fribourg

En juillet 1881, le convoi s'arrête à Fribourg pour la fête cantonale de tir. C'est un immense succès populaire. Cependant, les propriétaires font faillite à la fin de l'été. La baleine est alors saisie par la justice fribourgeoise et stockée temporairement sous les combles du collège Saint-Michel.

1882 : Le don au Musée d'histoire naturelle

En mai 1882, l'État de Fribourg rachète officiellement le cétacé pour la somme de 2 500 francs de l'époque. Elle est offerte au Musée d'histoire naturelle (MHNF), alors situé dans les bâtiments de l'Université.

1974 : Le déménagement à Pérolles

Le musée s'installe dans ses locaux de l'avenue de Pérolles. C'est à ce moment que la baleine est suspendue au plafond de la Salle des Vertébrés du Monde, devenant l'emblème incontournable de l'institution et marquant des générations de visiteurs fribourgeois.

Egger Philippe