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mardi 10 octobre 2017

Burnout: les agriculteurs sont les plus concernés


La vie des paysans suisses n'est pas toujours aussi bucolique et le burnout ne les épargne pas (image symbolique). 
© KEYSTONE/PETER KLAUNZER


Les agriculteurs suisses sont davantage à risque de burnout que le reste de la population, selon une étude d'Agroscope et de la ZHAW. Une situation financière tendue et les conflits liés à l'interdépendance entre travail et famille sont notamment évoqués.

Les agriculteurs suisses constituent un groupe professionnel très peu étudié en relation avec cette thématique, a indiqué mardi Agroscope dans un communiqué. Un questionnaire sur papier a donc été envoyé à 4000 d'entre eux en mai et juin 2016, et 1358 cheffes et chefs d'exploitation ou leurs partenaires y ont répondu par écrit ou en ligne.

Les personnes qui ont participé à l'enquête formaient un groupe très représentatif de la structure qui caractérise l'agriculture suisse. Les sondés ont répondu d?une part à un questionnaire standardisé (le «Copenhague Burnout Inventory – CBI») et, d'autre part, à des questions très diverses portant sur les facteurs pouvant être à l'origine de l'épuisement professionnel.

S'agissant d'un questionnaire d'auto-évaluation et non d'un diagnostic clinique, on parle de «risque de burnout». Sur la base des questionnaires retournés, ce risque dans l'agriculture suisse est évalué à 12%.

Plus que le reste de la population

Les agriculteurs sont plus susceptibles d'être touchés par le burnout que la moyenne du reste de la population, soulignent Agroscope et la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW). Le taux de burnout de l'ensemble de la population suisse est de 6,1%. Il est comparable en Allemagne.

Selon l'étude, le risque d'épuisement professionnel dans l'agriculture est imputable à plusieurs facteurs: la situation financière, l'état de santé général, le manque de temps libre, la pression du temps, l'étroite interdépendance entre travail et famille, ainsi que les conflits qui en découlent. La taille et le type d'exploitation de même que le ménage ont peu d'influence.

La qualité des relations, une bonne maîtrise de soi et la faculté de décision sont autant de facteurs de protection, relève encore Agroscope. Des analyses plus poussées devraient être effectuées pour déterminer lesquels contribuent à optimiser la prévention du burnout dans l'agriculture, conclut la station fédérale, qui souligne que les décisions prises dans ce domaine ont souvent des conséquences pendant plusieurs années.

Sur fond de baisse des prix et de disparitions d'exploitations, le monde paysan est soumis à forte pression dans de nombreux pays. Ces dernières années, les suicides d'agriculteurs ont fait les gros titres de la presse, en France notamment: une étude portant sur 2010/2011 évoquait près de 300 suicides en deux ans.

ATS

De désillusions en solitudes: le suicide des agriculteurs



Nous étions en classe ensemble, Mickaël s’est tiré une balle dans la tête.

Il était un voisin, Jean-Loup a été retrouvé pendu dans un de mes hangars.

Ancien conseiller municipal de la commune, Bernard a mis fin à ses jours dans sa cour… deux jeunes installés voisins morts dans la même semaine à cinq km de la maison. Tous agriculteurs !

Épuisé physiquement, débordé administrativement et désespéré irrémédiablement, un agriculteur met fin à ses jours toutes les 48 heures. Quelles que soient les productions, cette endémie n’a d’équivalent dans aucune autre catégorie socioprofessionnelle. Leur entourage familial et leur insertion dans la vie locale n’y font rien. Les paysans sont de plus en plus seuls… et le chiffre des suicides de plus en plus alarmant.

La nature même de l’activité agricole, dépendante des aléas climatiques et tributaire des contraintes agronomiques locales, en fait un métier à part. Le salarié ordinaire peut faire connaître son mécontentement ou revendiquer ses exigences envers un employeur indélicat par de multiples moyens. C’est même un sport national dans notre beau pays. On ne manifeste ni ne fait grève contre la pluie, la canicule ou le gel. « C’est le travail qui commande ! » ont coutume de répondre ceux à qui on demande leur mode de fonctionnement.

À ces exigences naturelles permanentes et inaltérables s’ajoutent aujourd’hui de nombreuses contraintes artificielles. Celles du législateur et du technocrate qui n’en finissent pas de modifier les textes au gré des tendances fiscales, commerciales et environnementales du moment. Aux cycles naturels lents et longs viennent brutalement s’imposer des règlements applicables immédiatement. L’Union européenne ne s’en prive pas et les États en rajoutent. Or, on ne change pas des façons culturales en un clin d’œil, on ne se lance pas dans une nouvelle production en claquant des doigts. L’agriculture a besoin de visibilité sur le long terme et de temps pour s’adapter.

Quant aux revenus procurés par ce métier que nous avons choisi et que nous aimons, ils sont dérisoires, pour ne pas dire indécents. Qui travaillerait, en 2017, pour 350 € par mois, comme c’est le cas pour 40 % d’entre nous, d’après le dernier recensement de la Mutualité sociale agricole ? Ces chiffres sont à rapprocher des exigences horaires et des contraintes liées aux différentes productions, en particulier celles de l’élevage… en voie de raréfaction, et pour cause. Il ne nous est pas rare de travailler dix heures dans la journée, d’y passer une partie de la nuit, de ne prendre aucunes vacances, c’est notre liberté. Mais nous voudrions pouvoir en vivre !

C’est la raison pour laquelle le poids des charges – naturelles et artificielles – associé aux désillusions du quotidien, face à un lendemain incertain, explique aisément l’angoisse qui, tout d’un coup, altère le raisonnement et fait commettre les gestes que nous avons tous connus autour de nous.

Ils sont des victimes. Que ces lignes leur soient dédiées.

Loup Mautin
Agriculteur