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lundi 23 juillet 2018

Arosa ne fera pas de feux d'artifices pour le bien-être animal


Le feu d'artifice du 1er Août appartient désormais au passé dans la station grisonne d'Arosa (archives). © KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA BELLA


Se passer des feux d'artifice du 1er Août pour soulager le monde animal: cette idée lancée par la commune d'Arosa (GR) est saluée par les défenseurs des animaux. La station grisonne est toutefois loin de faire des émules, surtout en milieu urbain.

On le sait: Arosa compte depuis la semaine dernière un nouvel habitant, Napa, un ours de cirque arrivé de Serbie. Le plantigrade est le pensionnaire du premier centre de protection des ours en Suisse qui doit être inauguré le 3 août en présence de Doris Leuthard. Il est destiné aux ours maltraités ou maintenus en captivité. Mais à peine arrivé, Napa bouscule déjà les habitudes de la commune grisonne, raconte la Südostschweiz.

En effet, Arosa a accepté la demande de son office du tourisme et a décidé de renoncer cette année aux traditionnels feux d'artifice du 1er Août. Motif: préserver la tranquillité de l'animal pour qu'il puisse s'habituer à son nouvel environnement, explique le directeur de l'office et président de la Fondation «Ours d'Arosa», Pascal Jenny, dans une lettre adressée aux hôteliers, restaurateurs et propriétaires de maisons de vacances de la commune. La municipalité discuterait en outre de renoncer aux feux ces prochaines années également, selon le journal.

Sur demande de l'organisation Quatre Pattes, qui gère le Parc aux ours qui ouvre ses portes début août au-dessus d'Arosa, la commune a annoncé à la mi-juillet qu'elle renoncerait à tout feu d'artifice officiel cette année. Elle a aussi demandé aux habitants et aux hôtels de renoncer aux leurs.

Animaux paniqués

"Dire que l'on va améliorer ainsi les conditions de vie des animaux serait exagéré, mais ce petit renoncement, qui ne coûte rien, leur épargne la peur et la panique durant cette journée", se réjouit Helen Sandmeier, porte-parole de Protection suisse des animaux (PSA). "Il faut saluer cette idée intelligente, peu importent les objectifs touristiques et de relations publiques que l'on peut en déduire".

Selon Helen Sandmeier, l'effet de feux d'artifice sur des ours autrefois maltraités est certes à relativiser: "Ils en ont certainement vus d'autres, mais les animaux en général ne peuvent pas comprendre les raisons du vacarme ni connaître sa durée. D'où leur panique."

Intérêt poli d'autres stations

Aucune autre station d'altitude ne semble pourtant prête pour l'instant à renoncer aux spectacles pyrotechniques pour le bien des animaux. Dans les Alpes vaudoises et valaisannes, on qualifie la décision d'Arosa d'"intéressante", tout en restant prudent sur la possibilité de la mettre en oeuvre soi-même.

"Je ne pense pas que les feux très modestes utilisés chez nous ne soient une réelle menace pour la faune", commente Romain Daniel, de l'office de tourisme de Sierre Anniviers (VS).

Aux Diablerets (VD), on parle d'une démarche "envisageable, si une alternative satisfaisante est trouvée tant pour la faune que pour les touristes". Selon le directeur de la station Steve Grisoni, il faut trouver "un juste équilibre" et ne pas oublier le côté festif d'une fête nationale ainsi que l'impact émotionnel des feux d'artifice. Des réserves et zones de tranquillité ont par ailleurs été créées aux Diablerets pour diminuer l'impact du tourisme sur la faune et la flore.

Villageois fâchés

Certains villageois sont outrés: «Ce n'est pas un ours qu'Arosa a depuis quelques jours, mais un veau d'or à qui tout est sacrifié», écrit ainsi un homme en colère au journal. «Il faut espérer que le cirque qui l'entoure se terminera bientôt et que les priorités seront rétablies.» Une autre femme est du même avis: «Pour moi, les feux d'artifice font partie intégrante de la Fête nationale. Certes, l'ours est ici, mais je trouve qu'il faut fixer d'autres priorités.»

Pourtant beaucoup d'habitants comprennent le geste, explique le Blick. Selon Pascal Jenny, de nombreuses personnes ont demandé à la commune et à l'office du tourisme de lancer un concept alternatif pour les feux d'artifice. Ceci non seulement pour préserver le nouvel ours, mais aussi la foule d'animaux sauvages qui vit en liberté dans la nature environnante ou même les chiens et chats des habitants.

Concession timide à Bienne

Dans les villes, supprimer les feux d'artifice semble impensable. A Genève, les autorités rappellent que l'environnement urbanisé n'est pas comparable à la situation géographique d'Arosa.

Le canton du bout du lac Léman admet qu'une grande partie des animaux sont perturbés par les feux d'artifice. Mais la Fête nationale a lieu à une période peu sensible, l'essentiel de la reproduction ayant été accomplie et les ressources alimentaires étant abondantes, invoque Pauline de Salis-Soglio, secrétaire générale adjointe du département du territoire.

A Lausanne, on prend acte de la problématique tout en admettant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une réflexion à ce stade. A Bienne, on se contente désormais de supprimer les coups de semonce annonçant le début et la fin du spectacle pyrotechnique afin d'épargner le pire à la faune.

Comment préserver Médor

Un peu partout en Suisse, les feux d'artifice seront maintenus, sauf en cas de problèmes de sécurité liés à la sécheresse. Médor restera donc largement exposé au vacarme. Il ne faut pas tenter, pourtant, de calmer un chien en le cajolant: cela le conforte dans le fait qu'il serait en danger, souligne Helen Sandmeier.

Mieux: il faut éviter de sortir les animaux de compagnie lors des célébrations de la Fête nationale. Il est recommandé de leur passer de la musique ou de maintenir un fond sonore permanent pour atténuer les détonations.

ATS