Le secteur privé des assurances valaisan blêmit: la perspective d'une compagnie cantonale d'assurance construction est à l'ordre du jour au Grand Conseil. Un débat houleux sur la question semble inévitable après l'effondrement de Blatten au printemps 2025 et l'incendie du «Constellation» à Crans-Montana le soir du Nouvel An.
Pour les assureurs privés, l'instauration d'une telle assurance ferait disparaître un marché considérable. A l’heure actuelle, les bâtiments du canton sont couverts par des compagnies privées, même si cette assurance n'est pas obligatoire. En mars prochain, le parlement cantonal examinera une motion chargeant le gouvernement d'étudier deux questions clés: rendre l'assurance des bâtiments obligatoire et envisager la création d'une assurance immobilière cantonale.
Modeler la politique
Une proposition qui fait déjà trembler le lobby valaisan des assurances, avec des primes qui atteignent plusieurs centaines de millions à l'heure actuelle. Elles restent aussi très lucrative pour les employés du secteur, qui touchent chaque année des commissions de 20 à 25% sur les nouveaux clients.
Par conséquent, le secteur est très inquiet de l'idée même de la création d'une compagnie d'assurance cantonale. Initialement, la proposition avait été signée par quatre députés du parlement valaisan. Trois d’entre eux ont déjà retiré leur signature, notamment en raison de leurs inquiétudes concernant le secteur des assurances.
Le lobby des assurances cherche sans nul doute à influencer la politique valaisanne. Blick a interrogé une douzaine d'anciens et d'actuels membres du Grand Conseil. Les représentants des partis NEO et du Centre, qui ont souhaité rester anonymes, confirment avoir été sollicités par des assureurs au moins une fois, parfois via de nombreux appels et contacts directs.
Il n'en reste plus qu'une
Seule Silvia Eyer, députée cantonale socialiste et initiatrice de la motion, a maintenu sa signature. Les assureurs n'avaient visiblement aucun espoir de la dissuader de soutenir l'initiative.
«Une compagnie d'assurance cantonale investit beaucoup plus dans la prévention, et les primes sont plus basses car elle n'est pas axée sur le profit», explique Silvia Eyer à Blick. Dans le canton de Bâle-Ville par exemple, près de 30% des primes nettes sont consacrées à la prévention.
Marie-Claude Schöpfer-Pfaffen, du parti NEO, a, elle, retiré son soutien. «J'ai en effet été contactée par des représentants du secteur privé des assurances. Cependant, j'ai retiré ma signature en raison de ma fonction de présidente du parti. Les positions au sein du groupe parlementaire étant très divisées», a-t-elle déclaré.
Du point de vue de la députée, le débat parlementaire actuel dépasse largement la simple question de la nécessité d'une assurance cantonale des bâtiments. «Le parlement valaisan doit désormais prendre l'initiative. Il s'agit de questions telles que l'interaction entre le canton et les communes, la formation, les responsabilités, les inspections et les lacunes juridiques. Tous ces aspects doivent être abordés sérieusement.»
Plusieurs tentatives ratées
A l'heure actuelle, 19 cantons suisses disposent d'une assurance cantonale des bâtiments. A Zurich, une valeur assurée de 800’000 francs coûte environ 230 francs par an. A Berne, un peu plus de 400 francs. Ces écarts s'expliquent par la variété des couvertures offertes et par les risques spécifiques, comme les incendies liés aux constructions en bois ou aux bâtiments modernes à haute performance énergétique.
Selon certains responsables politiques, un modèle cantonal pourrait permettre de réduire les primes d'environ 30%. Mais seule une analyse plus approfondie permettra de répondre à la question de savoir si, et dans quelle mesure, une assurance construction cantonale serait moins coûteuse pour les propriétaires immobiliers valaisans.
Le secteur privé des assurances devrait, sans surprise, s'opposer fermement à cette proposition, comme il l'a déjà fait par le passé. En effet, des propositions similaires avaient été largement rejetées par le parlement valaisan en 1997, 2003 et 2015. Deux anciens députés cantonaux se souviennent comment, en 1997, les agents d'assurance avaient applaudi, depuis la tribune même du Grand Conseil, le rejet d'une de ces propositions. Ce nouveau projet risque lui aussi de rencontrer de nombreux obstacles sur sa route.
Des débats houleux en perspective
Contactée, l'Association suisse des assureurs (ASA) a indiqué que les assureurs privés ne peuvent pas faire office d’autorités de délivrance de licences ou de réglementation. «Par conséquent, la responsabilité de la non-application des réglementations incombe aux cantons, aux communes ou aux autres entités mandatées par le canton», a précisé un porte-parole.
Le secteur a déjà contribué aux discussions. S'il le souhaite, il mettra plus facilement son expertise à disposition, «par exemple en prenant l'initiative de constituer un vivier d'experts pour les cantons et les municipalités en matière de sécurité incendie».
L'ASA a également commenté la question des primes: une simple comparaison entre les cantons est insuffisante. «Pour une comparaison pertinente, il faut tenir compte des différents risques. Celui de catastrophe naturelle dans le canton du Valais, par exemple, diffère sensiblement de celui du canton de Zurich.» Les parlementaires valaisans doivent, à nouveau, se préparer à de longs débats face au lobby des assurances.
Martin Schmidt